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Racisme en France/ Crimes et infractions 2025

Date de création: 01-11-2026 19:31
Dernière mise à jour: 01-11-2026 19:31
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SOCIETE- ENQUÊTES ET REPORTAGES- RACISME EN FRANCE/CRIMES ET INFRACTIONS 2025

© El Watan/Ri, dimanche 25 octobre 2026

Selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, la police et la gendarmerie ont enregistré en 2025 plus de 16 400 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux avec 9700 crimes et délits, ainsi que 6700 contraventions.

Les tirs meurtriers du 23 octobre 2026 s’inscrivent dans une chronologie marquée par des meurtres visant des personnes perçues comme étrangères ou musulmanes. Certaines affaires ont donné lieu à des condamnations pour racisme. D’autres, notamment celles mettant en cause des policiers, restent au cœur de controverses judiciaires et politiques.
Le 23 octobre dernier, un homme ouvre le feu à l’arme automatique dans les rues de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines. Il tue Pengo Bossio Wangi, un homme de 26 ans, et blesse cinq personnes, dont une enfant de 12 ans. Selon les informations du Monde, il aurait déclaré aux policiers avoir voulu venger des commerçants victimes de pillages et avoir ciblé des «Noirs» et des «Arabes».En France, les personnes noires et d’origine maghrébine peuvent être prises pour cibles en raison de leur couleur de peau, de leur origine supposée ou de leur religion. Plusieurs affaires ont mis en évidence cette violence. La récente attaque survient dans un contexte où les discours qui associent immigration, insécurité et populations d’origine africaine occupent une place importante dans le débat politique français. Pour comprendre la portée de l’événement, il faut revenir sur plusieurs affaires qui, depuis les années 1980, ont marqué les relations entre les populations noires et arabes et les institutions françaises. Certaines sont des crimes racistes établis ou poursuivis comme tels. D’autres concernent des morts provoquées par des policiers, dans lesquelles les responsabilités individuelles, les circonstances de l’intervention et la question du racisme ont fait l’objet de longues batailles judiciaires et politiques.En novembre 1983, Habib Grimzi, un jeune Algérien, est tué dans un train reliant Bordeaux à Vintimille par trois candidats à la Légion étrangère. Il est défenestré. Son meurtre s’inscrit dans une période marquée par des violences racistes visant les immigrés et leurs descendants.La même année, la Marche pour l’égalité et contre le racisme, partie de Marseille, traverse la France et arrive à Paris. Portée notamment par des jeunes issus de l’immigration, elle entend dénoncer les crimes racistes, les discriminations et les violences policières. Mais la reconnaissance symbolique de cette mobilisation ne met pas fin aux violences ni aux controverses sur la manière dont elles sont traitées.Le 6 décembre 1986, Malik Oussekine, étudiant de 22 ans, a succombé aux coups de policiers lors des manifestations contre la réforme universitaire Devaquet.
Le 27 octobre 2005, Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, meurent électrocutés dans un transformateur électrique à Clichy-sous-Bois, en Seine saint-Denis. Les deux adolescents s’étaient réfugiés dans l’installation alors qu’ils fuyaient la police. Un troisième jeune, Muhittin Altun, est grièvement blessé. La mort des deux adolescents déclenche plusieurs semaines d’émeutes dans les quartiers populaires. L’affaire pose notamment la question des conditions des poursuites policières et de la responsabilité des agents présents.Le 17 juin 2007, Lamine Dieng, un homme noir de 25 ans, meurt dans un fourgon de police à Paris, après son interpellation. Les circonstances de sa mort et les conditions de son immobilisation sont contestées par sa famille, qui cherche pendant des années à faire reconnaître les responsabilités des policiers. L’affaire devient l’un des dossiers emblématiques des mobilisations contre les violences policières.
En janvier 2012, Wissam El Yamni, 30 ans, est interpellé à Clermont-Ferrand. Il tombe dans le coma puis meurt neuf jours plus tard. Les circonstances de l’interpellation et les responsabilités policières font l’objet d’une longue controverse.
