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Benaouda Amar

Date de création: 06-02-2018 15:33
Dernière mise à jour: 06-02-2018 15:33
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HISTOIRE – PERSONNALITES-  BENAOUDA AMAR

Amar Benaouda (Benmostefa) est décédé lundi 5 février dans un hôpital de la capitale belge, Bruxelles, à l’âge de 93 ans où il avait été hospitalisé.  Il est né à Annaba le 27 septembre 1925. Avec la disparition de Amar Benaouda, c’est l’une des figures emblématiques de la Révolution qui s’en va. Benaouda était, en effet, l’un des derniers survivants du fameux groupe des 22 historiques qui avaient décidé le déclenchement de la Révolution au cours d’une réunion tenue le 25 juillet 1954  dans la maison de Lyes Derriche, à Clos Salembier (El Madani, Alger).
Il ne reste donc plus, parmi ce groupe des 22 historiques, que deux seules personnalités nationales encore en vie. A savoir Othmane Belouizdad et Abdelkader Lamoudi. Né le 27 septembre 1925 à Annaba, Amar Benaouda est un vieux militant de la cause nationale. A la fleur de l’âge, il se lancera dans le militantisme au sein du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et de l’Organisation secrète, l’OS. Il fera ainsi partie de ce groupe de jeunes militants qui défieront le leader du mouvement nationaliste, Messali Hadj et qui se constitueront en un «comité révolutionnaire pour l’unité et l’action», le CRUA, qui décidera donc de «déborder» Messali et de passer à l’action armée. Benaouda fera ainsi partie du premier noyau qui déclenchera la Révolution du 1er Novembre 1954.
Elu membre du Conseil national de la révolution algérienne, le CNRA, en 1957, le défunt a également pris part aux derniers pourparlers des accords d’Evian dans la délégation conduite par Krim Belkacem et qui aboutiront au cessez-le-feu et à l’indépendance de l’Algérie, après 132 ans de colonisation française. A partir de juillet 1962, Benaouda poursuivra une carrière militaire (avec le grade de colonel)  et diplomatique, occupant, notamment, des postes , à partir de 1965, comme celui d’attaché militaire algérien dans des capitales comme Paris, Le Caire et Tunis. Il occupera également le poste d’ambassadeur d’Algérie à Tripoli à la fin des années 70 du siècle dernier.
Il avait également été membre de l’ex-parti unique, le Front de libération nationale. Président de la commission de discipline du parti, c’était lui qui, à l’arrivée de Chadli Bendjedid à la tête du pays, avait «entériné» l’exclusion de quelques proches de Boumediène du comité central du FLN, dont, notamment, Abdelaziz Bouteflika.
Après l’ouverture de l’Algérie au pluralisme, le défunt se distinguera à plusieurs reprises par certaines prises de position qui le rapprochaient des islamistes.
Il marquera également l’actualité par quelques déclarations qui ont soulevé beaucoup de polémiques, comme celle sur l’assassinat de Abane Ramdane.
Témoignage vidéo de feu Amar Benaouda sur le groupe des «22»(APS, 1er Novembre 2014). Extraits

http://www.elwatan.com/img/trans.gifhttp://www.elwatan.com/img/trans.gifhttp://www.elwatan.com/img/trans.gif «  .......Notre analyse était que cette scission à l’intérieur du parti (Mtld) impliquait qu’il n’y avait plus de force pour affronter la France coloniale, et qu’il faudrait des années pour créer un autre parti qui aurait la même aura aux yeux du peuple que le PPA. C’était fini ! Ceci au moment où la Tunisie était en lutte et le Maroc se préparait au combat sous la conduite du roi Mohammed V, rahimahou Allah.

Le socle de cette nouvelle force, c’étaient les membres de l’OS, l’Organisation spéciale, le bras armé du MTLD, dont lui-même faisait partie. «Devant cette situation, le groupe s’est dit : ‘‘Il faut qu’on se rassemble, nous les gens de l’OS. Nous étions des condamnés à mort et nous étions tous des hors-la-loi : Benaouda, Zighoud, Bentobal, Boussouf, Ben M’hidi, Boudiaf, Didouche…» «Moi et Zighoud étions à Condé-Smendou (près de Constantine, ndlr), Bentobal était dans les Aurès, Boussouf était à Tlemcen…

On a tous rappliqué vers Alger. Nous avons été rejoints par d’autres éléments qui n’étaient pas condamnés comme nous. Ils ont fait de la prison et ils sont sortis, à l’instar de Badji Mokhtar, Melah, Bouali Said…Habachi, lui, était en fuite, il était recherché.» Benaouda précise que «c’est Didouche Mourad qui a trouvé le lieu de la réunion à Clos Salembier, chez Derriche».

