JUSTICE- PERSONNALITÉS- ALI HAROUN (AVOCAT)
Né en 1927 à Alger, Ali Haroun
appartient à cette génération exceptionnelle qui a fait le choix de l’engagement
nationaliste, au moment où la domination coloniale semblait vouloir prolonger
indéfiniment son emprise sur l’Algérie. Militant de la première heure fortement
impliqué dans le mouvement national, responsable politique au sein de la
Fédération de France du FLN durant la glorieuse guerre de Libération nationale,
le défunt a pris part aux négociations, mais surtout à l’action diplomatique en
faveur de l’internationalisation de la cause algérienne. Formé au droit,
discipline qui a fixé sa trajectoire, devenu vite juriste et avocat de renom,
Ali Haroun a mis tout son talent, son éloquence et sa rigueur au service de la
défense des détenus et des militants algériens devant les juridictions
françaises. Son parcours l’a conduit rapidement en France, où la lutte pour
l’indépendance s’organisait au sein l’immigration algérienne et prenait une
dimension politique, financière et opérationnelle très importante pour la
poursuite du combat libérateur. C’est au sein de la Fédération de France du FLN
qu’Ali Haroun a inscrit l’une des pages les plus importantes de son engagement
pour la libération de l’Algérie du joug colonial. À partir de 1957, il prend
part à l’organisation de cette structure clandestine, avant de rejoindre, en
mars 1958, le comité fédéral chargé de diriger ses activités. Il y assumait,
notamment, des responsabilités dans les domaines de l’information et du soutien
aux militants détenus. Son action s’inscrivait dans un contexte de répression
intense, dont les manifestations du 17 octobre 1961 à Paris demeurent l’un des
épisodes les plus tragiques. Ali Haroun fut ainsi un acteur de l’histoire des
Algériens de France, qui ont contribué intensément à l’Indépendance au prix de
lourds sacrifices. Une histoire qu’il a d’ailleurs raconté dans l’un de ses livres,
intitulé « La 7e Wilaya. La guerre du FLN en France (1954-1962) ». Un
livre qui constitue une contribution importante à la connaissance de ce front
de la Révolution sur le territoire français.. Cet
ouvrage a contribué à éclairer le rôle des Algériens établis en France dans la
lutte pour l’indépendance, mais aussi celui des réseaux de solidarité qui ont
soutenu les militants, défendu les détenus et relayé la cause algérienne à
l’étranger. À l’indépendance, Ali Haroun est intégré, en tant que député d’Alger,
à l’Assemblée nationale constituante, en 1962. Mais il choisit de poursuivre
principalement sa vocation de juriste. Avocat au barreau d’Alger et devant la
Cour suprême, il est intervenu dans plusieurs affaires politiques, au cours des
premières décennies de l’indépendance. Après l’ouverture pluraliste de 1989, le
défunt Ali Haroun participa à la création de la Ligue algérienne des droits de
l’homme, prolongeant, sur un autre terrain, son intérêt pour les droits et les
libertés. En juin 1991, il est nommé ministre délégué aux Droits de l’homme
dans le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali, avant de
devenir ministre de plein exercice. Ali Haroun est par la suite devenu membre
du Haut Comité d’État, instance collégiale mise en place, pour combler
provisoirement le vide institutionnel créé par la démission du Président Chadli
Bendjedid, le 11 janvier 1992, dans un contexte marqué par une crise
économique, une montée en puissance du radicalisme violent et l’avènement du
terrorisme. Il y siégeait aux côtés de personnalités issues de différents
horizons, notamment Mohamed Boudiaf, Khaled Nezzar
et, par la suite, Ali Kafi et Redha
Malek. Le défunt Ali Haroun a apporté son témoignage sur cette période,
considérée comme la plus difficile traversée par l’Algérie depuis son
indépendance, dans un autre livre publié en 2014 sous le titre « Le
rempart : La suspension des élections législatives de janvier 1992 face à la
terreur djihadiste ». Son riche itinéraire ne saurait, ainsi, être réduit
à une seule dimension. Le militant de la Fédération de France, le juriste
attaché aux libertés publiques et le responsable institutionnel du début des
années 1990 appartiennent à une même trajectoire, mais renvoient à des
contextes politiques profondément différents. C’est aussi cette complexité qui
donne à son parcours toute sa place dans l’histoire récente de l’Algérie. Il
décède samedi 24 octobre 2026 à Alger à l’âge de 99 ans