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Essai Lazhari Labter- "La cuillère et les autres petits riens"

Date de création: 11-10-2019 18:55
Dernière mise à jour: 11-10-2019 18:55
Lu: 2 fois


SOCIETE- BIBLITHEQUE D’ALMANACH- ESSAI LAZHARI LABTER- « LA CUILLÈRE ET LES AUTRES PETITS RIENS »

La cuillère et autres petits riens. Essai de Lazhari Labter (préface de Yasmina Khadra). Hibr Editions, Alger 2019, 128 pages, 500 dinars

Lazhari Labter est un grand romantique. Poésie quand tu nous tiens ! Il est vrai qu’être originaire du Sud du pays avec des racines nomades  n’arrange pas les choses. Il nous a déjà gratifiés de belles œuvres où vers et prose , en tout cas de la belle écriture, se mélangent harmonieusement  pour le plus grand plaisir  des sens. D’autant qu’il y a , comme assaisonnement,  des dessins de Arzeki Larbi, illustrant « Les œufs peints » (pp 106 et p 108) et « l’Arbre d’argent » (p 28) .  La cuillère, elle, sorte d’hommage au père, dessinée par le fiston , Amine Labter, qui avait illustré la Une des deux premières éditions algériennes, se retrouve n p 24, illustrant ainsi le texte de base.

Mais , il oublie (peut-être pas !) que ses lecteurs sont aussi poètes ,quelque part. En tout cas, pour ceux d’un certain....âge (ou d’un âge certain) , le romantisme et la nostalgie ne sont pas loin avec toujours cette propension à mythifier (ce qui n’est pas un tort, au contraire) , à rendre encore plus beau son passé  et à en glorifier tous les faits , les gestes et les espaces , tout particulièrement les plus anodins, ceux rattachés à l’enfance et à la prime jeunesse, celles qui ne voyaient que le bon côté de la vie. Des riens qui sont désormais tout. Souvenirs, souvenirs !

32 petits récits, 32 souvenirs de « riens » qui nous (re-) plongent dans un passé qui redevient brusquement, par la magie des mots , en fait, assez prenants  ,car simplement dits et bien ordonnés , plus que présent.

Des petits  riens, les siens, les miens, les nôtres, les vôtres, les leurs. Un grand partage de vie simple, d’amour de la vie, de bonheur d’être en famille, de peines et de souffrances parfois, car la misère est là, avec une présence coloniale qui n’apparaît pas , mais que l’on sent derrière les rideaux de la scène.

En fait, pour moi, il n’y a que 31 petits riens. Car il y a un grand, un immense , un sublimissime grand « rien » . Ce sont les pages consacrées à la belle Zohra, « comme une rose en son jardin » . Zohra, la maman. Une maman bien de chez nous. Notre maman. Celle qui en a vu de guerres et des misères, celle dont la vie ne fut ni légère, ni colorée , ni riche, ni palpitante , celle qui, peut-être, à force de trop regarder le malheur , a des yeux tristes .

L’auteur nous apprend que  certains extraits de son livre figurent dans des manuels de français des nouveaux programmes de 2018, de 2è  et 3è années moyennes .....Voilà ce que j’écrivais en juillet 2009 (in Le Cap/Magazine bi-mensuel, n° 27, rubrique « A livres ouverts ») : « On conseille aux pédagogues de l’Education nationale de ne pas chercher bien loin et d’y puiser    les textes pour les intégrer dans des manuels scolaires (livres de français entre autres) . C’est bien écrit et, de plus, ça plongera nos écoliers dans ce qui fut (ou fait) notre « vraie vie » .Une démarche qui devrait , aujourd’hui, être élargie à toute la littérature nationale, de toutes langues,  tout en se dégageant de cet amour « immodéré » pour les textes d’autres  temps et d’autres lieux. Sans pour autant ignorer les (très) beaux textes de la littérature universelle......

Extraits : « Somme de souvenirs et de vécus, mais aussi de « dits » de mon père, ces petits riens ne sont pas le fruit du hasard. Chaque petite histoire recèle une hikma, un enseignement, une sagesse « (p 21), « On l’appelait « carni cridi », le carnet de crédit. Tous les gens pauvres en avaient un chez l’épicier du coin. En ce temps-là, les épiciers étaient honnêtes et les carnets ne mentaient pas»  (p 41), « A l’école, on me disait que mes ancêtres étaient des Gaulois. Dieu sait que je ne les avait jamais rencontrés. Et mon père non plus » (p 52)

L’Auteur :Poète , écrivain, journaliste, né à Laghouat en 1952. Editeur  de 2001 à 2015 (Anep, Alpha, Lazhari Labter..). Auteur d’une vingtaine  d’ouvrages (poésie, essais, témoignages, romans dont « Hiziya, princesse d’amour des Zibans » et « Laghouat , la ville assassinée ou le point de vue de Fromentin).Participation fournie à des ouvrages collectifs. A noter qu’il est l’auteur des commandements pour un « hirak » pacifique.

Avis :C’est ici la quatrième  édition (revue, augmentée et illustrée) , les première et la troisième ayant été publiées  en 2009 et 2011 aux éditions JL ( format de poche et.....300 dinars) et la seconde en France en 2010.Un livre qui, selon le préfacier,  « ne se lit pas ;il s’égrène tel un chapelet d’ambre, se déguste comme une grappe de raisin »

 Citations : « Il suffit d’un « rien » pour être heureux....puisque le bonheur , parfois, est une question de mentalité »(Yasmina Khadra, préface, p 17), « On ne dessine pas le visage de sa mère comme on ferait avec celui de la femme aimée, délicatement, en le caressant du doigt » (p 113)