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Roman Abdelhamid Benhedouga - "La mise à nu"

Date de création: 05-02-2020 16:57
Dernière mise à jour: 05-02-2020 16:57
Lu: 54 fois


SOCIETE- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH- ROMAN ABDELHAMID BENHADOUGA- « LA MISE A NU »

LA MISE A NU. Roman de Abdelhamid Benhadouga (« Bana As-Sboh », écrit en1978 et   édité en 1981 par  la Sned .Traduit de l’arabe par Marcel Boix).Casbah Editions, Alger 2019, 322  pages, 850 dinars

Dans la plupart des œuvres de Benhadouga, la femme et la condition féminine occupent une large place dans ses œuvres. “Je crois que c’est d’abord ma vie familiale, c’est-à-dire ma mère, mes sœurs, tout mon entourage féminin qui, peut-être inconsciemment, m’a conduit à écrire sur la femme et la condition féminine en Algérie.” disait-il. À travers son œuvre, on découvre un « révolutionnaire » dans l’âme et surtout un homme courageux compte tenu du contexte politique de l’époque. Il a toujours œuvré pour la vérité et cultivé l’espoir suite à la désillusion ressentie durant les premières années de l’indépendance. Thèmes récurrents de l’auteur : la révolution, la justice sociale et le progrès pour ne pas dire le socialisme,  la religion, la langue, la femme, la vie familiale, la terre. Pour Abdelhamid Benhedouga : “Moi, je suis un écrivain, et ce qui m’intéresse, c’est là où il y a crise… Là où ça va, ça ne m’intéresse pas, je ne suis pas un écrivain qui applaudit, d’autres le font à ma place. Moi, ce qui m’intéresse, ce sont surtout les points faibles, les situations conflictuelles ; c’est là où je considère qu’en tant qu’écrivain, je dois intervenir.”. Son œuvre possédait un fil conducteur : dire la vérité, dévoiler la réalité et continuer d’espérer. Il est vrai que l’atmosphère de l’époque (années 60 et 70) s’y prêtait aisément avec ses rêves , mais aussi avec ses (dés-)illusions....
La « mise à nu » : une œuvre écrite en 1978 qui décrit une société en pleine transformation des comportements. Elle raconte la rurbanisation, c’est-à-dire la vie en ville de familles à la mentalité encore rurale ou « citadine » (pour ne pas dire petite bourgeoise), les unes cherchant à s’élever dans la hiérarchie sociale.....et financière ou à s’intégrer (surtout grâce aux mariages « arrangés ») , les autres cherchant à continuer à « dominer » ou à se singulariser par l’étalage de la fortune.....surtout aux « hamams » .C’était aussi le temps (celui du roman) de la Révolution agraire, du Volontariat et surtout, celui des débats (multiples, « libres » et houleux) sur le projet de Charte nationale.

On rencontre , donc, les représentants d’une société vivant presque en vases clos, fabriqués par une vie politique assez originale, clamant le « socialisme spécifique » (ou « algérien »), prometteuse au niveau du discours mais à la longue  étouffante , tout particulièrement pour les jeunes, garçons et filles, instruits ou non, fonctionnaires ou « entrepreneurs ou commerçants», célibataires ou mariés, ....qui se trouvent, volontairement ou non, perturbés, « déviés »,  révoltés, chercheurs de libertés, etc....

La scène : Une famille conservatrice aisée mais pas encore riche, celle de Cheikh Allaoua Ben Khalil......et une famille se prétendant « citadine » et assez aisée , celle des Ben Abdeljalil......et comme « eau » trouble la militance  politique du Fln –historique et du camp « révolutionnaire ». Entre les deux, des jeunes  (Dalila, Krimo, Naima, Redha, Nacera « Sonacome », Naima, Zoubida.....) à la recherche d’un autre avenir et rencontrant mille et une difficultés...venant de la famille, de la société , des amours cachés ou tus et des attentes du mariage libérateur.....Les plus atteints : les femmes. Déjà ? Non, toujours....Re-non, encore !

