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Essai Hugh Roberts- Kabylie

Date de création: 29-08-2016 15:48
Dernière mise à jour: 29-08-2016 15:48
Lu: 90 fois


VIE POLITIQUE- BIBLIOTHEQUE D’AL MANACH – ESSAI HUGH ROBERTS - KABYLIE

Algérie-Kabylie. Etudes et interventions. Essai de Hugh Roberts. Editions Barzakh, Alger 2014, 335  pages, 900 dinars

Des études et des interventions qui s’étalent sur le sujet de 1994 à 2007.

L’ouvrage réunit des articles et des entretiens sur le champ politqiue algérien et surtout sur la Kabylie que l’auteur connaît plus particulièrement  pour y avoir vécu, enseigné et mené des enquêtes sur le terrain.

Départ en trombe avec une introduction (simple , claire et directe) sur les « prémisses historiques d’une libération inachevée ».Un titre qui veut tout dire !

La première partie de l’ouvrage , sous forme d’études, est consacrée à une approche historique, sociologique et anthropologique de l’Algérie, ce qui lui permet de présenter « la guerre civile » de 90 à 98 et d’aborder les spécificités du pays : la violence entre micro-sociologie  et l’Histoire avec une analyse très critique d’un livre de Luis Martinez, les perspectives sur les systèmes politiques berbères (en revenant à des ouvrages de Gellner et de Masqueray et sur « l’erreur » de Durkheim), la Kabylie à la lumière tremblotante  du savoir, quelques approches théoriques à l’analyse du champ politique algérien (en revenant à Gellner et à Bourdieu)

La deuxième partie concerne des interventions axées toutes sur la Kabylie qu’il a examiné sous toutes ses coutures. Il est vrai qu’au début des années 2000, la (Grande-) Kabylie a été le lieu de luttes culturelles et politiques assez dures  , mais aussi  un enjeu quasi-idéologique (attractif) , avec son approche de la vie démocratique  que l’on ne retrouve pas dans les autres régions du pays .

Deux autres textes intéressants : un portrait émouvant (décidémment, c’est une malédiction. Nos « vrais » grands hommes -  ceux qui apportent ou ont apporté une « plus-value » intellectuelle et culturelle -  d’aujourd’hui sont beaucoup plus encensés par les étrangers que par nous-mêmes) de Mahfoud Bennoune ( « un homme bon. Et ce qui est peut-être encore mieux, un homme « dur »), le grand sociologue algérien décédé (et inhumé) aux Etats Unis ....et l’officialisation de Thamazight avec la question de la graphie (Il propose un « deal » avec une graphie officielle choisie ,  pratiquée et enseignée par l’Etat.....ceci n’engageant nullement les organisations du mouvement associatif amazigh à l’application automatique, chacune ayant le droit entier de faire le choix de graphie qui leur convient, selon les régions et les réalités du terrain) . Un pari bien osé , bien qu’intéressant,  avec des acteurs tous aussi radicaux les uns que les autres.