« ........Au cours de cette réunion, Boudiaf a commencé à dresser un état des lieux en expliquant la situation du pays, la situation politique… Il s’est focalisé sur les divisions qui minaient le parti et a évoqué les réunions qu’il y avait eues avec les Centralistes et qui ont mal tourné. Au début, les Centralistes ont marché avec nous et on a créé, ensemble, le CRUA (le Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action, ndlr), après, ils se sont retournés contre nous (…).

Ils ont fini par adopter la même position que Messali.» «Boudiaf et Ben Boulaïd ont parlé de la réunion qu’ils ont eue avec Messali Hadj», ajoute-t-il avant de témoigner de la détermination affichée par le chef des Aurès en déclarant : «Mostefa Ben Boulaïd nous a donné des garanties en disant que, dans les Aurès, il y avait des armes, et que dans chaque maison, il y avait un fusil, en assurant qu’il était prêt à aider les autres régions. L’intervention de Si Mostefa montrait qu’il y avait une volonté ferme de libérer l’Algérie.»

Point fondamental à l’ordre du jour de ce conclave que les «22» devaient trancher : «Qui va diriger la Révolution ?» «On a demandé qui voulait s’avancer ? Boudiaf et Ben Boulaïd se sont portés candidats. On est passés au vote mais aucun d’eux n’a obtenu le quorum (la majorité, ndlr).

On a procédé à un deuxième tour, mais cela n’a pas suffi pour les départager. Nous avons suspendu la réunion pour aller déjeuner. Je me suis assis à côté de Mostefa Ben Boulaïd. Je lui ai dit : ‘‘Vous n’avez qu’à faire comme vous avez l’habitude de procéder chez vous, depuis toujours, à Souk El Djemaâ.’’

Dans cette assemblée, les notables se réunissaient pour se concerter et ils édictaient les lois qui devaient régir le groupe pendant une année, et auxquelles devaient se conformer tous les archs (…). Ils appliquaient leurs propres lois, pas celles de la France. Je lui ai dit : ‘‘Faisons donc comme à Souk El Djemaâ et puis c’est tout !’’ Autrement dit, d’une manière collégiale.

Si Mostefa a consulté Boudiaf, Didouche Mourad et Ben M’hidi ; il leur a fait part de ma proposition qui consistait en une direction collégiale. On a entériné l’idée et ils se sont portés candidats à cinq : Ben Boulaïd, Boudiaf, Ben M’hidi, Didouche et Bitat. Ils ont été élus à l’unanimité tous les 5 (…). Par la suite, ils ont ajouté Krim (Belkacem) et ils sont devenus 6.»

Interrogé par notre confrère de l’APS à propos du choix de la date du déclenchement de la Révolution, Amar Benaouda précisait dans cet enregistrement vidéo que ce n’était pas pendant ce conclave que la date historique du 1er Novembre 1954 a été décidée : «Nous, on a décidé seulement du (principe) de faire la Révolution et de combattre la France, c’était notre seule résolution. On a tranché aussi sur le principe de la direction collégiale. On n’a pas arrêté la date (du déclenchement de la Guerre de Libération), ce ne sont pas les ‘‘21’’ qui ont arrêté la date, attention !»

Et de développer : «Le choix de la date a été décidé par le groupe que nous avons désigné, à savoir la direction collégiale. C’est elle qui a arrêté la date. Elle a décidé pour le 15 octobre (…) après, cela a été retardé (au 1er novembre). C’est parce que l’un de nos frères qui était au Caire, Ahmed Ben Bella, selon toute vraisemblance, a informé les Egyptiens par le biais de Fethi Dib, le responsable des moukhabarate (…).

Fethi Dib sert l’Egypte, il sert Abdel Nasser. Le bruit a ensuite circulé que Abdel Nasser va déclencher la Révolution en Algérie, et la date du 15 octobre a fait son chemin. Il me semble que Boudiaf ou bien Aït Ahmed ont appelé pour prévenir que la date choisie avait été éventée.» «Changez la date et ne la divulguez à personne !» ont-il recommandé avec instance, rapporte le vieux révolutionnaire.

Et leur message a été reçu 5 sur 5 par les frères de l’intérieur. «Didouche, Ben M’hidi et Ben Boulaïd se sont entendus pour changer la date du 15 octobre et on a décidé de déclencher la Révolution le 1er novembre. Ça tombait très bien, qui plus est, c’était un jour de fête pour les Français (la Toussaint, ndlr).» Cette fois, l’histoire était au rendez-vous. «On l’a bel et bien déclenchée le 1er Novembre !

On l’a fait pour damer le pion aux Egyptiens qui prétendaient que c’était eux qui allaient faire éclater la Révolution algérienne», martèle Amar Benaouda