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Récit Mahdi Boukhalfa - "Pavillon Covid 19 (sept jours en enfer)"

Date de création: 22-03-2021 17:50
Dernière mise à jour: 22-03-2021 17:50
Lu: 7 fois


SANTE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH-RECIT MAHDI BOUKHALFA- « PAVILLON COVID 19 (SEPT JOURS EN ENFER) »

Pavillon Covid-19 (Sept jours en enfer). Récit de Mahdi Boukhalfa. Editions El Qobia, Alger 2021, 137 pages, 1 000 dinars

 

Mahdi Boukhalfa a toujours été un homme-surprise, un journaliste de terrain, mais aussi d’analyse et de réflexion.

Mais, cette fois-ci, il a trouvé plus « fort » que lui .

Pourtant, il  a tout fait pour l’éviter : bavettes, gestes barrières, gel hydroalcoolique…..Le 21 août vers 17 heures , au lendemain d’un service de nuit (à l’Agence de presse), il doit être admis en urgence en hospitalisation. Le coronavirus venait de « frapper » !

La brusque plongée dans l’univers va durer toute une semaine. Sept journées…….. « en enfer ». Sept journées « terribles, cauchemardesques »…. Déjà dès l’arrivée à l’hôpital, c’est   une atmosphère de film américain de série « B » sur les mutants et les extraterrestres, avec les ambulances aménagées pour l’évacuation des personnes atteintes du virus, qui slaloment entre les véhicules pour rentrer au plus vite à l’hôpital ou aller chercher avec force sirènes un « contaminé »….  ce qui n’a pas empêché bien des moments de détente et de discussions avec les compagnons d’infortune…..de la seconde salle des contaminées . Lit, n° 21. Neuf lits pour 20 m2  et d’entretien, séparés par des cloisons en plexiglass, numérotés de 19 à 28….. et une des fenêtres donnant sur une ruelle d’un quartier résidentiel avec des villas cossues. Heureusement  , dit-il,  un lit « très  confortable  lorsqu’on revient , fatigués et le souffle coupé, de la selle »….Une épreuve !. Et, aussi et surtout, d’apprécier les efforts des personnels soignants très attentionnés (bien qu’extrêmement fatigués) et d’entretien et de surveillance (plus que rigoureux) . Le reste devient une « routine » hors du temps ,mises à part les « couffins » amenés par les parents, les rares discussions entre « numéros »,  et les conversations téléphoniques familiales pour « passer commande » de nourriture, de produits sanitaires, de vêtements de rechange….ou pour s’inquiéter « si la voiture a été bien lavée » et si “les travaux de’aménagement avancent” ….

Un seul gros bémol : l’état des « Toilettes » (la « Salle d’eau »)  lesquelles ,  malgré les nettoyages approfondis quotidiens, se retrouvent ,presque immédiatement après,  quasi-infréquentables. Un « supplice ».Un « cauchemar ».Quatre « misérables » toilettes et trois lavabos pour une trentaine de malades, tous atteints par le Sras-Covid2.  Et  plein mois d’aôut avec , parfois, quelques coupures d’eau.  D’ailleurs , l’auteur leur consacre (et c’est la première fois que je retrouve un tel « étalage »  aussi détaillé -plus que réaliste - dans un écrit) tout un chapitre (3ème). Heureusement (sic !)  , les « covidés » ont perdu (durant leur maladie) leur odorat.

 

 

L’Auteur : Né en 1955 à Alger, sociologue urbaniste de formation (Université d’Alger) , journaliste à l’Aps (dont chef de bureau à Bordj Bou Arréridj) , directeur du bureau Aps de  Rabat, correspondant à Alger de plusieurs médias algériens et étrangers….et auteur de plusieurs ouvrages dont « Mama Binette, naufragée en Barbarie », « la Révolution du 22 février »…

Table des matières :Avant propos/Préambule/Contamination/

Parmi les Covidés/ Un supplice nommé toilettes/ Pleurs et sanglots dans la nuit/ Tant qu’il y aura des « Anges »/ Jours ordinaires dans une salle pour Covidés/ La grande menace/ L’épée de Damoclès/ Délivrance

Extraits : « Notre survie à une telle catastrophe économique, à ce virus dévastateur, a quelque chose de « divin » (p 13), « S’il y a quelque chose qui marque un malade « Covidé »  et le terrifie à chaque fois qu’il a des besoins à faire, c’est bien l’état  des toilettes de l’hôpital.Seule consolation, les « Covidés » ne sentent pas… » (p 59), «  L’apparition de la pandémie a, en réalité, montré la face cachée, affreuse et inhumaine, de l’univers de la fabrication du médicament.Et tant que le roi dollar existe, la philantropie fera partie des vœux pieux » (p 98)

Avis : Du (très) grand reportage……de l’intérieur.Au-delà de la souffrance vécue …..involontairement, l’exploit de tout journaliste qui se respecte.Bien sûr, comme tout bon auteur qui se respecte…..quelques  « bretelles » (pas des sorties de route)….sur Camus , Fanon et Feraoun.Utiles !

Citations : « En fait, un lit est important dans la vie, pour beaucoup de gens dans le monde .Il permet , outre de se reposer d’une dure journée de labeur, de dormir , mais également de voir défiler sa vie, sinon de la penser ou la repenser , de la créer, de la changer, s’il le faut » (p 34), « Décidément, les humains ont bien des secrets, en particulier en allant à la selle » (p 61), « Feraoun et Fanon ont légué un patrimoine thérapeutique, intellectuel et révolutionnaire inestimable, aussi riche que leur combat inlassable , de tous les jours, contre l’asservissement de l’homme par l’homme » (p 85), «  Dans un hôpital, il n’y a pas plus humain que la souffrance » (p105), « Cette pandémie nous a montré que nous sommes, à l’échelle de l’univers, si petits et si insignifiants.Mais, en même temps, si rares , si précieux et si importants  dans ce cosmos infini » (p 124), « L’homme ne doit pas précipiter sa déchéance en allant chercher des aliments contraires à ses besoins physiologiques……Dans 2000 à 5000 ans, des explorateurs venus de l’espace intergalactique feront  une macabre découverte : l’Homme s‘est tué en mangeant » (p129)