La conclusion (comme d’ailleurs l’introduction) est une partie encore plus intéresante . Pour le chercheur, il faudra qu’un personnel politique nouveau se manifestre et prenne en charge le grand problème du rapport Etat-société  en Algérie, problème qui se manifeste surtout dans la crise des  institutions . Bref, l’émergence de nouvelles élites nationales guidées par et porteuses d’une nouvelle vision politique bien ancrée dans les meilleures traditions du pays, informée par les expériences d’autres peuples, et réaliste et audacieuse à la fois.Vaste programme ! Impossible à mettre en œuvre car l’Etat algérien a , jusqu’ici, pris beaucoup plus en considération, dans ses réformes, les vœux et les conseils de ses  « partenaires » occidentaux et a adopté donc la « conception destinée à l’exportation » (assez déstabilisatrice, affaiblissant l’Etat, lorsque ce n’est pas carrément sa disparition , évitant toute « révolution ») au lieu de rechercher et d’adopter une  « conception adaptée » . Quelques grandes lignes :  D’abord établir un « bon rapport » entre le secteur informel et les institutions de l’Etat.Ensuite, la réforme des institutions politiques , les rapports entres les trois branches traditionnelles (exécutif, législative et judiciaire) devant être revus et corrigés ; la première étant hypertrophiée, la seconde sans pouvoir de décision réel et la troisième dépendante de la première pour ne pas dire soumise) . Enfin ,que les partis politiques (les « partis tribuns »....il en cite quelques uns .... dont la fonction latente ou manifeste est principalement de vouloir organiser et de défendre des catégories sociales exclues ou se sentant exclues des processus de participation au système politique , comme d’ailleurs du bénéfice du système économique et du système culturel.......ainsi que les « partis-facade », ....il en cite quelques-uns.....en réalité des appareils de l’Etat et non des partis politiques authentiques avec une vie interne et une pensée politique .... ) « cherchent, dans le mouvement national algérien,  les fondements d’une démarche réformatrice sérieuse et efficace qui permettra à la communauté politique algérienne de relever les défis auxquels elle se trouve confrontée »

L’Auteur : Il a enseigné l’anglais en Algérie (à Bouira en 1973-1974) et il n’a cessé d’y revenir , même durant la « décennie rouge ». Enseignant (l’Histoire de l’Afrique du nord et du Moyen-Orient) dans plusieurs universités en Grande Bretagne et aux Etats Unis, chercheur indépendant et consultant . Auteur de plusieurs ouvrages sur l’Algérie. Hugh Roberts est revenu à Tizi Ouzou mercredi 17 août 2016 pour présenter son ouvrage : tout en affirmant que sa famille et lui-même n’avaient jamais douté de la justesse du combat,  contre le colonialisme, du peuple algérien pour sa libération  , Durant  les années 90... il avait gardé l’espoir de voir l’Algérie s’en sortir... « au moment où une grande partie des intellectuels, même algériens , désespérait....Et, il est « très optimiste pour l’Algérie et son avenir »

Extraits : « Avec le Fln, le nationalisme algérien recule pour mieux sauter. La nouvelle stratégie reste axée sur l’objectif moderne de l’édification d’un Etat-nation, mais sa mise en œuvre commence par la  mobilisation du traditionnel, ce qui ne manque pas de faire naître de nouvelles contradictions au sein du mouvement, tout en tendant à exclure la perspective d’un Etat algérien calqué sur le modèle de la République française » (p 19) , « Les puissances occidentales d’aujourd’hui n’ont que faire de l’intérêt national et de la cohésion sociale des autres, cela ne reste plus à démontrer » (p 299)

Avis : Un ouvrage qui date, mais qui fournit un point de vue original......d’autant qu’il a des propositions bien concrètes.....tirées d’une connaissance détaillée, méticuleuse,  du terrain. Ah ! le pragmatisme américain.

 Citations : « La sagesse rétrospective est toujours facile et, le plus souvent, illusoire et vaine » (pp 19-20), «  Les mutations culturelles qui s’opèrent dans une société apparemment figée sont souvent des plus difficiles à cerner. Quand il s’agit d’une société formellement soumise, dont l’Etat se soucie peu ou pas du tout, et pour laquelle il n’a ni sympathie ni respect sincère, les mutations dont il est question deviennent insaisissables de l’extérieur « (p 32), « La France en 1954 a affaire à un adversaire algérien beaucoup plus redoutable que jamais auparavant, mais elle l’ignore » (p 33), « Le 1er Novembre 1954 est un produit, sur le plan extérieur, de l’ordre mondial nouveau né de la guerre de 1939-1945 » (p 34), « Tout acquis a un prix » (p 286), « L’idée que l’objectif de tout regroupement d’hommes  (de nos jours les femmes évidemment en font partie aussi) digne du nom de « parti politique » est de promouvoir l’intérêt national, est fondamentale et indispensable » (p 318)