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Roman Fadela M'Rabet- "Une enfance singulière"

Date de création: 22-10-2019 19:21
Dernière mise à jour: 22-10-2019 19:21
Lu: 2 fois


Une enfance singulière. Un roman ( autobiographique?) de Fadela M’Rabet. Editions ANEP. Alger  2004. 117  pages, 200 dinars.

 

Connaissez-vous Fadila M’Rabet, la bête noire du pouvoir au milieu des années 60 ? Pas féministe pour un sou comme on a voulu le faire croire à l’époque, mais ardente combattante pour le respect et la dignité de la femme dans notre pays ! Son émission – hebdomadaire, si je me souviens - à la radio (Chaîne III) avec son époux Tarik (Tarik Maschino, un militant engagé très tôt pour la libération du pays) faisait un « tabac »…et ses deux livres (1965 et 1967…édités à l’étranger, assurément… interdits de diffusion et de lecture en Algérie…et à l’époque, ça ne « rigolait » pas avec ces choses -là) fut vite « dénoncée » sous la  pression des lobbies conservateurs et pseudo-révolutionnaires …..et ,vite fait, interdite. Ne restait plus que l’exil, car on le devine, être opposant politique à l’époque, ça pouvait toujours s’arranger quelque part, mais être « opposant sociétal »….dehors ! Aujourd’hui encore. Pour une femme, c’est encore pire.

Un exil qui, peut-être, l’a brisé quelque part durant longtemps,  car on lui a ôté une partie de ses racines auxquelles elle tenait tant. Son enfance et ses vacances à Collo, sa jeunesse à Skikda, sa scolarité au sein d’un milieu hostile et raciste à l’occasion , les horreurs environnantes de la misère, de l’ignorance  et de la répression (elle a « vu » les exécutions de mai 1945) …issue d’ une famille (une immense famille de la région où les mots culture ,authenticité et nationalisme ne sont pas vains et creux, et dont le père était un proche de Benbadis), une famille ouverte sur le monde  mais dont  le patriarche, malgré son amour immense pour ses enfants et son « modernisme »,  avait le côté Pater familias de son temps, ancré dans certaines de ses certitudes (ou, bien plutôt, subissant les contraintes objectives de l’époque, d’autant que le colonialisme guettait et exploitait la moindre faille),Fadela   n’a dû son équilibre, son entêtement à réussir et sa force de caractère,  face à la « haine et la cruauté des hommes » à l’endroit des femmes , des hommes qui , « terrorisés » (par quoi ?lire la courte mais pertinente analyse page 105 à 113) « deviennent des terroristes »….que grâce à une femme, sa grand-mère, Djedda, une mémé comme  n’en fait plus.

Ce n’est pas un roman. Ce ne sont pas des mémoires. Ce n’est pas une autobiographie. Ce n’est pas un essai. Un savant mélange. Juste un livre de souvenirs qui nous replonge dans notre passé. Un passé dur, très dur. Mais qui, au sein de la famille et de la société algérienne (car, les « autres » vivaient en-dehors et au-dessus) voyait une humanité certaine. On ne vivait pas bien, mais la vie était bonne. Ceci dit, en dehors du problème et de la situation de la femme qui perdurent ! Mais ça, Fadila M’Rabet sait, plus que bien d’autres, de quoi elle parle. C’est seulement  ces toutes dernières années qu’elle s’est « réconciliée  »  avec le pays. On la re-découvre (avec, « Le café de l’Imam » , puis « La salle d’attente » , les deux aux Editions Dalimen, en 2011 et en 2012) et c’est tant mieux pour la littérature nationale …et pour les luttes féminines!

 

Avis : Se lit d’un trait…comme un roman, un  roman de la vraie vie. Et pour les plus jeunes, ils découvriront l’engagement (en faveur de l’émancipation de la femme) et le style décidé (limpide, allant droit au but)  d’un grand auteur (ou essayiste) qui , elle, sait penser, pense encore librement et sait écrire ; un écrivain  que l’Algérie a perdu durant près de 40 ans. De plus, Docteur en biologie, maître de conférences et praticien des hôpitaux, ce sont les « autres » qui ont profité de ses compétences. Misère de misère !