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Nouvelles Leila Aslaoui Hemmadi- "Raison garder"

Date de création: 30-03-2019 15:47
Dernière mise à jour: 30-03-2019 15:47
Lu: 49 fois


SOCIÉTÉ- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH-NOUVELLES LEÏLA ASLAOUI HEMMADI- « RAISON GARDER »

Raison garder. Recueil de nouvelles de Leila Aslaoui-Hemmadi. Editions Media-Plus, Constantine, 2018, 800 dinars, 171 pages

 

Onze nouvelles. Des vérités sur le quotidien  et,  pour faire « passer la pilule » (car la vie quotidienne est évidemment parsemée de difficultés ; les roses étant rares sur le chemin), de l’humour. Pas  l’humour gros et gras,poussant au rire déplacé,  mais un humour discret , presque imperceptible mais soulageant, ne serait-ce qu’un instant assez court, les esprits des lecteurs ayant subi les dérives du phénomène bureaucratique.

Onze nouvelles qui racontent (en fait cela ressemble étonnemment à des reportages agrémentés de fiction.....pour rendre encore plus réel le problème.....comme dans le (bon)  cinéma) la vie de tous les jours du citoyen ...de la classe moyenne. En fait , celui qui va souffrir le plus car, durant des années ,avant sa retraite par exemple , il s’était habitué à voir ses problèmes plus ou moins réglés grâce ou en raison de (à ) sa position professionnelle.Ou, par madame et/ou les enfants.

La couleur est d’ailleurs annoncée avec la première nouvelle : un ancien haut-fonctionnaire, très lève-tôt (de par son éducation et son respect pour ses fonctions longtemps exercées) , nouveau retraité, mais « pas en retrait », toujours fier de son Dpri (Discipline, Ponctualité, Rendement, Intégrité)  se retrouve ,brutalement, plongé dans l’univers bureaucratique, celui des services de l’état-civil d’une Apc.... . Un calvaire. Seule la rencontre avec un ancien condisciple de fac’, devenu élu du peuple, lui permettra d’obtenir i.m.m.é.d.i.a.t.e.m.e.n.t ses « papiers » .Désormais, il sait que « au quotidien, tu peineras.....les enfants duperas et..... des adultes, te moqueras »

Le reste est tout aussi instructif : le nikab devenu   l’oxygène des jeunes filles dans une « baladyia islamia » ainsi qu’ une arme pour se venger des « hypocrites » ;   le « mariage à tout prix » de la fille unique (pharmacienne) avec...... un portier de supérette, devenu le chouchou de la future belle-maman ;  le juge trop tolérant (mais pas chez lui et encore moins  avec son épouse ) et  « expéditif » ; le rôle et le poids du « Sms » dans les relations sociales ; l’absentéisme ;  la pension alimentaire ; le monde de la  nouvelle « bourgeoise »  à travers le comportement de deux femmes issues de lieux innommables ;  le « lobby » des habitants de cités « sales » ;  le mariage « raté »....d’une jeune fille tombée sous le charme d’un « guide  » se disant « authentique musulman ». 

Pour moi, la plus .....reposante (sic !) est celle consacrée aux « morts (qui) rient aux éclats »..... Les confessions et  observations post-mortem de quelqu’un ayant subi  un « court-circuit électrique de la boîte cranienne » ; en fait,  la bonne « recette » pour ne  pas (ou plus) avoir peur de la mort !

 

 

L’Auteure : Née à Alger, licenciée en Droit et diplômée en Sciences Po’ (Université d’Alger). Magistrat, ministre de la Jeunesse et des Sports, puis de la Solidarité nationale, démissionnaire pour exprimer son désaccord avec les pourpalers Pouvoir/ex-leaders du Fis en 1994. Son époux, Reda, chiriurgiendentiste ,  est assassiné en son cabinet en octobre 1994. Plusieurs ouvrages ,  des prix....et une oeuvre, « Bahidja »,  adaptée au théâtre en 2017 par Ziani Chérif-Ayad

Extraits : « Rire pour pouvoir affronter un monde qui déboussole et désoriente. Rire pour ne pas désespérer. Rire pour survivre......Rire pour ne pas pleurer » (Note de l’auteure, p 10), « Pourquoi les femmes de mon pays sont-elles devenues des « hadjate » et des « yemma », des « khalti » ? Pourquoi donc les hommes sont tous des « khouya » (frères) ou, pire, des « chriki » (associé ) ?»(p 27) , « Face à la complicité entre une mère et sa fille, l’homme le plus averti et le plus vigilant est totalement démuni » (p 78)

Avis : De la bonne littérature....au bonheur des dames. Se lit d’un seul trait, et parsemé de piques humoristiques....mais avec   délicatesse.

Citations : « L’acte d’écriture ne revêt aucun sens s’il n’est pas partagé » (p 10) , « Avec Dieu, j’avais compris ,depuis fort longtemps, qu’il y avait toujours moyen de s’arranger » (p 47), « Pour être admiré et flatté dans mon pays, il faut être mort. Mort » (p 61), « Le populisme  fait dégringoler à une allure vertigineuse, les « affreux » bourgeois. Tandis qu’il permet à ceux qui crèvent d’envie de devenir des bourgeois de grimper. Grimper jusqu’à oublier d’où ils viennent et qui ils sont. Ou, plutôt, qui ils étaient » (p 83), « Dame justice ne badine pas avec la ponctualité. Tôt , on la dérange. Tard, on l’offense .....Dame justice est la seule de s’arroger le droit d’avoir une notion élastique du temps» (pp 86-87),