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Roman Mustapha Benfodil- "Body writing...."

Date de création: 27-12-2018 10:57
Dernière mise à jour: 27-12-2018 10:57
Lu: 23 fois


SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN MUSTAPHA BENFODIL- « BODY WRITING.... »

BODY WRITING.VIE ET MORT DE KARIM FATIMI, ECRIVAIN (1968-2014). Roman de Mustapha Benfodil. Editions Barzakh , Alger 2018, 800 dinars,245 pages

Années 90. Décennie noire qui deviendra assez rapidement rouge....de sang. 2014 : Un homme meurt dans un « accident de voiture » , percuté de plein fouet par un « chauffard »,  sur la route de Bologhine......près de la « Maison hantée » (une zone, dit-on, maudite et contaminée par les djinns).  Un de plus, tant on s’était habitué, avec le temps et les « accidents », les disparitions et les tueries,  à ne plus compter les morts et encore moins à chercher à savoir le pourquoi du comment.  Or, il ne s’agit pas de n’importe qui. En tout cas pour son épouse, Mounia  , une photographe de presse rencontrée en avril 2002.

Lui, c’est Karim Fatimi, un astrophysicien, de renom...militant  progressiste (un activiste, disent-ils !)  et écrivain ....Presque un extraterrestre.... « Un Petit prince faussement naïf demandant la route de la Démocratie » . Toujours la tête dans l’espace. Un jour , les policiers lui demandant ses papiers , lors d’une « lecture sauvage »,  il leur tend, le plus naturellement du monde  ...un poème.

Pour la veuve, un long voyage commence ......à la re -découverte d’un homme dont elle pensait tout connaître. Refaire connaissance. Savoir ce qu’elle représentait réellement pour lui. Lui qui connaissait tout de son âme et de son corps.....un corps sur lequel il lui arrivait d’écrire son amour pour elle : Body –writing !

D’abord, en rangeant tout le « bazar »  de son bureau .Une très grande masse de documents stockés dans un petit espace. De la poussière et de tout un peu. Il y a même des tickets de train datant d’au moins 20 ans, des calendriers hors du temps, des manuels scolaires, des dessins d’enfant, des post-it collés partout, des poèmes, des mégots, des romans  inachevés, des essais, des poèmes . La mémoire d’une vie parallèle mais, seulement, en partie partagée. Elle feuillette, elle lit...presque dans un état second.....mais plus elle lit , moins elle le (re) connait.

La grande découverte, le  journal intime du défunt. A  lire davantage « comme un document social, extérieur à ma peau » : son récit d’Octobre qu’il avait vécu en tant qu’étudiant à Babez (comprenez Bab Ezzouar/Usthb)..... Un trésor d’informations....d’autant qu’il est suivi  de bien  d’autres :le vécu de la religion en 92, le terrorisme islamiste et les attentats meurtriers et sauvages,  la lutte anti-Fis et anti-terroriste  implacable (il habitait Boufarik, un lieu assez chaud) , son dépucelage presque raté, ses amours passagères, pour la plupart ratées, la naissance de son unique  fi-fille adorée......mais aussi une  vie « cachée ».....comme ce fameux 28 novembre 1994 (les  pages du journal ont  disparu, déchirées) , un « enlèvement » évoqué mais non décrit , « du pipi de chat dans un bain de sang national ». Peut-être le moment fort, le plus traumatisant, d’une vie déjà bien chargé de cauchemars. Ajoutez-y un début de cancer des testicules. ....Une maladie physique ajoutée au cancer métaphypsique,  de quoi vous mener droit vers l’accident de la circulation ?

La découverte de la personnalité intime de l’être aimé que l’on croyait connaître, mais aussi, par la suite. En fait, il « était déjà mort au moment où  elle  l’avait récupéré ».

