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Féminicides (Extraits)

Date de création: 08-03-2021 19:05
Dernière mise à jour: 08-03-2021 19:05
Lu: 14 fois


POPULATION- ENQUETES ET REPORTAGES

- FEMINICIDES (EXTRAITS)

 

© Salima Tlemçani/El Watan, lundi 8 mars 2021

 

L’année 2020 s’est terminée avec un bilan macabre de près d’une centaine de femmes assassinées. Pour les deux premiers mois de l’année en cours, elles sont 9 à avoir été tuées à coups de couteau, de hache et même de marteau(………………………..)

En 2020, les services de la gendarmerie ont enregistré 10 758 plaintes pour violences sur des femmes. Les violences physiques occupent la première place avec 8451 cas ayant entraîné la mort, pour 95 victimes. Les enquêtes ont montré que pour 47 des victimes, il s’agissait d’homicide volontaire. Durant les deux premiers mois de l’année en cours, les mêmes services ont enregistré 2003 plaintes pour violences contre les femmes et 741 autres pour atteintes à leurs biens. Les services de la Sûreté nationale ont, pour leur part, affirmé avoir enregistré une hausse de ces violences, avec 5835 cas, durant uniquement les dix premiers mois de l’année 2020, et 43 féminicides(……………………………)

En novembre dernier, le Centre d’information et de documentation sur les droits des enfants et des femmes (Ciddef) a rendu publics les résultats d’une enquête sur la prise en charge des femmes et des filles victimes de violences durant la pandémie, basée sur les statistiques de la police. Cette enquête fait état d’une prédominance importante des violences physiques avec 71,17% des cas, et une recrudescence des homicides pendant le confinement, avec 32 femmes tuées.

Le mauvais traitement, l’insulte, la négligence, la violence morale et psychique représentent 24,27% des cas, alors que les violences sexuelles constituent 1,37%, le harcèlement sur la voie publique 1,35% et le harcèlement sexuel 0,99% des cas.

Pour Louisa Aït Hamou, du réseau Wassila, il faut être très vigilant. «Avec le confinement, nous nous sommes rendu compte qu’il y a eu beaucoup de violences, ce qui peut être expliqué mais jamais justifié. La précarité indue par la crise sanitaire n’est pas la seule raison. Les femmes subissent les violences depuis longtemps. Il n’y a pas de raison pour que ce soit uniquement elles les victimes.

Il se trouve que ces violences sont peut-être plus visibles qu’avant. Toutes ces violences ont pour origine la domination des hommes sur les femmes, qui reste liée au système patriarcal de notre société», explique la militante et membre du réseau Wassila, qui milite depuis des années contre les violences à l’égard des femmes et pour les droits de celles-ci. Selon elle, ce système patriarcal, consacré par le code de la famille, est à l’origine de toutes les violences que subit la gent féminine.

«Les femmes ne sont plus protégées dans le milieu familial, puisque c’est là où le nombre des cas de violence contre elles est le plus élevé. Nous ne cessons de le dire depuis longtemps. Certes, en 2015, le code pénal a été amendé et des dispositions sur la violence conjugale qui mène au féminicide ont été introduites.

Mais cela reste insuffisant, puisque les pratiques de domination font que l’agresseur bénéficie toujours de l’immunité au nom des enfants, de la famille, de l’honneur, etc. Il y a un problème d’application de la loi. De tout temps, nous ne cessons de réclamer une loi-cadre avec tous les mécanismes impliquant tous les secteurs, qui prennent en charge ces violences sur les plans pénal, social, juridique et sanitaire, mais nous n’avons pas eu de réponse», explique Mme Aït Hamou, précisant que les petites avancées contenues dans le code pénal restent sans effet, avec cette clause du pardon.

«Si la victime a le courage d’affronter son agresseur, elle est souvent dissuadée par la famille. Le rôle de l’Etat est de punir l’auteur des violences et de protéger la victime. Il faut que la peur change de camp, que l’agresseur soit reconnu comme tel et puni par la loi», souligne-t-elle, en insistant sur le rôle de l’Etat mais aussi de la société qui reste souvent complice, en protégeant l’agresseur au détriment de la victime.

«Le travail doit se faire à tous les niveaux, école, famille, mouvement associatif, médias. Il faut une politique publique qui mette un terme aux inégalités, sources de toutes les violences. C’est vrai, il n’y a pas d’engagement sans douleurs et sans prix. Les femmes ont déjà payé, mais il faut continuer à militer. Avec une vingtaine d’associations, nous avons lancé la campagne contre les féminicides et nous sommes contents que d’autres aient pris des initiatives dans ce sens et dédié une page spéciale à ce combat.(……………………………)

En dépit des plaidoyers et des campagnes de sensibilisation, le nombre des femmes victimes de violences ne fait qu’augmenter.(……………………..)

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Directrice du Centre d’information et de documentation sur les droits des enfants et des femmes (Ciddef), Nadia Aït Zaï constate que le confinement a exacerbé les comportements et accentué les actes de violence à l’égard des femmes, mais sa levée n’a pas pour autant diminué ce phénomène. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, elle livre son analyse, tout en s’attardant sur les violences familiales, notamment conjugales.

(………………………………..) Le mouvement associatif a comptabilisé 56 meurtres de femmes en 2020. Depuis janvier, 9 meurtres ont été rapportés par la presse. Les services de la police ont recensé 30 féminicides durant 2020.

Le confinement a exacerbé les comportements et accentué les actes de violences à l’égard des femmes. A la levée du confinement, les comportements se sont relâchés, mais la violence n’a pas pour autant diminué. Bien au contraire, nous avons constaté que les violences physiques et psychologiques ont augmenté à cause de l’enfermement imposé et la réduction des déplacements. Le confinement a exacerbé les violences, les a rendues visibles et a dévoilé les difficultés de prise en charge et de protection de ces victimes(…………………………………)

Pour avoir des chiffres parlants, il faut refaire une nouvelle enquête de prévalence, la dernière date de 2006, unifier les statistiques données par les services de police, de gendarmerie, des médecins légistes et des directions de la santé, pour avoir une moyenne et pouvoir parler d’explosion ou pas. Selon l’enquête de prévalence de 2006, une femme sur 10 se fait battre, où en sommes-nous aujourd’hui ?

La Mics 6, une enquête à multiples indicateurs sur la santé, faite en 2019 par le ministère de la Santé en collaboration avec l’Unicef, a tenté d’identifier les raisons de la violence en s’attardant sur les comportements des femmes qui disent trouver normal qu’elles soient battues (50%), est-ce vraiment raisonnable de poser ce genre de question ?