Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Essai Abdelkader Hammouche- "Le glaive et la balance"

Date de création: 07-12-2019 13:20
Dernière mise à jour: 07-12-2019 13:20
Lu: 150 fois


JUSTICE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI ABDELKADER HAMMOUCHE- « LE GLAIVE ET LA BALANCE »

LE GLAIVE ET LA BALANCE. PLAIDOYER POUR UNE JUSTICE INDEPENDANTE. Essai de Abdelkader Hammouche. Editions Barkat, Alger 2019 , 189  pages, 400 dinars.

L’auteur n’y va pas par quatre chemins. Il est vrai que pour l’avocat qu’il est devenu, le temps et la précision comptent énormément. De plus,  la situation de la justice algérienne était devenue tellement dramatique (aux yeux des citoyens et des justiciables  comme à ceux des avocats) , faisant tellement peur (à tort ou à raison)  que  le « remède de cheval » s’avère nécessaire.

Dramatique et cela s ’est plusieurs fois vérifié  avec la cascade d’ affaires » enregistrées durant le règne du bouteflikisme mais « traitées » de telle manière que les « gros » s’en tiraient toujours avec peu de dégâts, que les « très gros » n’étaient cités que comme « simples témoins » et qu’ « essuyaient les plâtres » (dans le cellules des prisons) seulement les « troisièmes  couteaux » .

Elle faisait si peur car il arrivait que la victime se voit, parfois,  transformée en coupable.

Cherchez les erreurs !

L’auteur, grâce  à ses décennies d’activité en tant qu’avocat , ancien journaliste de terrain (ayant d’ailleurs goûté du « glaive » pour une « affaire » somme toute banale , pour ne pas dire ridicule) , s’en est donc allé à la pêche aux « affaires » puant à plein nez l’injustice (ou bien plutôt la justice sur « injonctions »). D’ailleurs, après le mouvement populaire du 22 février 2019 (« Hirak ») , bien des dossiers  vont ,semble-t-il  ressortir des tiroirs.

On a donc quelques exemples désormais fameux,  dignes d’être étudiés dans les Ecoles de Droit, d’Administration  ou/et  de Magistrature :

L’affaire Cnan Group/Ibc, révélée en 2010/2011 pourtant commencée en 2005/2006......La privatisation d’une entreprise publique dévoyée au profit d’intérêts personnels. L’Algérie flouée par deux sociétés étrangères et un homme d’affaires algérien résidant en Jordanie. Les membres du Cpe et le Premier ministre de l’époque  jamais entendus et deux personnes , des Dg, condamnées .

L’affaire Khalifa Bank, en 2003, date de la « découverte « du scandale. Quelques milliards de dollars envolés ! Lors d’un premier procès, 124 personnes mises en cause...et 4 000 auditions. Le juge d’instruction a bien convoqué et entendu des ministres en exercice et des ex-ministres, mais n’a placé aucun en détention provisoire ni même sous contrôle judiciaire. Idem lors du second procès, en 2015 :  18 condamnations , mais 53 acquittements .

L’affaire Sonatrach (en fait, il y en aura 4) en 2010...et un ministre de l’Energie, ancien Pdg de l’entreprise....en fuite puis revenu « librement » au pays....et un procureur (B. Zeghmati) et un ministre  (M. Charfi) , trop téméraires ou trop confiants ...qui « essuieront  les plâtres ». Une grosse affaire de corruption et des peines estimées « légères », car « politiques »

L’affaire  de l’Autoroute Est-Ouest : Pour 1226 km une enveloppe initiale de 6 mds usd.... devenue 11 mds usd......mais en fait, dit-on, 20 mds usd. Certaines personnes sont accusées d’avoir empoché 2,5% de commissions . Bien sûr, tout le monde nie. Et le ministre en charge du dossier déclare même que « l’affaire avait été montée de toutes pièces par le Drs à seule fin de ternir l’image du Président ». Une instruction qui a duré près de 3 années. 16 accusés et un verdict « en demi-teinte ».

L’affaire Mellouk....un petit fonctionnaire ayant dévoilé ,en 1992 déjà, une cinquantaine de dossiers de « magistrats faussaires » , ayant falsifié des attestations d’ancien moudjahid.......Aujourd’hui encore, à un âge avancé , après avoir connu la prison et l’Istn et avoir été menacé, lui et sa famille , il continue son combat...car rien n’a été encore tranché....d’autant que le dossier est « introuvable »....Situation inédite dans les annales de la Cour suprême.

