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Pain

Date de création: 22-04-2013 13:53
Dernière mise à jour: 22-04-2013 13:53
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COMMERCE- ALIMENTATION - PAIN

Début 2013, le prix réel d’une baguette de pain de 250 g revient à 15 DA, selon les boulangers. Le prix pratiqué actuellement est de 10 DA et non 7,50 ou 8,50 DA comme le stipule le décret de 1996 (............).

Fixé depuis 17 ans par décret, le prix du pain est sujet, ces derniers mois, à polémique. Faut-il maintenir le tarif actuel au risque de voir une tranche d’artisans mécontents ou faut-il plutôt procéder à une révision du tarif reflétant le vrai coût de la baguette quitte à provoquer un coup de tonnerre ? Un vrai enjeu politique et social ! Les boulangers estiment que ce sont eux qui payent une politique «trop socialiste» du prix du pain. «Le tarif pratiqué actuellement, fixé par le gouvernement à 7,50 DA, ne couvre pas tous les frais de la fabrication de la baguette», explique plusieurs boulangers interrogés pour les besoins de cet article. Pour produire du pain, il faut de la farine, de la levure, de l’huile, du sucre, de l’électricité ou du gaz, des travailleurs, un local… Or, dans la démarche de la tutelle fixant le prix à 7,50 DA, il est supposé que le pain n’est fabriqué qu’avec de la farine…, explique Mohamed, jeune boulanger à la rue Hassiba Ben Bouali, à Alger, qui estime que ce décret «est très injuste envers les artisans de ce métier qui sont d’ailleurs nombreux à le fuir pour manque de rentabilité. Seuls les plus convaincus sont restés, ceux surtout ayant hérité leur affaire depuis des générations», nous révèle-t-il.


La baguette coûterait 15 DA


Avec un simple calcul, il est évident que plusieurs artisans tiennent «le coup» grâce à une activité complémentaire à la production du pain. La fabrication des gâteaux, viennoiserie et autres pains améliorés s’avère donc indispensable pour le maintien d’une marge bénéficiaire décente pour maintenir l’activité. «Ceux qui se sont contentés de faire que du pain ont soit fermé boutique, soit changé d’activité», affirme notre interlocuteur. Le prix réel d’une baguette de pain de 250 g revient à 15 DA, selon le gérant d’une autre boulangerie. «Si l’on inclut tous les frais des intrants, ajoutés aux coûts de la main-d’œuvre, la baguette revient à 15 DA. Même avec le prix subventionné de la farine», insiste un employé de la boulangerie Bouran, située à la place 1er Mai. Ces artisans expriment toutes les difficultés à maintenir une activité. «Nous produisons pour 3 quintaux de farine de pain. Nous nous contentons de ce segment, mais je vous assure que ce n’est pas du tout évident de se maintenir», se plaint ce travailleur. Pour absorber ce «préjudice», les boulangers recourent à la fabrication du pain amélioré fabriqué à base de farine subventionnée à laquelle sont ajoutés des améliorants dont le coût est réellement obsolète, pour accroître un tant soit peu la marge bénéficiaire.


30% de la farine subventionnée sont détournés


Une grande partie des boulangers ont trouvé une autre façon de contourner la réglementation afin de se maintenir. Continuer à vendre la baguette de pain à 7,50 DA et écouler parallèlement des gâteaux et autres viennoiseries fabriqués avec de la farine subventionnée à des tarifs libres ne répondant qu’aux règles du gain et de la concurrence. 
Dans la capitale, un gâteau fabriqué essentiellement avec de la farine peut aller de 10 DA à 50 DA, pour un poids ne dépassant pas les 70 g.
Pour les représentants des boulangers issus du comité national affilié à l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), «le détournement de la farine est une réalité. Le gouvernement qui subventionne la matière première en amont n’a pas les moyens de contrôler la destination de cette farine.

