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Reportage Albert Camus 1939- "Misère de la Kabykie"

Date de création: 13-01-2018 13:11
Dernière mise à jour: 13-01-2018 13:11
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Misère de la Kabylie. Reportage d’Albert Camus (du 5 au juin 1939, pour Alger Républicain) . Editions Zirem, Bejaïa, 2016, 130 pages, 300 dinars

 

Voilà donc une intitative éditoriale plus que louable. L’édition de textes dont on parle beaucoup, que l’on cite même très souvent en exemple mais que l’on ne voit jamais. C’est le cas du grand reportage effectué pour le compte d’ « Alger Républicain », en 1939, par.......Albert Camus himself , alors au tout début de sa carrière.

Il était tout à fait normal ( pour des raisons de proximité géographique, de facilités grâce aux amitiés multiples....d’économie aussi car , aujourd’hui comme hier, le grand reportage journalistique nécessite du temps et des moyens financiers conséquents) que le sujet soit axé sur la Kabylie, sorte d’échantillon représentatif de l’Algérie colonisée.

Alger Républicain  est connu , dans le paysage médiatique de l’époque, pour son orientation politique et , surtout , pour ses enquêtes et reportages plus sociaux , économiques et politiques que touristiques et pittoresques. Bien sûr, on a quelques exceptions ( ?!)...à la limite du ridicule, toutes relevées dans la presse appartenant aux gros colons. Ainsi, en mars 1937, « La Dépêche algérienne » parlait de « la grande pitié du Sud » pour décrire « la misère » de la région qui va de Bordj Bou Arréridj jusqu’à la frontière tunisienne.......mais la dite «  misère » de cette région se limitait , selon le journal, « à la grande chaleur ». Seul le climat était responsable de cette misère ! Et, en décembre 1938, « L’Echo d’Alger » publiait un « reportage » sur la Kabylie.......défendant la thèse que « la raison de la misère n’est nullement le colonialisme ...mais l’émigration en France, l’usure..... ». Bien de (futurs) grandes plumes francophones nationalistes et révolutionnbaires  sont passées par « Algérie Républicain » : Mohammed Dib, Kateb Yacine...

Albert Camus ,donc, a produit  des reportages sur la « Misère en Kabylie » durant dix jours . Tout y est passé dans une région qualifiée de «  Grèce (pour la simplicité de la vie et du paysage et pour l’amour pour la liberté)  en haillons » : la vie quotidienne avec son dénuement total (avec « un peuple qui vit d’herbes et de racines....parfois vénéneuses ») , le travail et les salaires insultants (« un régime d’esclavage ») , l’habitat aménagé n’existant pas ou si peu, l’assistance au compte-gouttes (« pour 100 Kabyles qui naissent, 50 meurent ») , l’enseignement rare (« avec des Palais (quelques écoles) dans les déserts ») , l’artisant « exploité », l’usure qui ruine (« Des taux d’usure à 110 pour cent ») ......De l‘émotion, beaucoup d’émotion mais aussi de la révolte. Un reportage qui avait fait grand bruit à l’époque ......et qui reste la plus belle œuvre journalistique de Camus....et un modèle du genre pour les candidats journalistes.

En annexe, il y a le discours d’Albert Camus prononcé,  lors de la remise du Prix Nobel à Stockholm, le 10 décembre 1957.

L’Auteur : Journaliste, philosophe, dramatrurge, romancier (dont « l’Etranger », « la Peste », « le Mythe de Sisyphe ».....) , prix Nobel de littérature en 1957. C’est lors de la cérémonie qu’interrogé par un journaliste sur la Guerre d’Algérie, il eut une réponse  trouvée « malheureuse » par presque tous . Elle lui est reprochée jusqu’à nos jours par tous ceux qui en ont fait une analyse strictement politique, sans contextualiser et , phrase peut-être  regrettée par la suite. Certains ont fait bien pire. On a réhabilité et on s’est réconcilié avec des gens qui n’ont choisi ni leur mère ni la justice....mais leur situation et leur position.  Et pourtant.....  Né le 7 novembre 1913 à Drean (ex-Mondovi, à une trentaine de km de Annaba) dans une famille très pauvre. Il  a grandi à Belouizdad (ex-Belcourt) où il a pratiqué le foot en tant que gardien de but. Il n’a jamais cessé de chanter sa terre natale et le soleil du pays . Mort en France  dans un accident de voiture le 4 janvier 1960

Extraits : « Dans aucun pays que je connais, le corps ne m’a apru plus humilié que dans la Kabylie. Il faut l’écrire sans tarder : le misère de ce pays est effroyable » (p 18),  « Je ne crois pas que la charité soit un sentiment inutile . Mais je crois qu’en certains cas , ses résultats le sont et qu’alors il faut lui préférer une politique sociale constructive » (p 38),  « Un peuple sous-alimenté, privé d’eau et des commodités de l’hygiène, vivant enfin dans des conditions de salubrité déplorables, ne peut pas être un peuple sain » (p 63), « La politique des grands travaux(...) fait partie de tous les grands programmes démagogiques. Mais le caractère essentiel de la démagogie, c’est que ses programmes sont faits pour n’être point appliqués » (p 101) , « En face des charités, des petites expériences, des bons vouloirs et des paroles superflues, qu’on mette la famine et la boue, la solitude et le désespoir. Et l’on verra si les premiers suffisent » (p 114)

Avis : Très grand reportage certes limité à la Kabylie, mais qui, facilement, pouvait s’appliquer à toutes les autres régions (en dehors des villes et des villages européens) .....et dont beaucoup de constatations  sont, hélas, à prendre en considération..... aujourd’hui.

Citations : « La haine a besoin de force. Et  un certain degré de misère psychologique enlève même la force de haïr » (p 19) , « Si jamais l’idée de prestige pouvait recevoir une justification, elle la recevra le jour où elle s’appuiera , non sur l’apparence et l’éclat, mais sur la générosité profonde et la compréhension fraternelle » (p 77), « En matière de politique ,il n’y pas de droits d’auteur » (p 90) , « Ce n’est peut-être pas tant de crédits que nous manquons, que d’acharnement. Rien de grand ne se fait sans courage et lucidité. Pour mener cette politique à bien, il ne suffit pas de la vouloir de temps en temps. Il faut la vouloir toujours et ne vouloir qu’elle » (p 108) , « Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais , je n’ai jamais plcaé cet art au-dessus de tout » (p 121, Discours prononcé à Stockholm, le 10 décembre 1957 . Extrait) , « La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante » (p 125, Discours prononcé à Stockholm, le 10 décembre 1957 . Extrait)