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Roman Lynda Chouiten- "Une valse"

Date de création: 23-02-2020 12:25
Dernière mise à jour: 23-02-2020 12:25
Lu: 30 fois


SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN LYNDA CHOUITEN- « UNE VALSE »

UNE VALSE. Roman de Lynda Chouiten. Casbah Editions, Alger 2019, 222 pages, 700 dinars

 

C’est l’histoire d’une jeune femme, Chahira, encore jeune fille à quarante ans, encore jolie et bien faite...qui a de l’éducation  (elle a fait le lycée jusqu’au jour où son père découvrant un extrait de poème glané lors des lectures a décidé de la « garder » à la  maison...quelques mois à peine avant la fin du parcours secondaire, elle si brillante et assurée de décrocher son bac)...qui s’est mise à la (presque haute) couture .....mais qui se retrouve totalement ben déphasage avec sa famille et sa société. Psychotique ! Pourtant, elle adore son village avec son mélange de population et de langues , El Moudja, et ses gens....La quarantaine pour une jeune femme dans une famille et une société conservatrice (pour ne pas dire plus) et enfermée dans on ne sait quelles traditions.....une société qui interdit le rêve, qui diabolise l’amour, qui considère la femme comme génitrice et « servante » .....pas facile la vie !Presque  impossible pour une femme à l’esprit indépendant. Voilà donc une « héroïne » qui subit une double peine :celle infligée par son état-civil de femme célibataire et celle de femme qui « n’en fait qu’à sa tête ». De quoi rendre « fou »......et, en fait, elle est envahie, de jour comme de nuit, par les rêves les plus .......fous. Des démons, des satyres, des créatures de rêve, des jeunes et des moins jeunes, des mâles et des femelles « aux rires stupides » , un  artiste, un intellectuel, tous deux ses favoris ......des amours folâtres qui se transforment en orgies fracassantes.

Pour échapper à sa famille et à un environnement qui ne la « comprend » pas, elle part s’installer , seule, dans la grande ville voisine, Tizi N’Telli, « ville de fleurs et d’épines, comme l’ajonc qui la symbolisait »,  exerçant toujours son métier de couturière....se préparant à concourir , avec une de ses créations, à un défilé de mode....à Vienne. Quatrième..... , elle , « l’obscure couturière d’El Moudja, un coin perdu du Tiers Monde », face à des monstres de la mode. De quoi se réjouir  et continuer sa « harga » légale ? Non, car ses démons ne la quittent toujours pas. Va-t-elle se suicider – le Danube est si tentant -pour mettre fin à sa « psychose » ? Va-t-elle repartir au pays retrouver ses racines...et être, enfin, débarrassée de  ses démons ? A lire !

L’Auteure :Enseignante à l’Université de Boumerdès. Auteur de plusieurs articles et de deux livres à caractère académique : une étude de l’œuvre d’Isabelle Eberhardt et un ouvrage collectif sur l’autorité. Premier roman en 2017 (« Le Romam des Pôv’ Cheveux », ed. El Kalima), finaliste des prix littéraires Mohammed Dib et l’Escale d’Alger. « Une Valse » a obtenu le prix Assia Djebar 2019

 

Extraits : « Cela l’avait agacée, au départ, cette condition qui exigeait « que toutes les tenues en compétition s’inspiraient impérativement des traditions vestimentaires des pays respectifs des participants » . Pff !Phrase solennelle et grotesque, comme l’est le mot « Tradition » lui-même. Un mot que, dans son pays à elle, on servait à toutes les heures de la journée et qu’elle avait fini par haïr » (p 32), « C’est la nuit que les fantômes s’enhardissent, c’est bien connu. C’est la nuit qu’ils s’affranchissent du diktat de la conscience......Ils ouvrent sans façon les portes de l’Imagination, hèlent les souvenirs, les angoisses et les mauvais instincts et convient tout ce beau monde à leur fête » (p 48), «  Elle pensait que c’était toujours vide, une salle d’attente de psychiatre ;mais les gens avaient visiblement peur pour leurs têtes où régnait le chaos, à l’image de tout le pays » (p 60), « Elle savait que ce qu’on nommait folie n’était que l’appel altier de la liberté célébrant le triomphe du Moi... » (p 79), « Non, les femmes ne portaient pas d’ « auréoles » sur le front ; juste des rides précoces et des fronts burinés par des années de soumission souffrances tues » (p 141), « Chez elle, c’étaient toujours des haines et des rancunes à n’en plus finir. Et puis surtout, chez elle, au vingt-et-unième siècle, l’amitié entre les deux sexes restait encore une chose étrange et suspecte. Le seul endroit où des amitiés mixtes fleurissaient sans trop de peur et d’entraves était les réseaux sociaux .Des amitiés aussi superficielles que virtuelles... » (p 168).

Avis : Le drame de la femme bridée , brimée....à qui on interdit brutalement et sans explications de droit de « réussir » ou même de rêver.  Elle n’a pas tort d’affirmer que son écriture est « surtout émotionnelle et plus énergique » , bien plus que « cérébrale ». « Je travaille par épiphanies, des sortes de révélations » , confie-t-elle. Que Dieu la comble de révélations!

Citations « Dans ce pays maudit, un homme délicat est forcément une tapette » (p 21), «  Oui, des mots laids, des mots vulgaires, on en entendait partout. Ça , c’était permis. Mais la musique, que Dieu nous en préserve !L’Appel à la prière n’était-il pas suffisant ? » (p 38), « Les jeunes filles de seize ans resteront, même dans les pires des prisons, des jeunes filles de seize ans » (p 45), « Dans ce pays-et peut-être ailleurs aussi – la vie d’une femme se limitait à trois choix possibles : être une catin, une esclave ou une nonne. A tort ou à raison, le dernier mot lui avait semblé être le moins insultant » (p 47)