Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Recueil de nouvelles Slimane Saadoun- "La femmes de pierre"

Date de création: 08-12-2018 12:43
Dernière mise à jour: 08-12-2018 12:43
Lu: 48 fois


SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- RECUEIL DE NOUVELLES SLIMANE SAADOUN- « LA FEMME DE PIERRE »

La femme de pierre. Recueil de nouvelles de Slimane Saadoun. Editions Numidie .Alger ( ?) 2017 (première édition Enal, Alger 1989), 450 dinars,143  pages.

Neuf nouvelles, certaines assez courtes, d‘autres relativement longues, mais toutes captivantes et réveillant en nous des sensations et des émotions. Du déjà vu, du déjà entendu.....à la campagne (ou en montagne, c’est selon votre enfance et vos racines).....en ville (ou au village).Du déjà vu ou du déjà entendu, un jour, on ne sait où, on ne sait quand.

D’abord des histoires de « femme » :

L’histoire d’Akli et de Aïcha. Le jeune qui a étudié, dont la présence au village (en Kabylie....mais cela peut concerner bien des endroits du pays....aujourd’hui encore) apporte bien des connaissances même aux plus âgés de ses habitants, mais présence qui détonne au milieu de l’océan invisible de l’ignorance sociétale .De plus, un grand timide qui n’ose pas . Un soumis aux lois du village. Ni affronter les comportements conservateurs .....ni oser demander la main de celle qu’il aime...et qui l’aime. L’impasse ! Et , Aicha, mariée contre son gré à quelqu’un d’autre, puis répudiée (oralement mais pas juridiquement) pour refus de « consommer son mariage » paiera l’addition. Lourdement.

L’histoire de la belle Ouardia et de Salem, un couple très heureux (donc très jalousé) qui se retrouvera, le « nif » du mari aidant , les barrières traditionnallesentre la femme et l’homme, surtout en public, et la jalousie des autres belles-sœurs ainsi que de la belle-mère,séparéOuardia  finira, elle ausi, répudiée....et sujette à des crises de démence

Une autre histoire étrange. Un homme, (célibataire ou autre) ne doit jamais, mais jamais, traverser un village....le samedi, jour de marché, durant lequel tous les hommes sont absents.......Les femmes sont seules ......sous la garde des vieillards, toujours en alerte.

L’histoire de Aicha, la femme au foyer....que le mari trompe et qui rêve, rêve ...puis  se révolte.

Ensuite, des histoires de « vie quotidienne » :

L’histoire d’un jeune homme, diplômé, ayant effectué son service national, marié (heureusement encore sans enfant), « hébergé » ,loin de la capitale, en montagne, par ses parents......et au chômage. Il raconte sa journée au sein d’une administration centrale qui l’a convoqué pour « recrutement ». Le calvaire de la bureaucratie et le diktat de technocrates inconscients des souffrances subies et des espoirs déçus! Faut-il  pleurer ? Ou, faut-il en rire.....comme le fait son épouse à qui il a raconté sa « mésaventure algéroise ».

L’histoire d’un jeune homme instruit vivant dans son village, essayant de le sortir ,ainsi que ses habitants, de leur léthargie , de leur « fatalisme , de leur étroitesse d’esprit et de leur « pitoyable détachement »  Son idole, le « Che ». Pas facile de réussir pour « quelqu’un de pas banal ».....Jamais pris au sérieux bien qu’assez écouté....mais jamais entendu. Finalement, il  ira se battre (et y mourra les armes à la main ) au Liban auprès des Palestiniens.

Il y a l’histoire d’un homme et d’une bête. Une mule ordinaire..... qui n’en fait qu’à sa tête, pouvant causer des catastrophes et tuer même celui qui la maltraite ou veut lui faire faire (en la maltraitant) ce qu’elle ne veut pas (ou n’a pas l’habitude de ) faire.A ce niveau , on ne sait pas au juste qui est, de l’homme ou de la mule , le plus entêté.

Il y a l’histoire de celui qui ne croyait pas au « mektoub ».....Un « fou » disait-on !Un ingénu ? Un candide ? Un homme hors du commun avec des actes d’homme et un comportement d’enfant. En fait, quelqu’un qui idéalisait tout et qui se « donnait » à fond....mais qui, hélas, se retrouvait exploité par moins « fou » que lui. Des réalistes ? Des sans-scrupules ?

Il y a , enfin, l’histoire des liens reliant un père à son fils....Des sacrifices, des sacrifices et encore des sacrifices...Le refus de l’exil.... Pour un mieux-vivre......ensemble.

 

L’Auteur : Né à Haizer (Kabylie) en 1951. Carrière dans l’Administration et des entreprises, puis enseignant de français dans un lycée.Auteur déjà de plusieurs ouvrages dont un roman en 2003.

Extraits : « La religion a beau reconnaître à la femme le droit de vivre heureuse, de jouir de la vie, elle en fait même presque l’égale de l’homme, la femme demeure toujours dans nos contrées l’être dont on estime l’utilité, de qui il est exigé une obéissance aveugle, une soumission totale. Ce statut est bien ancré dans les mœurs que par la force de l’éducation, la femme elle-même est la dernière à contester le rang dans lequel on la relègue » (pp 40-41), « La bougie éclaire et la cire qui se consume et s’épuise est le sang de la flamme.Quand la dernière goutte de cire finit de fondre, la flamme s’éteint avec elle. Ainsi étaient ces hommes : leur sang et leur sueur abreuvaient la terre et la fécondaient , la fertilisaient, et lorsque dans leurs veines dilatées et leurs muscles gonflés, l’oignon et le pain d’orge ne suffisaient plus à faire couler assez de sang, ils s’en allaient , s’éteignaient, sans déranger persone «  (p 120)

Avis : Tout est léger, tout est logé ! Simplicité des sujets pour décrire la société et ses composantes humaines.  Limpidité de l’écriture

Citations :  « C’est une étrange coutume : les femmes usent régulièrement de leur droit, que les hommes ne leur contestent pas d’ailleurs, de rendre visite à leurs parents et de passer quelques jours en leur compagnie.....Cela  me fait penser (....) aux permissions qu’on accorde aux militaires en reconnaissance de leur bonne conduite, ou aux vacances que prennent les émigrés dans leur pays » (p 44) , « Quel est le sens d’un droit de lire quand nous sommes privés de celui d’écrire, plus à même de nous libérer, de nous soulager de nos interrogations et de nos craintes ? » (p 56) , « Avant d’entrer dans l‘administration, on peut faire mille métiers. Au moment d’en sortir, on n’en sait faire aucun » (p 80), « Vous considérez les fleurs comme inutiles, mais le sourire sur la bouche d’un enfant est aussi inutile. Et, cependant, il vous réchauffe le cœur » (pp 102-103), « On sait que la foule a souvent besoin d’un exutoire, d’un bouc-émissaire. La foule peut ne pas avoir raison mais on ne dit jamais qu’elle a tort » (p 132)