 

Des passages à d.é.g.u.s.t.e.r.... :

. Sur « la déclaration de patrimoine » (p 22 à 25)...et d’autres et d’autres, comme « nous voulons un repas complet, avec l’abolition de la torture comme entrée, la  liberté d’expression comme plat de consistance et , pour le dessert, une nouvelle Constitution » (p 128)

Bref, un homme qui veut « vivre en citoyen et mourir en citoyen et ressusciter en citoyen si résurrection il y a » , en conservant tous ses droits universels, « à travers ciel , dans la République d’outre-tombe ! »

. Sur la « galère » algérienne, celle qui continue avec un peu plus d’épreuves chaque jour (pp  217, 218 et 219)

 

 

 

L’Auteur : Né en 1968 à Relizane. Matheux de formation mais ayan,y aussi un bac lettres. Journaliste- Grand reporter (El Watan) ,il est l’auteur d’une œuvre protéiforme : nouvelles, poèmes (dont « Cocktail Kafkaïne », en français et en anglais), pièces de théâtre.....et de trois romans (dont « Archéologie du chaos amoureux » en 2007déjà présenté in Mediatic)

Extraits : « La vie est vraiment un miracle, et si un embryon pouvait tenir un journal de son voyage intérieur vers notre monde, il sortirait au neuvième mois avec une encyclopédie des mystères de la création dans ses mains » (p 26) , « Le musulman, croyant aller au paradis dans sa géographie spirituelle, se retrouvera dans l’enfer de toutes les autres confessions selon leur découpage territorial de la Vérité » (p 160), « Dieu ? je ne sais même plus qui est ce type. Depuis le temps qu’on le supplie de nous envoyer une bombe atomique et qu’on en finisse une bonne fois pour toutes !Ma foi, même Lui n’a rien compris au Big Bordel Algérie ! »(p 202), « Ah ! l’Algérie, cette « AlChérie » comme tu l’appelais, que nous haïssons amoureusement dans une improbable passion oxymorique » (p 217), 

Avis : Mustapha Benfodil est , certainement, l’écrivain (pas seulement, car il l’est aussi , dans ses reportages, en tant que journaliste) le plus déconcertant tant il « perturbe » par ses sujets, son style et  ses idées. Un roman plastique ? Non, un livre é-(p)lastique. « Une grande histoire ramenée à hauteur d’homme ».  Il n’apporte pas uniquement des informations. Il ne se suffit pas des descriptions de situations ou d’états d’âme. Il va au fond des choses....une sorte de psychanalyse de ses personnages. Et, surtout, pour le lecteur pressé, ne pas trop s’en prendre à certaines de ses façons d’écrire...Sa lecture est un tout.....le texte, le mélange des langues, les poèmes, les dessins....du sens partout. Encore faut-il être sensible  et , surtout, vouloir se débarrasser de tous les traumatismes collectifs « qu’on n’a pas su dire au moment où ils se sont produits »

Citations : «  Porté à une certaine échelle (le savoir extralucide ?) , le savoir devient un fardeau » (p 15), « Nekteb (j’écris)/Nekdeb (je mens) : j’écris donc le mens, ou bien je mens donc j’écris ? » (p 37), « L’écriture, la vraie, est un attentat à la pudeur. Elle est fatalement rétive aux bonnes mœurs » (p 48), « Le Pouvoir est un puissant aphrodisiaque. Il permet à des politiciens impuissants de mieux baiser leurs peuples » (p 84), « La religion est l’exploitation de l’homme par l’âme » (p 85), « Quand une fille s’adonne aux joies des sens, c’est une catin ; quand un homme se livre aux mêmes jouissances, ce n’est qu’un hédoniste » (p 85), « 5 octobre, le 5 juillet du Peuple » (p 109),    « Il ne suffisait pas de posséder la langue pour écrire ;encore fallait-il être « possédé » par la langue » (p 232), « Le deuxième facteur de mortalité le plus fréquent après l’ennui : un accident de voiture « (p 237)