JUSTICE – PERSONNALITE- ALI YAHIA ABDENNOUR
Pourfendeur infatigable et acharné des injustices, Ali Yahia Abdennour, décédé dimanche 25 avril 2021 à Alger à l'âge de
100 ans , aura consacré sa longévité à défendre les
causes nobles et la dignité humaine, dans toutes ses dimensions, à commencer
par le droit à l'affranchissement du joug colonial. Le président de la
République, Abdelmadjid Tebboune a rendu un hommage
appuyé au défunt, dans un message de condoléances, en mettant en relief son
long parcours de militant de la cause nationale, au sein du Mouvement national
et durant la Révolution du 1er Novembre 1954 ainsi qu'au service de l'Algérie
indépendante.
Né en
janvier 1921 à Ait Yahia (W de Tizi Ouzou), instituteur durant les années 40,
il entame son militantisme contre l'occupant français en adhérant au Parti du
peuple algérien (PPA), puis au Mouvement pour le Triomphe des Libertés
démocratiques (MTLD), qu'il quittera lors de la crise «berbériste» en 1949. Il
rejoint le Front de Libération nationale (FLN) en 1955 et est arrêté en 1956
pour être assigné à résidence de 1957 à 1960.
Libéré en 1961, Ali Yahia Abdennour,
en farouche syndicaliste, prend les rênes du Secrétariat général de l'Union
générale des Travailleurs algériens (UGTA), avant de devenir, au lendemain de
l'indépendance, député FLN de Tizi-Ouzou à l'Assemblée nationale constituante
(1962-1964), puis de 1964 à 1965 dans la première Assemblée populaire nationale
(APN). Il dirigera, de 1966 à 1968, deux départements ministériels, les Travaux
publics et des Transports (1965-1966) ainsi que l'Agriculture et la Réforme
agraire, avant de démissionner. Devenu avocat quelques années plus tard, ses
prises de positions lui valent d'être arrêté en 1983 et emprisonné jusqu'en
1984, sans que cela ne le dissuade de ses convictions, puisqu'il sera à nouveau
arrêté, en 1985, pour son activisme au sein de la Ligue algérienne pour la
Défense des droits de l'Homme (LADDH), dont il est membre fondateur. La ligue
ne sera agréée qu'en 1989. Malgré toutes les difficultés rencontrées sur son
chemin, le téméraire avocat n'a cessé de porter la voix de la Ligue et d'en
assumer les positions, face aux mutations politiques que l'Algérie allait
connaître depuis l'ouverture démocratique du pays en 1989: un contexte
particulièrement délicat, avec la crise sécuritaire qui en a découlé, tout au
long de la décennie suivante.
Farouche opposant de «la fraude électorale»....
Sous le règne de l'ancien président, Abdelaziz
Bouteflika, il n'a eu de cesse de revendiquer l'avènement d'un véritable Etat
de droit, en dénonçant notamment l'irrégularité des scrutins, deux décennies
durant. Le nom de Me Ali Yahia Abdenour figurera parmi les initiateurs de
l'appel à «déclarer l'état d'incapacité» du président
déchu, victime d'un AVC depuis 2013. Alors que ce dernier est poussé à la démission
par un sursaut populaire exemplaire, le nonagénaire défenseur des droits de
l'Homme n'hésite pas à faire une brève apparition dans la rue pour soutenir le «Hirak ». Le 10 décembre 2019,
alors que la présidentielle devait se tenir deux jours plus tard, il adhère,
avec nombre de personnalités et universitaires, au principe de «ne pas empêcher
ceux qui veulent voter de le faire».
Sa santé se déclinant, ses sorties publiques se
sont taries, l'une des ultimes étant celle accordée à 97 ans, à des médias nationaux,
à l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage «Mon testament pour les
libertés»: Un livre-témoin de la quintessence de son vécu de fervent engagé et
du prix consenti pour la défense de causes aussi justes que celles de l'émancipation
de la femme et la liberté d'expression. Natif, il y a un siècle, de la région
de Ain El Hammam, dans le giron du majestueux Djurdjura en Kabylie, le défunt
sera inhumé lundi
26 au cimetière de Ben Aknoun (Alger)