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Boumediène- Ouvrage collecif

Date de création: 23-01-2017 18:43
Dernière mise à jour: 23-01-2017 18:43
Lu: 62 fois


POLITIQUE- BIBLIOTHEQUE D’AL MANACH – BOUMEDIENE – OUVRAGE COLLECTIF

Les années Boum. (Recueil de textes) Ouvrage collectif sous la direction de Mohamed Kacimi. Chihab  Editions, Alger 2016, 323  pages, 1 400 dinars .

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La phrase de Ali Akika, peut, à elle seule, à mon sens, résumer, « les années Boum »(un titre assez sympathique au demeurant, avec même une connotation joyeuse ) : « Les années Boumediène ont été pour certains un rendez-vous manqué avec un peuple qui débordait de rêves à la sortie d’une longue guerre. Pour d’autres, une dictature « progressiste » qui n’a pas survécu à sa mort » . Pas si sûr ! Le régime n’est plus, remplacé par un autre, et encore un autre, mais le système de gouvernance a perduré et a encore de beaux jours devant lui, l’organisation libérale de l’économie (et de la politique) n’étant qu’un seul et même habit de parade, toujours (sup-)porté par la « famille révolutionnaire » et ses rejetons .

Les années Boum, chacun les voit selon son vécu et ce qu’il en a récolté au passage. Des études universitaires brillantes avec des bourses consistantes , des carrières politiques fulgurantes, des postes  de députés bien rémunérés, des montagnes de grades, des postes de walis, de mouhafedh ,des postes ministériels ou d’ambassadeurs , ou dans la haute administration ou dans la gestion d’entreprises (nationales....et elles  étaient assez grosses ) .....et pour certains nouveaux privés (déjà) des licences d’importation ou des autorisations d’ouvrir des usines....Les journalistes aussi en ont profité, certains, « voix du maître »,  ayant été véritablement « chouchoutés »,  acquerrant terrains et logements.

Les années Boum, ce furent aussi les 3R, avec les résultats que l’on sait et dont on récolte les fruits, bien souvent amers, à partir des années 90. Il est vrai que les années Jeff ont parfois brutalement et sans avertissement tout détricoté, , nous faisant aller  de Charybde en Scylla.

Pour ma part, si les années de la colonisation m’ont vu passer au total , en sept années, deux journées pleines en « détention », à Annaba  (une chez les paras pour défaut de papiers d’identité et une chez les Unités territoriales pour « offense   à corps constitués »), les années Boum m’ont vu passer , en moins de trois années, trois journées en « cabane » : une (à Annaba) le jour de l’Indépendance pour avoir crié (innocemment) « vive Ben Khedda » alors que les cartes avaient changé de mains passant entre celles de Ben Bella, une seconde du temps de Ben Bella , en compagnie d’un  groupe de copains et de copines universitaires (à Alger) pour avoir participé à une ... « Boum’ » ....et la troisième le 20 juin 65 parce que , paraît-il, je constituais, un « danger public » potentiel , étant chargé de la section « Culture et Sports »  Unea de l’Ecole nationale supérieure de Journalisme de l’époque . La suite est un long fleuve tranquille de (haut-) fonctionnaire discipliné et d’Algérien patriote ( surtout à l’étranger....où l’on « tirait » sur tout ce qui titillait l’honneur du pays) : Volontariat, service national obligatoire à un âge avancé,  autocensure digérée, « adhésion » aux 3R, peur permanente des « oreilles indiscrètes »........Heureusement, il y avait ce fameux « mouchoir de poche » , libre et libéré,  se trouvant entre le Bd Amirouche, la rue Ben M’hidi et la rue Didouche..........la kémia et les sardines frites à gogo...la mini-jupe....le jean...la Cinémathèque.... La vie à pleine dents.....Pour oublier  les grands manques et les petites lâchetés?

Les textes présentés : du pour et du contre, du bon et du mauvais, du sincère et du rancunier.....du « réaliste » (celui de Mohammed Kali) et du «sincèrement reconnaissant» (celui de Hadj Miliani).....avec le sentiment que la plupart ont visé bien plus le « système » que l’homme ......qui reste encore un mystère. Il est vrai que là n’était pas le but de l’ouvrage qui, je crois, se veut surtout descriptif d’une atmosphère et d’une certain façon de vivre que le procès d’un dirigeant.

 

L’Auteur : Né en 1955 à El Hamel. Ecole normale supérieure d’Alger .En France depuis 1982. Journaliste, auteur de romans, d’essais , de pièces de théâtre et d’ouvrages destinés à la jeunesse.

Extraits : « C’est dans les années 1970 , par le  manque de libertés , par l’absence de réformes et à cause de politiques éducatives catastrophiques que l’Algérie a préparé ses malheurs de la fin des années quatre-vingt et de la décennie quatre vingt dix » (Alkram Belkaid, p70), « Le « peuple » était présent dans toutes les déclarations, mais dans les faits, il n’était même pas convié aux strapontins des salles de spectacles encore en porte-à-faux avec la réalité de la majorité des Algériens, trop longtemps marginalisés et dont l’écrasante majorité était analphabète » (Ahmed Cheniki, p 133), « L’Algérie avait à la tête de l’Etat un homme intègre, animé de patriotisme et d’une volonté de justice sociale, mais tout autant, d’une conception archaïque du pouvoir ; pouvoir autoritaire, charismatique, pragmatique et prudent, sécrétant les modalités clientélistes de l’accès au pouvoir économique , poreux à la corruption, et finalement inefficace par rapport à ce qui semble avoir été son ambition véritable (au-delà des professions de foi idéologiques circonstancielles) de construire l’Etat moderne en Algérie ( Amin Khan  , p 229)

Avis : Pour les jeunes, Boumediène, c’est loin....Pour les moins jeunes, c’est selon. Ce qui est sûr, c’est que le livre , très bien écrit par des presque sexagénaires ou plus, nostalgiques ou toujours rebelles .....est (trop) cher .Durant les années Boum, le livre était rare mais à bas prix !

Citations : « Une ville (Alger) que l’on dit blanche mais qui est en fait noire. Noire dedans dehors et autour » (Mohamed Kacimi, p 24), « Une société « décline »quand elle continue de donner des leçons aux autres qu’elle n’applique pas à elle-même » (Ali Akika, p 47), « Quand le rêve s’effrite avant vos vingt ans, c’est déjà une partie de votre droit au bonheur qui part avec » (Ahmed Bedjaoui, p 52)