Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Essai Thierry Perret - " Algérie. Lignes de vie d'un peuple"

Date de création: 06-06-2020 16:50
Dernière mise à jour: 06-06-2020 16:50
Lu: 50 fois


SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI THIERRY PERRET- « ALGERIE. LIGNES DE VIE D’UN PEUPLE »

Algérie. Lignes de vie d’un peuple. Essai de Thierry Perret. Chihab Editions, Alger 2016 (Editions HD Ateliers Henry Dougier, Paris, 2016, sous un autre titre, « Les Algériens si méconnus » ) , 204   pages, 800 dinars.

« Les Algériens, c’est vrai, sont compliqués. C’est justement ce qui les rend passionnants ! » . On ne le savait ........plus, ou si on le devinait , on en doutait fortement, mais l’auteur, un Français devenu ,peu à peu,  un vrai Algérien  (j’ai ouïe dire  qu’il avait, quelque part, une ou plusieurs racines bien de chez nous) nous le démontre grâce aux techniques maîtrisés du journalisme par un écrivain visant le large public , à son sens aiguisé ,à de la fine observation et .....à son air sympa .

A travers une trentaine de rencontres, d’entretiens, de lectures et de visites,il nous livre non seulement son sentiment sur le pays , sur ses habitants et sur leur vie (sans s’y ingérer)  mais, aussi, une analyse réaliste de situations en apparence compliquées ou inexplicables mais simples pour peu qu’il y ait un petit effort d’empathie et d’ouverture d’esprit .

On a donc, successivement, passés au « confessionnal » ou au scanner , Nacer Djabi, le sociologue,  qui explique pourquoi les Algériens « ne se connaissent pas » ;  Adlène Meddi, le journaliste et écrivain qui revient sur l’ « état de sidération »  né de la « décennie noire » ; Amira Bouraoui (du mouvement « Barakat ») et Mustapha Benfodil qui évoquent une Algérie « bourrée de références  mais qui ne sait pas les classer » et des « mouvements sociaux non expressifs » : Abdelkrim Boudra (de Nabni) qui tente de « désintoxiquer la rente » ; Daho Djerbal qui décortique le phénomène de  « focalisation exclusive sur la guerre de libération » ; Sabah Ferdi en perpétuelle « révolte contre la dégradation du patrimoine matériel culturel et historique de la période antique » ; Belkacem Babaci, qui veut sauver une « Casbah  d’Alger en péril » ; Azzedine Guerfi , le chaoui marathonien collectionneur des défis, militant du patrimoine mais aussi éditeur avec les Editions Chihab ;  Henri Teissier, celui qui a côtoie la socité algérienne depuis déjà soixante dix ans ; Said Bouterfa et les manuscrits sauvés des sables ; Wassila Tamzali, la « femme en colère » ; Samir Toumi et son « cri » mais aussi le temps du « réenchantement » ; Faika Medjahed et la psychanalyse.... « marginalisée » ; Mohamed Saïb Musette, le plus Algérien des mauriciens, avec une explication originale (mais, à mon sens, la plus vraie)  de la religiosité ; Mourad Ouadahi et Jil Fm ; Slim Othmani, l’entrepreneur fan de réussite entrepreneuriale et de golf ;  El Kadi Ihsane, le trotskyste devenu un éditeur web d’avant-garde mais luttant toujours contre l’hyper économie rentière ; Mouloud Salhi, le « fou » d’ associations d’Akbou ;Ameziane Ferhani, un véritable personnage de B.d et plume aiguisée de la presse et de l’écriture ; Hajar Bali l’écrivaine ; Dalila Nadjam l’éditrice qui a créé Dalimen ; Nawel Louerrad la dessinatrice rebelle tranquille ; Chafik Hamidi, dit El Panchow ; Mourad Krinah et  Nadira Laggoune des Beaux Arts ; Karim Moussaoui le cinéaste ; Noureddine Saoudi, le virtuose du ‘oud et géologue ; Meriem et Fellah, architectes.......Ouf !

« Ils sont intelligents, brillants, entreprenants.....On n’y fait pas attention tout de suite, mais leur nombre finit par retenir l’attention »..... du regard extérieur.... surtout  celui de Thierry Perret......un grand compréhensif ...qui sait de qui et de quoi il parle.Et comment !

L’Auteur : Journaliste spécialiste de l’Afrique, il a été attaché culturel français en Algérie (de 2010 à 2014). Plusieurs ouvrages publiés dont l’un sur l’Afrique et l’autre sur le Mali

Extraits : « De nombreux doutes -le fameux « désenchantement » - caractérisent l’opinion des Algériens sur leur pays. Ils semblent souvent sceptiques sur son avenir , croient peu aux capacités de changement de leur société , cultivent un certain pessimisme sur sa destinée , et s’exercent avec talent à l’art de l’autoflagellation » (p 12), « En vérité, en Algérie, plusieurs sociétés cohabitent, les repères semblent constamment mouvants, et c’est dans l’équilibre à trouver entre toutes ses composantes que le pays pourra trouver son chemin. Cette hétérogénéité , seuls les Algériens en vérité semblent ne pas y croire » (p 20), « La colonisation, vue à travers le prisme exclusif de ses exactions et de la répression , c’est un rituel identitaire qui est aussi de manière subliminale un message envoyé à la France, amie et toujours coupable » (p 112)

 Avis : Mélange heureux de reportage, d’enquête et d’entretiens . Se lit d’un seul trait.

Citations : «Les jeunes voulaient se débarasser de l’Etat Fln, mais ils ont été pris, comme on le disait à l’époque , entre deux forces : soit le voleur (l’Etat, les élites), soit le tueur (l’islamisme). Ils ont finalement pensé : on accepte mieux le voleur que le tueur » ( p 31)  , « Le conservatisme religieux est une nécessité politique. Il protège une logique rentière où les femmes ne doivent pas avoir un rôle majeur » (Fatma Oussedik, p 106),