Nous avons préconisé dans le cadre des rencontres que nous avons eues avec le ministère du Commerce la révision des mécanismes de subvention, en incluant tous les ingrédients entrant dans la confection de la baguette de pain». «Ainsi, si les prix de la levure, de l’huile et du sucre destinés à la boulangerie étaient plafonnés, il n’y aurait aucune contrainte à vendre la baguette à 7,50 DA», soutient-on au niveau de ce comité.  Le syndicat des boulangers estime aussi que pour stopper le phénomène du détournement de la farine subventionnée, il faudrait que les autorités réfléchissent à un moyen qui permette d’appliquer cette subvention au prix de la vente du pain au lieu de le faire pour la matière première. Comme tous les produits soutenus, la farine reste un moyen de gain facile.

Des quantités énormes sont transférées chaque année vers les pays voisins. Le ministre de tutelle a d’ailleurs installé une commission pour la réforme du système des subventions. «50% des quantités de farine subventionnée par l’Etat ne sont pas utilisés dans la fabrication du pain», a déclaré le ministre du Commerce le 11 avril. Les quantités de farine restantes sont destinées au secteur industriel à raison de 25% et à la fabrication de gâteaux, pâtisseries et autres usages.
Selon M. Tifour, responsable de la communication au ministère du Commerce, une commission mixte regroupant les représentants des boulangers et autres parties concernées a été installée au début du mois de mars pour dégager une formule adéquate afin de consacrer exclusivement le soutien de l’Etat au pain.

L’Algérien est-il prêt à payer la baguette plus cher ? :

L’Algérien paie déjà plus cher sa baguette quotidienne. «Montrez-moi un seul boulanger qui vous fait payer votre baguette à 7,50 DA !», ironise un membre de la Fédération algérienne des consommateurs. En effet, dans la plupart des boulangeries, le pain est écoulé à 10 DA l’unité. Même si des affiches ornant les murs de certains locaux précisent que le prix du pain est à 8,50 DA, on ne rend jamais au client la monnaie.

«En fait, il n’y a pas de petite monnaie», répondent à chaque fois les vendeurs. Certains boulangers ne font preuve d’aucune éthique, puisque même pour les grandes quantités, la monnaie n’est jamais rendue. Car si pour un ou deux pain, les consommateurs ne sont pas minutieux sur les chiffres, la différence de prix est de taille quand il s’agit d’acheter dix baguettes ou plus.

Dans ce sens, certains boulangers sortent un argument dénué de toute sens : «J’ai inclus le prix du sachet.» Même si vous avez votre propre sac à pain, ou couffin, il  y a toujours un moyen pour vous faire payer la baguette à 10 DA. «Nous payons tous la baguette à 10 DA, le client ferme les yeux et les boulangers semblent satisfaits d’une marge qui ne dit pas son nom», soutient M. Toumi, membre de la FAC.

Le gouvernement n’a donc plus qu’à réglementer la situation en mettant fin à l’escroquerie constituant à faire payer au client en faisant croire à tout le monde que le prix du pain est moins cher… Au-delà de cette question de la monnaie qui disparaît, le consommateur algérien est prêt à payer plus pour la baguette de pain,  à condition d’en améliorer la qualité, explique M. Toumi.

Les autorités sont appelées à veiller au respect du poids du pain vendu et surtout aux conditions de fabrication, car il faut souligner que la devanture de la boulangerie ne reflète pas tout le temps le lieu de pétrissage, ou parfois, cafards, humidité et souris font bon ménage. Si les opérations de contrôle sont renforcées et que les boulangers sont surveillés pour éviter tout dérapage, le consommateur est prêt à payer plus de 7,50 DA pour son pain quotidien, il le fait déjà, nous le savons tous, les choses n’ont qu’a être rendues officielles.

«Ce qui est inacceptable, c’est de faire payer plus au consommateur, alors qu’officiellement, il censé dépenser moins cher», ajoute notre interlocuteur. La Fédération des consommateurs préconise aussi de revoir la politique des subventions. Au lieu de subventionner en amont, la trésorerie publique ne se portera que très bien, si l’Etat soutient le prix de la vente. Un boulanger, au lieu de se procurer de la farine subventionnée, pourrait ainsi recevoir une indemnité de compensation pour chaque quantité vendue, de telle sorte que le pouvoir d’achat soit maintenu et que la différence des prix soit soutenue par l’Etat.  

(c) Enquête El Watan en date du 22avril 2013, par Fatima Arab