Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Roman Rabia Djelti- "Les ailes de Daouya"

Date de création: 19-12-2019 18:47
Dernière mise à jour: 19-12-2019 18:47
Lu: 133 fois


SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN RABIA DJELTI- «  LES AILES DE DAOUYA »

LES AILES DE DAOUYA, roman de Rabia Djelti ( traduit de l’arabe par Mohamed Sehaba),Editions Barzakh, Alger 2019 , 201 pages, 800 dinars.

Elle est jeune, elle est belle, elle est riche, elle est généreuse......si jeune, si belle, si riche (très à l’aise matériellement), si généreuse....qu’il se met à lui pousser des ailes. Et pourtant, sa grand-mère Hanna Nouha ,  l’avait moult fois mise en garde : « La beauté est à la fois, une bénédiction et un châtiment »..... « La beauté fatigue, même si elle possède des ailes »......« Quand Dieu veut châtier une fourmi, IL lui fait pousser des ailes ».....

Paroles prémonitoires que celle-ci, car Daouya, la bien-nommée avait bel et bien des ailes qui lui poussaient. Sans savoir, au départ, le pourquoi du phénomène physique qui lui paraissait assez handicapant au départ. D’où  sa manie de toujours s’envelopper d’un manteau marron.

Elle voyage beaucoup  à partir de sa ville natale, Oran.  Alger.......Damas surtout, là où elle y a pris, aussi,  des cours, parallèlement à ses études à l’Université ,   la danse, le ballet et la valse .... « pour apprendre à maîtriser le moindre muscle du corps, pour ne plus être soumise à ses injonctions » ; Damas  ville d’entre-toutes bénie des arts , des lettres et de la culture arabe....et, bien sûr, Paris, autre rendez-vous mondial.....

Les voyages forment certes mais ils permettent surtout des rencontres de toutes sortes. Entre autres des femmes, presque toutes non accompagnées et combatives  : Oum El Kheir, connue et appréciée de tous les douaniers et les personnels des compagnies aériennes,  qui « fait des affaires » (trabendiste ?)  en s’approvisionnant d’abord  en Syrie, puis  à Paris ......Ibtissem, la jeune et belle syrienne réfugiée à Paris et qui ne fait que penser à sa famille ......Nezha, l’intellectuelle au grand cœur, ayant  fui , pour Paris,  le menaces  terroristes à Alger.....Sapho, l’iranienne, qui pratique le « plus vieux métier du monde » et qui peste (son fiancé avait été pendu...parce qu’il croyait seulement profondément en la démocratie) contre les « barbus » qui prolifèrent.....à Paris .

Heureusement, il y a Ibrahim.....rencontré par « hasard » lors d’un voyage, dont elle tombe assez vite amoureuse. Enfin !

Mais hasard, dites-vous ?

En fait, Daouya fait partie  des « Ailés ». Au départ , inquiète.......pour son dos et ses épaules où poussent des ailes....elle découvre que les « Ailés » sont une communauté secrète formée de tous les génies produits  depuis des siècles par l’humanité et vivant, pour ceux et celles « qui ne sont plus » dans un sixième continent en dehors de la planète Terre.....Réunis en Ag extraordinaire (celle ordinaire  se tient tous les cinq siècles)  à laquelle Daouya y est conviée comme nouveau membre de plein droit , ils doivent décider de la « mise à mort » (un grand déluge) de la planète, trop longtemps maltraitée et lourdement meurtrie par le conflits et  les guerres...... La faire disparaître du système solaire définitivement......et ne rétablir l’équilibre que bien plus tard. Quelques milliards d’années. Crimes (trop nombreux)  et châtiment ....mérité !
Quelques surprises : Ibrahim et Oum el Kheir  sont des « Ailés ».....et Daouya, ayant gardé toute son humanité terrestre  a le droit de choisir un(e) non-ailé(e) le jour du « grand départ ». C’est Saint-Augustin lui-même qui avait donné l’avis favorable. Alleluia !

 

 

L’Auteure : Née en août 1954 à Bouaânani (et épouse de l’écrivain Amin Zaoui) . Etudes primaires au Maroc, secondaires à Oran, universitaires à Oran (littérature arabe) . Magister et Doctorat d’Etat à Damas. Enseignante universitaire. Poétesse, romancière et traductrice ,  auteure de plusieurs œuvres .....et Prix de la Création littéraire arabe pour l’ensemble de son œuvre (Abu Dhabi, 2002).Elle est l’épouse d’Amin Zaoui.

Extraits : « Cette femme dévoilait en vérité le côté lumineux , caché en chaque être, qui ne devient véritablement humain que lorsqu’il se met à la place de l’Autre, que cet autre soir humain, animal, végétal ou minéral » (p 43), «  L’esprit humain, capable de bâtir, est celui-là même capable de détruire, de brûler, de raser la Terre entière si des intérêts sont à préserver » (p 50) , « Celui qui a bu à Ain El Fijé (eau de source) n’aura de cesse de retourner au Cham, y revenant comme on revient à une drogue » (p 52), « Si Damas possède le chant et l’odeur de la « sobya » fumante, Oran a pour elle la joie de la mer et des cafés. Ce par quoi elle se distinguait autrefois a maintenant disparu » (p 61)

 

Avis : Roman du réel, roman d’anticipation, un savant mélange que l’écriture que l’on ressent délicate, musicale même -  surtout si on se  met à la penser, parallèlement, en arabe-      ( l’âme est profondément poétique) rend aisé à lire. Prenant jusqu’à la dernière ligne. 

Citations : « La beauté est à la fois une bénédiction et un châtiment. Elle est souffrance et jouissance . Toute femme, aussi belle fut-elle, verra , avec le temps, la vérité dans son miroir. Elle se verra, nue. Tel sera alors le lot de son apparence » » (p 13), « Damas, redeviendra-t-elle Damas ? »( p 51) , « Toutes les guerres sont sales : il n’y a pas de guerre sans coupables et sans victimes »  (p 64) , Ce sont (les rides du visage) des indices fiables, exacts et incontestables sur la nature de celle ou celui qui est en face....Elles indiquent les signes de la jalousie, de l’optimisme, de l’amour passionné, et même de la mort imminente » ( » (p 91) , « Paris est un toit pour qui n’en a plus......A Paris , tu peux te réaliser au grand jour » (p 99), « L’immobilisme invite à la destruction, aux malversations, aux atteintes physiques, à la barbarie, à la tuerie, en un mot, à la négation de tout ce qui réfère à la civilisation humaine » (p 124), « Le temps chez les Arabes est comme un vieux gardien d’immeuble à la vue basse. Sa présence est de pure forme. Il dort la bouche ouverte.... » (p 170)