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D’ALMANACH-ROMAN MOKRANE KOULAL- « LÀ OÙ LES FLEURS NE POUSSENT PAS »
Là où les fleurs ne poussent pas. Roman de Mokrane Koulal. Aframeg Editions, Bejaia
2026, 242 pages, 1 000 dinars
Un village d’Algérie , en Kabylie.Juste avant puis durant la guerre de libération nationale.L’histoire -douloureuse - d’une petite
fille, devenue assez tôt orpheline de mère , se retrouvant livrée à la brutalité
de son père et d’une belle-mère cruelle. Sous les yeux d’un village qui, bien
qu’au courant de la chose immonde , se
tait ou fait mine de ne pas savoir : par habitude, par peur, par
« fidélité » aux traditions.....
A quatorze ans, elle va vite se retrouver
mariée de force à un homme (déjà marié trois fois )
encore plus violent , « drivé » par une mère encore plus violente. De
« Cruella » à « Cruella plus ». De Charybde en
Scylla ! Le règne des « Affreux, sales et méchants ».
Seule issue pour faire éclore
l’espérance et échapper à la cruelle condition..... la fuite ! En pleine guerre de libération nationale qui
commence . Débute alors ,pour
elle, un long chemin d’exil.....et surtout un apprentissage des lettres et des
sciences......au service des démunis.Tout cela
, bien sûr , avec l’aide de personnes compréhensives auprès desquelles
elle s’était trouvée obligée de se réfugier ........pour se protéger de
ses « parents » qui cherchaient toujours à la récupérer......au nom
des traditions et du respect des us et des coutumes.
La suite est une histoire d’un autre
exil encore plus lointain .....la liberté ne
connaissant ni frontières ni traditions.
L’Auteur : Etudes supérieures de
troisième cycle en mécanique des fluides à l’École polytechnique de Nantes.Études doctorales à
l’université Paris 8.Enseignant de profession.Déjà
auteur d’un premier roman, « Le Serment de l’absence »(2024)
Extraits : « Quand la misère devient l’équation à résoudre,
la solidarité se fait le dénominateur commun de tous les voisins.Dans notre village, chacun manque de tout,
mais le cœur, lui, est toujours prêt à donner » (p13), « Mon père
n’était qu’un gouffre d’ombres, et tout ce qu’il laissait derrière lui, c’était
la peur, la souffrance, et cette question lancinante : comment un homme
peut-il perdre à ce point son humanité ? » (p23),
« Ici, sous la colonisation, deux mondes coexistaient, séparés par un
abîme insurmontable.D’un côté , un monde où les joies
et les espérances s’épanouissaient sans entrave, comme si le temps leur appartenait.
De l’autre, un monde marqué par la peur et les souffrances, érigées en
fondations solides, immuables, insensibles au passage des jours »(p 56),
« Les colons n’éatient pas seulement des
oppresseurs, ils étaient des créatures qui s’attaquaient à l’essence même de ce
que les villageois étaient en tant qu’individus, en tant qu’êtres
humains » (p82), « J’avais compris, au fil du temps, que mes
bourreaux d’autrefois n’étaient pas nécessairement des monstres, mais
souvent le produit d’une ignorance crasse, d’un héritage de douleur, d’une
inintelligence affective transmise de génération en génération » (p214)
Avis : Roman ? Mémoires ?Essai anthropologique
et historique? Un peu de tout et de tout un peu.Un mélange des genres heureux-malgré certaines longueurs
relevant de la dissertation- car porté par une écriture recherché mais
fluide
Citations : « Lorsque l’arbitraire est renforcé par la force, l’homme perd son
humanité et devient une bête » (p19), « La méchanceté
n’avait pas besoin de se manifester de manière bruyante pour exister ;
elle était présente dans le silence, dans l’indifférence, dans ces gestes qui
semblaient anodins, mais qui, à force, laissaient des cicatrices invisibles
» (p 85), « La raison du plus fort ne découle pas d’une logique
brillante ou juste, mais d’un pouvoir ultime qui écrase tout sur son
passage » (p 92), « Dans notre société , être seul, c’est être
vulnérable » (p142), « Un homme brutal n’éveille ni désir ni tendresse.Il ne suscite ni frisson ni complicité .Il
n’est ni un amant ni un complice .Il est un prédateur » (p
143), « La souffrance est un feu : si elle brûle sans
guide, elle consume tout. Mais si on sait la regarder en face, la sonder à sa
juste mesure, elle purifie » (p 211) , ;
« Si la haine dévore, la compréhension libère » (p 214)