L’affaire Benchicou, emprisonné (deux années purgé sans bénéficier d’une seule journée de remise de peine )  pour une affaire ,« banale  », de « bons de caisse » introduits en Algérie à son retour de l’étranger, puis ruiné suite à la « saisie-vente » de son journal , « Le Matin »......tout cela parce qu’il avait publié , en 2004, un livre pamphlet à grand succès, « Bouteflika, l’imposture algérienne » et qu’il était poursuivi , aussi, par la haine du puissant ministre de l’Intérieur de l’époque, accusé d’avoir pratiqué la torture dans les années 70.
Mais que faire pour éliminer la « justice aux ordres » et mettre , enfin le glaive  au service de la balance  et se débarrasser de juges surnommés , dans certaines villes, «  les chambres à gaz de la justice  », là où les verdicts sont considérés inéquitables et expéditifs:

Des juges indépendants certes mais aussi compétents et aux comportements qui honorent la profession/ Une nouvelle organisation...à revoir en urgence...avec plus de moyens humains et matériels et gestion informatisée des affaires/ Revoir la loi cadre de 2017 portant code de déontologie des magistrats/ Nécessité de réformer de Csm pour une plus grande indépendance / Nomination reposant sur els compétences professionnelles et non pas sur le « copinage »/ Une gestion budgétaire autonome des juridictions/ Mettre les juges à l’abri des groupes de pression et de la corruption  (la mafia politico-financière)/ Revoir le recrutement et la formation/ Spécialisation dans les médias (rubriques judiciaires) / Mobilisation des avocats, les ligues de droits de l’homme et des associations civiles /Transparence des patrimoines (magistrats et leur famille) dès l’entrée en fonction/ La publicité immédiate des décisions de justice et accès des justiciables à toutes les décisions judiciaires/Imposer aux magistrats l’utilisation des microphones placés dans les salles d’audience (c’est tout bête et pourtant....) / Améliorer les conditions de travail des greffiers/ Que les justiciables sortent de l’attitude passive et promotion de la culture de la protestation et ne plus se complaire dans le fatalisme............................ 

Au départ, il est vrai , il y a la « volonté ferme des pouvoirs publics ». En bonne voie......mais, hélas, toujours après une révolte, comme le « Hirak » actuel. Auparavant on a eu des déclarations mais une volonté bien molle et clanique ou affairiste. Des dégâts difficiles à réparer !

L’Auteur : Né à Alger en 1952. Ancien journaliste d’Algérie Actualités (tous les anciens se souviennent de sa « mésaventure » avec la Sm de l’époque qui l’avait « embarqué »  (pour un certain temps). Il avait alors trop bien fait son boulot .....Par la suite devenu avocat. Auteur de plusieurs ouvrages  (romans, récits et essais )

Extraits : « Nos commissariats et nos tribunaux sont froids comme des couperets et impersonnels comme un salle  de gare. En somme, tout est fait pour instiller sinon la peur, du moins un sentiment désagréables de malaise » (p 17) , « A quoi serviraient des lois –aussi juste soient-elles- si certains magistrats les appliquent « à la tête du client » ? Si la justice des amis détrône la justice du peuple ? « (p 122),  « Si notre élite est attirée par l’étranger, ce n’est pas toujours parce qu’elle aspire à être mieux rémunérée qu’en Algérie, mais surtout parce qu’elle a soif de justice » (p 146), « La goutte qui a fait déborder le vase est sans doute le cinquième mandat  d’un président impotent et muet.....Mais la cause de ce soulèvement (février 2019) est plus profond : la pérennisation d’un système politique fondé sur la négation de la justice, la corruption, et l’incompétence » (p 190)

 Avis :Un véritable réquisitoire (contre les abus des magistrats) , mais aussi une formidable plaidoirie (pour une justice équitable et transparente) qui remettent « les pendules à l’heure » ...dans une horloge jusqu’ici trop tripatouillée. Ne nous manque plus que des ouvrages sur le « monde » des avocats, des notaires, des huissiers.....pour faire tout le tour de la question.

 Citations : « La justice ne s’accommode pas de demi-mesures : son fonctionnement est soit transparent, soit obscur » (p 46), « La bonne foi ne suffit pas lorsqu’on veut démolir un mur. Et la justice est un mur d’une solidité à toute épreuve » (67) «  Pour rester impuni, mieux vaut être une haute personnalité qu’un second couteau » (p 77), « Une société sans justice est une société tyrannique. La tyrannie conduit , à brève ou moyenne échéance, à l’explosion sociale « (p 135), « Que la justice dérape, et c’est toute la société qui en pâtit » (p 179).