Quelques mois plus tard, le 21 avril 2012, Amine Bentounsi, 28 ans, est abattu dans le dos par un policier à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis. Le fonctionnaire affirme avoir agi en état de légitime défense. L’affaire donne lieu à une procédure judiciaire et à de vifs débats sur les conditions d’usage des armes par les forces de l’ordre.
Le 19 juillet 2016, Adama Traoré, 24 ans, meurt après son interpellation par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise, dans le Val-d’Oise. Sa mort donne naissance à une mobilisation nationale portée notamment par sa sœur, Assa Traoré. En février 2026, la Cour de cassation confirme le non-lieu dans cette affaire. Mais cette décision ne met pas fin au débat public sur les circonstances de la mort d’Adama Traoré. Le 27 juin 2023, Nahel Merzouk, 17 ans, est tué par un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre. La scène, filmée et largement diffusée, contredit la première version des faits présentée par les policiers. La mort du jeune homme déclenche plusieurs nuits d’émeutes dans de nombreuses villes françaises. L’affaire ravive les débats sur l’usage des armes par la police, les contrôles discriminatoires et le sentiment d’injustice éprouvé par une partie de la jeunesse des quartiers populaires.A côté de ces affaires impliquant la police, plusieurs crimes et agressions ont été commis par des hommes portant un mobile raciste. Le 4 mai 2024, à Geispolsheim, dans le Bas-Rhin, Nadjib Mebarki, un Algérien, est agressé au cutter et tailladé à la gorge dans un hôtel. Son agresseur, Florian Duplouis, avait notamment invoqué le fait que la victime parlait arabe avec son cousin.
Le 25 avril 2025, Aboubakar Cissé, un Malien de 22 ans, est tué à coups de couteau dans la mosquée de La Grand-Combe, dans le Gard. Son agresseur filme une partie de la scène. Le meurtre provoque une forte émotion et des rassemblements en hommage à la victime.Le 31 mai 2025, à Puget-sur-Argens, dans le Var, Hichem Miraoui, un ressortissant tunisien de 45 ans, est tué par balle. Le suspect, Christophe Belgembe, est mis en examen en juin pour assassinat et tentative d’assassinat avec une circonstance liée à l’appartenance réelle ou supposée des victimes à une race, une ethnie, une nation ou une religion. Il conteste le mobile raciste. Les magistrats ont notamment pris en compte des publications du suspect sur les réseaux sociaux.Selon le service statistique ministériel de la Sécurité intérieure, la police et la gendarmerie ont enregistré en 2025 plus de 16 400 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, avec 9700 crimes et délits, ainsi que 6700 contraventions. Les crimes et délits ont progressé de 5% par rapport à 2024. La majorité des infractions enregistrées sont des injures, provocations ou diffamations. Selon l’enquête «Vécu et ressenti en matière de sécurité», plus de 1,7 million de personnes majeures vivant en France métropolitaine, en Martinique, en Guadeloupe ou à La Réunion ont déclaré avoir subi au moins une atteinte à caractère raciste en 2023, soit 3,2% de la population concernée. Parmi elles, seules 3,5% ont porté plainte auprès des services de sécurité. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), dans son rapport sur l’année 2025, relève ainsi une sous-déclaration massive.Depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, arrivé au pouvoir en 2007, les débats sur l’immigration, l’identité nationale et la place de l’islam ont régulièrement occupé le centre de la vie politique française. Le débat sur l’identité nationale lancé en 2009, puis les expulsions de Roms et les controverses de 2010 ont notamment cristallisé les tensions. Les discours publics et médiatiques jouent également un rôle dans la perception des minorités. Lorsqu’une population est régulièrement associée à la délinquance, à l’insécurité ou à une menace culturelle, les individus qui lui sont assimilés peuvent devenir les cibles d’hostilités qui ne reposent pas sur leurs actes personnels, explique-t-on. La CNCDH relève dans son rapport 2025 la diffusion de rhétoriques intolérantes, voire haineuses, par certains responsables politiques, souvent amplifiées par des médias d’opinion.