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Roman Rachid Mokhtari- "Moi, scribe"

Date de création: 06-07-2020 18:06
Dernière mise à jour: 06-07-2020 18:06
Lu: 57 fois


SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN RACHID MOKHTARI- « MOI, SCRIBE »

Moi, Scribe. Roman de Rachid Mokhtari, Chihab Editions , Alger 2015, 227 pages, 900 dinars

C’est l’histoire d’un Scribe ( communément appelé écrivain public) le dernier d’une race de « lettrés » toujours vénérés qui cherche dans sa mémoire ......lorsque tout jeune, dans son village natal , Imaqar, il écrivait les lettres (des épouses entre autres) destinées aux conjoints alors émigrés .

Au départ, une écriture épistolaire basique mais, avec le temps, tout un art et une grande dextérité métaphorique , tout particulièrement dans une société régie par des lois non-écrites assez strictes et une pudeur certaine. Ainsi, il ne faut pas écrire « Ton fils est né » , mais « La famille s’est agrandie ». Il ne faut pas écrire , « Cette année c’est une fille qui est venue au monde dans ton foyer  » , mais « Tes futures gendres , te dit ta mère, possèdent les plus belles oliveraires et des biens au chef-lieu d’Imaqar à faire pâlir les envieux » ....

C’est , aussi, l’histoire du « dedans » d’un village qui commence à perdre ses repères....avec les départs incessants pour l’exil ou la ville, avec les effets de la « démocratie politique » et les ingérences partisanes et affairistes du parti-Etat dominant,  mettant à mal les anciennes structures de la gouvernance locale....et une intolérance généralisée mais tout particulièrement piolitique  qui pointe et qui avance.... qui avance....causant des dégâts . Dont les oliviers centenaires  mangés par les poux . Même les étourneaux (un oiseau bâtard, asservi, tricheur, ravageur, espiègle) , porteurs de bonne chair et signe de bonnes et belles récoltes ont fui.   Aujourd’hui donc, avec le temps qui est passé , installé dans un « réduit moisi », il écrit surtout au « Peuple des disparus » et voudrait bien participer à l’établissement d’ une « banque de données » sur le Massacre  (200 000 morts) ,   la décennie noire étant passée par là.

C’est, aussi l’histoire de deux  jeunes gens journalistes (radio), issus du village,  qui essayent  de redonner à la parole (publique) la voix qu’il faut pour qu’elle ait un poids.Qui s’aiment mais qui n’arrivent pas à se communiquer leurs sentiments . Un comble pour des journalistes. Hélas , trop de pesanteurs et comme hier, ne restent plus que les oiseaux charognards. « Le ver est dans le fruit ! » avait prédit, il ya longtemps, l’Oracle.

L’auteur : Universitaire, journaliste, romancier, il a publié plusieurs ouvrages consacrés à la littérature et à la musique algériennes . Il a , aussi, il animé des émissions radiophoniques, consacrées à la littérature.

Extraits : « La terre,  voyez-vous, a une âme, il ne suffit pas de tenir l’araire, de semer, d’y planter des cepx, d’arroser et de clôturer pour que ses mottes devienent dociles et généreuses (...). Il y a autre chose......Et si vos terres ancestrales subissaient le même sort que les nôtres, arrachées à leurs légitimes propriétaires ? Hé bien, elles s’y refuseraient. Voyez-vous, le mal provient d’une vengeance des ancêtres » ( un patriarche-Oracle  s’adressant à une délégation de fermiers colons venus demander conseil suite à l’infertilité de leur vignoble , p 67) , « Les pieds des montagnardes, (....) habitués à la marche, poussent vite et c’est, pour les anciens, à la finesse des chevilles et au galbe des mollets que se mesure le charme féminin » (pp 122-123)

Avis : Grandeur et décadence de l’écrit. Parllèlement à la « décadence » d’ une société . Mythes et /ou réalités, chacun y trouvera des arguments. Ecriture trop rapide, changeante  . Déroutante, parfois.

Citations « L’âge est traître, ingrat et, comment dire, prétexte à camoufler l’impuisssance » (p 13), « Dieu a créé le Bien et le Mal, ce sont des jumeaux » (p 60).