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Roman Keltoum Staali- "Samovarr, une conquête algérienne"

Date de création: 21-01-2026 18:56
Dernière mise à jour: 21-01-2026 18:56
Lu: 23 fois


SOCIÉTÉ- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH- ROMAN KELTOUM STAALI- «  SAMOVARR, UNE CONQUÊTE ALGÉRIENNE »

 

Samovarr, une conquête algérienne. Roman de Keltoum StaaliCasbah Editions, Alger 2025, 330 pages, 1 500 dinars

 

« J’écris des livres pour prendre le pouvoir sur la vie.Pour rester maître à bord.Si le destin est mektoub, alors autant l’écrire moi-même.Je ne laisserai personne le dire à ma place....Même pas Dieu » .

Aussitôt dit , aussitôt fait. On a donc un livre chargé de récits de vie , vécus ou imaginés, mais tous (d)’écrits avec rigueur et vigueur, allant jusqu’au bout des « confessions »....et qui veut  « partager la « lumière » née de l’écriture,  avec tous ceux dont « la bouche est cousue » . Que ces « confessions » soient sociales, familiales, personnelles ou politiques.

Des récits et une écriture qui sont un métissage  (à l’image de l’auteure,  « Algérienne incomplète et Française impossible ») où se mêlent trois voix, celles de Sacha, Yasmina et Meryem ainsi que trois  villes, Moscou, Alger, Marseille , mais aussi  Timimoun, servant de refuge lors des moments politiques délicats. Des villes et des personnages au destins imbriqués.On a donc, un peu de tout et de tout un peu : la lecture, l’écriture, la découverte de l’Algérie (qui, à défaut d’être sa maison est une matière littéraire et linguistique inépuisable ») ,la vie à Marseille, l’exil, les langues française et arabe,la Darija, le livre, le papa, l’écriture poétique, le Sahara,  l’Ail, l’Urss , Boumediene, le Volontariat, le Hirak, la Révolution agraire, le Pags,  encore le Pags, le mouvement étudiant, Messadia, Abdou B., les vertus de l’ail, le couscous, Mouny Berrah, Zeroual, Hachemi Chérif....Et, toujours,un attachement jusqu’à l’obsession à l’Algérie, pays des origines et à la langue du peuple.Sans pour autant trop s’éloigner de la langue d’écriture superbement maîtrisée, le français.

 

Comme aime à le dire l’auteure , son écriture tient du fonctionnement d’une "Machinerie". Une mécanique savamment élaborée,bien huiliée,  permettant au récit de se dérouler, et au le lecteur d’apprécier un roman expérimental ( ?) jusqu’aux rouages de ses coulisses.

 

L’Auteure : Professeure de lettres (en France).Née et  grandi en France dans les années 60. Etudes de lettres modernes. Journaliste en Algérie à la fin  des années 80 (Révolution africaine, Alger Républicain......) .Retour en France au début des années 90. Plusieurs ouvrages : poésie, autobiographie, romans....

 

Extraits : « Les profs de français aiment chez leurs élèves tout ce que les critiques détestent dans la littérature : les poncifs, les clichés, les expressions éculées, les métaphores faciles.Mais l’apprentissage de l’écriture passe sans doute par ce mimétisme, une façon de s’approprier la langue littéraire avant de s’en affranchir » (p 56), « Noircir l’écran, c’est bien. Remplir le blanc ça rassure.Ça donne l’illusion d’être un écrivain.Écrire des fragments sans queue ni tête pendant une quinzaine de minutes pour peut-être faire advenir quelque chose » (p 68), « Alger, c’est ça.Le raffinement côtoie sans cesse la laideur dans un compagnonnage têtu, parfois au bord de l’obscénité » (p 81), « Louisette a eu le cran de démissionner du Sénat à la suite de l’annonce de la candidature de Bouteflika qui a mis le feu aux poudres et jeté les Algériens dans la rue.Que reste-t-il des hommes en Algérie ? Elle répond avec un grand rire : les femmes ! » (p 87), « Exister en France, quand on est « issu(e)de l’immigration, quand on est « d’origine

maghrébine » , « Beur » ou pire « Beurette », après avoir été Arabe, Nord-Africaine, induigène, immigré(e et mulsulman(e) aujourd’hui, c’est tout sauf simple » (p 129), « Ecrire, c’est laisser ma trace dans ce pays qui ne me demande rien. Je lui demande de l’amour. Mes livres sont des déclarations d'amour » (p 225), « Ici, elle s’est construite une vie d’écrivain exilée. Ils aiment ça les Français.Les écrivains algériens en France » (p 269), « Cette histoire de réconciliation , c’est celle du système et de l’islamisme.La vraie réconciliation c'est celle de la rue, celle qu’on voit » (p 322)

 

Avis :Un roman ? C’est l’avis, du moins, de l’éditeur.Pour moi, plutôt un essai sur la Vie, avec ses hauts et ses bas, ses bas plus que ses hauts.Ou, peut-être, un « recueil » de confidences .Ou,  un récit de vie(s). Et de l’exercice de style (réussi) à n’en plus finir.Lecture difficile....surtout si on est pressé ?

 

Citations : « L’écriture relève aussi de l’alchimie.Elle est à la croisée des chemins entre technique, sciences, et féerie, si on peut ainsi désigner la collaboration de l’inconscient »  (p 10), « Un titre, c’est un cadre, une identité, une marque indélibile.Il ouvre le bal » (p12), « Alger est la capitale de la rumeur.La rumeur d’octobre (note : 1988) a été relayée avec une rare efficacité » (p24)

« On ne sort pas indemne de la beauté d’Alger » (p35), « L’amitié commence avec l’ingestion polie de crêpes aux mille trous malgré le goût suspect » (p 117), « Écrire et publier, c’est se poser, affirmer une singularité, proférer une parole, de préférence dérangeante.Écrire et publier, c’est prendre le risque de la contradiction, de la critique, du jugement » (p 150), « Le désir d’écriture contient sa propre recherche et son propre questionnement.Peut-être que derrière cette nécessité se joue aussi le besoin

d’identification à des écrivains modèles.Des auteurs et autrices prestigieux.Être un Autre, une Autre ,  approcher leur lumière, prendre sa part de prestige et de lumière » (p 188), « L’écriture est une protestation contre l’effacement de la langue » (p 203), « La racisme (note : en France) a eu si longtemps le visage de la banalité ordinaire » (p 283), « Les gens veulent vivre libres. Quand ils vont en Europe, les gens qui veulent vivre là-bas, tu crois que c’est pour le pain ? » (p323)