 

L’Auteur : Né en 1925 Abdelhamid Benhadouga, a fréquenté l’école publique et l’école coranique dans son village. Après une solide éducation familiale (père Imam) , ce natif de Mansourah (BBA), ira poursuivre ses études à Constantine  (El Ketania), puis à la Zitouna de Tunis. Hésitant entre la littérature et la religion, c’est son engagement au sein du MTLD qui va l’aider à trancher.
Il se retrouve au centre de l’action nationaliste comme représentant du MTLD en Tunisie et responsable des étudiants algériens dans ce pays. De retour en Algérie, Benhadouga va travailler pour l’ORTF et la BBC. Recherché par la police, il se rend en France avant de rejoindre « La Voix de l’Algérie », la radio du FLN à Tunis. Après des études radiophoniques et un stage de réalisateur radio en France, il se consacre en Tunisie à des études d’art dramatique, ce qui lui permettra d’accomplir un travail colossal peu connu du public : la production de plus de 200 pièces de théâtre radiophoniques. Il investit la littérature par le journalisme, avec « El-djazaïr bayn el-ams wal youm » (L’Algérie entre hier et aujourd’hui), recueil d’articles publié en 1958, qui sera suivi de « Dhilaloun djazaïri » (Ombres algériennes), recueil de nouvelles publié à Beyrouth en 1960. Comme beaucoup d’écrivains, Abdelhamid Benhadouga commence par des articles de presse, des nouvelles, de la poésie (« El-arwah achaghira » - Âmes vacantes, SNED, 1967), avant de publier son premier roman. Pour un début, ce fut un coup de maître. « Rih El-Djanoub » (Le Vent du Sud), SNED, 1971, va connaître un grand succès et sera traduit en français, néerlandais, allemand et espagnol. Ce roman décrit la société rurale algérienne, avec ses conditions de vie difficiles et ses espoirs. Le second roman, « Nihayat el-ams » (La fin d’hier, SNED, 1974), sera également traduit en français par Marcel Bois qui en fera de même pour « Wa ghaden yawm djadid » - « Demain sera un nouveau jour » (Al Andalous, 1992).Il a été aussi Dg de l’Enal (Entreprise nationale du livre, issue de la Sned), président du Conseil national de la Culture et en 1992, Vice-président du Conseil Consultatif national puis président, Rada Malek ayant rejoint  le Hce.
Il est mort à Alger le 21 octobre 1996.

 Extraits : « Chez nous à la campagne, la plupart des filles voient passer leur jeunesse comme un rêve vite dissipé par les maternités successives et par une vieillesse prématurée. Celle qui n’est pas « vendue » à seize ans a de la chance » » (p 68), « Le niveau de vie avait décuplé depuis l’indépendance, à la ville et à la campagne. Mais l’évolution du comportement , au lieu de suivre la même courbe, allait dans le sens d’une dégradation. A vrai dire, pour reprendre l’expression de Freud, « le  refoulé » faisait retour » (p 117),  

Avis : Une écriture fluide et  lisible …et ,surtout, qui va droit au cœur des lecteurs qui se sentiront, encore aujourd’hui, tous concernés.

A noter que c’est , peut-être , le seul écrivain dont  personne, où qu’elle se situe politiquement ,  ne conteste la valeur littéraire des œuvres et les qualités de l’homme. Une véritable « Voix du peuple ».

Poète aussi. Voir « La fleur des champs » (pp 243-252) et p 317 (« La mots ont-ils encore un sens quand la conscience s’est barricadée et que le cœur se cadenasse ? »..........)

Citations : « Les hommes n’oublient pas, ils font semblant d’oublier » (p 58), « Distinguons bien gloire et justice. Toutes les dictatures du monde ont cherché la gloire au détriment de la justice » (p 129), « Etre sérieux ne signifie pas être triste, avoir une mine renfrognée. Le socialisme est un espoir, une joie durable, pas une pleurnicherie » (p 135), «  Le bonheur n’est jamais acquis une fois pour toutes.....Et la liberté, c’est pareil. Il y faut de la patience, et toujours recommencer.....Autrement, la vie n’a plus de sens » (p 198), « Les  Algériens sont malades du sexe. Le monde entier est malade du sexe. Mais en Algérie, c’est le refoulement qui met les gens dans cet état » (p 208), « Ton père ? Un homme comme les autres. Il ne faut pas en faire un héros parce qu’il a pris part à la Guerre de libération. Tous les Algériens, y compris les femmes , y ont participé.......Nos pères , nous les respecterons dans la mesure où eux-mêmes nous respectent . Il n’y a pas à avoir peur d’eux :ils sont le passé et nous l’avenir » (p 237), « L’avenir est une aventure qui exige la capacité de créer. L’homme qui se sent impuissant tourne le dos à l’avenir. Et puis, mon père ne pense pas avec son esprit, il pense avec ses archives » (p281), « Violence, langage qui bouleverse tout sur son passage/Violence, opiniâtre ennemie de la raison et du cœur/Violence, nœud de contradictions, qui n’admet nul détour/ Violence, langage entier qui se suffit à lui-même «  (p 317).