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Essai Mohamed Mebtoul- "Libertés, dignité, algérianité...."

Date de création: 04-01-2020 19:01
Dernière mise à jour: 04-01-2020 19:01
Lu: 73 fois


SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH-ESSAI MOHAMED MEBTOUL- « LIBERTE, DIGNITE, ALGERIANITE... »

LIBERTÉS, DIGNITÉ, ALGÉRIANITÉ. AVANT ET PENDANT LE « HIRAK ». Essai de Mohamed Mebtoul, Koukou Editions, Cheraga Alger 2019, 222 pages, 800 dinars.

Un ouvrage qui s’est construit à partir d’une chronologie des événements socio -politiques majeurs qui ont eu lieu durant six mois en Algérie.

Un ouvrage structuré en quatre parties. Un mode , nous dit l’auteur, qui rend compte de la temporalité politique à l’origine d’événements saillants avant et après le 22 février 2019 :

La première partie analyse les événements politiques importants qui ont eu lieu avant les « événements du 22 février 2019 ». La majorité des articles ont été écrits au cours de l’année 2018.

Globalement à travers la lecture des textes, on voit que la violence du politique a profondément structuré la société algérienne. « Elle s’incruste dans les différentes institutions nationales et locales fabriquées par le politique ».

On a , peu à peu, privilégié une gestion autoritaire de la société et le statu quo pervers.

La deuxième partie va décrire et analyser le mouvement social, en montrant ce qui a pu être à l’origine de sa puissance et de sa force dans l’espace public, réapproprié et réinventé collectivement par les manifestants.

Un mouvement social inédit dans l’histoire politique menée par le bas.

La troisième partie est consacrée, de façon spécifique, aux jeunes de conditions sociales diversifiées.....une catégorie d’acteurs  ne dépassant pas l’âge de trente ans (dont les étudiants qui manifestent le mardi) , ayant peu connue la « guerre intérieure » durant la décennie 1990. Elle assure le rôle dominant et déterminant dans le mouvement social. Les jeunes (des deux sexes) apportent leurs énergies créatrices....sans tomber dans le communautarisme  fermé et d’ordre culturaliste.

La quatrième et dernière partie analyse de façon critique les multiples détournements du pouvoir face à la puissance du mouvement social .Un pouvoir réel accaparé par la hiérarchie militaire et qui « opère dans l’obstination  la plus aveugle », restant profondément « prisonnier » de sa logique d’obstination.

Conclusion : « Il est impossible , quelle que soit l’issue des événements ultérieurs, de faire abstraction du mouvement populaire qui a émergé de façon inédite, le vendredi 22 février 2019 »..... 

 

L’Auteur : Professeur de sociologie (Université Oran II), chercheur associé au Gras (Unité de recherche en Sciences sociales et Santé), auteur de plusieurs ouvrages (auteur dont le tut dernier , présenté déjà in Mediatic, « La citoyenneté impossible ? », Koukou 2018/ direction/collectifs)

Extraits : « Si ce mouvement a un ancrage aussi profond dans la société, il le doit aussi à la radicalité de sa revendication principale partagée par les manifestants. Elle est centrée sur l’impératif de rompre avec les acteurs dominants du système politique actuel » (p 11), « Avouons notre perplexité quand le sacrifice est imposé de façon rhétorique et unilatérale. C’est peut-être oublier que pour exiger des sacrifices des autres , il importe que l’exemplarité vienne d’abord des puissants et des responsables . Le sacrifice, oui !Mais à condition qu’il y ait réciprocité » (p 49) , « Le système est loin d’être enterré. Les pratiques sociales liées à son maintien sont encore vivaces et tenaces......La violence de l’argent est une dimension forte qui s’est incrustée dans le système social et politique, dans une logique d’imposition et domination qui risque encore de contaminer certaines pratiques sociales « (p 85), «  Aucune action collective dans le monde ne peut s’opérer sans animateurs, activistes et leaders toujours présentes, pour donner un souffle relationnel puissant au mouvement social. Il ne peut donc qu’être conduit par des militants aguerris aux luttes sociales qui ne datent pas du 22 février 2019 » (p 193)

 

Avis : De la real-sociologie , toute chaude, comme on voudrait en  consommer tous les jours.....pour mieux supporter (ou se révolter) notre quotidien. Elle  nous réconcilie avec la recherche scientifique vraie, celle qui sonde son peuple dans sa quotidienneté et qui ne passe pas son temps, par facilité.....et par mode dans « la main de l’étranger » et le « complotisme » international, ceux qui, paraît-il, se jouent des foules toujours taxées d’’immatures ou d’ inconscientes.

Une critique cependant : une trop grande « sacralisation » (ou « idéalisation ») de  ceux qui sont appelés « les gens de peu » .

Très, très belle couverture !

 

Citations : « La violence du politique a profondément structuré la société algérienne. Elle s’incruste dans les différentes institutions nationales et locales fabriquées par le politique » (p 16), « La déroute du politique est au fondement de la crise profonde traversée par le système sociopolitique » (p 41), « La corruption ne recouvre pas uniquement une dimension financière, même si elle est importante, mais elle peut être aussi d’ordre idéologique, dans le sens d’une fidélité à toute épreuve à l’égard de celui qui a permis leur ascension socio- politique vertigineuse, dans une logique de don et de contre-don » (p 45) , « L’usage du terme de « système » n’est pas nouveau en Algérie. Il fait partie du langage ordinaire de la population. Il s’est incrusté dans la façon de dire l’Autre (système), l’invisible , l’opaque où se trament les tractations entre les gens du pouvoir, fonctionnant dans le secret entre eux et pour eux » (p 81), « Le pouvoir est comme une tumeur, il faut une chimiothérapie « chaque vendredi » ( une jeune fille lors des marches, citée p 88),  « Mes rêves seront vos pires cauchemars . Nos chants vos pires réveils » ( un slogan lors des marches du Vendredi, cité p 89), « L’histoire est énigmatique. L’inattendu, l’imprévisible et l’invisible au cœur de toute société, jouent un rôle non négligeable dans le champ du possible de tout mouvement social. La société est loin d’être une cruche vide qu’il est possible d’instrumentaliser sans cesse » (p 101),  « La réussite sociale éteint la colère comme les bons repas assouvissent les appétits. Il faut de la vertu  pour cultiver de la colère »( Garrigou A. « Un jeune homme en colère », Paris 2005, Ed. du Croquant, cité p 125), « Le dialogue a pour objet de dépasser le conflit et non de l’éliminer, parce que, précisément, le politique se constitue dans l’antagonisme » (p 186)