SOCIETE-CHRONIQUES-
« ZERDA » (BELKACEM AHCENE-DJABALLAH)
ZERDA ! (
Le Quotidien d’Oran/Raïna
Raïkoum,
samedi 19 septembre 2026)
Il était une
fois !.......Un tout petit village de l’Est algérien. Chaque année, mi-mai,
on célébrait la « Zerda » d’un saint homme de la région.
De toutes parts
de la région, et même d’au-delà des mers, des familles entières se
rassemblaient durant toute une journée et ,parfois ,
deux ou trois.
Une journée
chargée d’une récitation de la fatiha prononcée sur
la tombe du saint homme (en fait, un ermite, un grand sage, ni M’rabet ni chef de zaouia, versé dans l’apprentissage du
Saint Coran, tout en étant un propagateur d’idées contestataires de la présence
coloniale ce qui lui avait valu, un « exil » forcé dans le Sud
algérien),mais aussi et surtout chargée de retrouvailles familiales, de chants
et de danses religieux, d ’échanges commerciaux , de fiançailles, de
pardons et de réconciliations.
C’était aussi le
moment d’une grande « Wâada » consacrée par
l‘abattage de dizaines de bêtes dont la viande était par la suite, partagée,
entre les populations présentes. ....pour une somme dérisoire.
Bref, une
rencontre sur fond religieux doublée d’une
« kermesse » populaire (il est vrai qu’il y avait moins de
rencontres de foot’ et encore moins de « prêcheurs » en eau trouble)
.Des « fêtes » comme on en voit ,aujourd’hui encore, dans les
pays du pourtour méditerranéen (exemple des « sagras »
italiennes)
Tout cela a été
« effacé » durant les années du socialisme populiste
des années 60 , relancé dans les années 70 et 80 puis
« re-effacé » durant la décennie noire des années 90.
Aujourd’hui seules ont échappé, à la moulinette des intégrismes
, et sans être formellement interdites , quelques « waâdate » en grande Kabylie et à l’Ouest du
pays.....et au Sud du pays, tourisme obligeant.
La fête populaire
pacifique et conviviale et réconciliatrice s’est ainsi retrouvée remplacée par
les meetings politiques....et par les prêches
religieux encadrés.
Depuis peu, la
tradition revient -surtout au Centre et à l’Ouest du pays ainsi qu’au Sud- à la « « Une » permettant aux
populations locales, ne serait-ce que le temps d’une journée, d’échapper aux
stress multiples rencontrés durant les autres moments d’une vie de plus en plus
dure. Ailleurs, le re-démarrage est bien moins facile , sinon inexistant. Et c’est dommage. Pour la
solidarité. Pour la convivialité et, surtout, pour la sécurité collective car
une fête populaire, comme une « zerda » (ou une « wâada ») ,
« défouloir » sociétal et/ou médication contre le
pessimisme, ne peut que renforcer les sentiments d’appartenance et de
solidarité à une famille, à une région, à un société , à un peuple.
Du « pain
sur la planche » pour les associations locales et régionales de jeunes (et
pour le nouveau « Forum des Jeunes », nouvellement créé)
qui pourraient aider à relancer la tradition en la mettant au
service de la solidarité, de la convivialité, de la joie ...... mais
« émancipée » des discours mortifères et « reponsabilisateurs ». Après le concours du village le
plus propre, le village le « plus festif » ! Avec deux grands gagnants: le tourisme intérieur local et
surtout la joie de vivre....ensemble .Pourquoi pas ?