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Discours politique- Approche méthodologique- Avis Pr Cheniki Ahmed (fb, février 2021)

Date de création: 02-03-2021 18:29
Dernière mise à jour: 02-03-2021 18:29
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COMMUNICATION- FORMATION CONTINUE- DISCOURS MEDIATIQUE :APPROCHE METHODOLOGIQUIE-AVIS PR CHENIKI AHMED (© FB, FEV.2021)

 

La communication médiatique est très complexe

Il m’est arrivé de faire partie de jurys de thèses de doctorat avec comme champ d’interrogation, le discours médiatique. J’ai souvent été frappé par la rapidité et la facilité avec lesquelles certains collègues évacuent la complexité de l’entreprise en restant prisonniers de la littérature « théorique » sur la presse, éludant le terrain, méconnaissant les lieux et le fonctionnement des médias. Ce qui fragilise souvent le travail de thèse. L’espace journalistique est très complexe, travaillé par différents acteurs et de nombreux récepteurs. Le message ou le contenu est lui aussi piégé par ces jeux peu limpides, trop peu transparents. Le sens n’est pas immédiat, il est marqué par les jeux et les conditions de sa réception.

A un moment donné de l’Histoire jusqu’au milieu du vingtième siècle, la presse pouvait se targuer d’avoir une certaine influence. La déclaration de guerre des États-Unis contre l'Empire espagnol visant l’occupation de Cuba en 1898 a été suscitée par une campagne de presse menée par les journaux de Randolph William Hearst. Le film « Citizen Kane » d’Orson Welles (1941) est une critique féroce de la presse et de certains magnats comme Hearst qui a tout fait pour interdire le film. Aujourd’hui, on assiste à une sorte de confusion entre les trois pouvoirs et la presse qui est désormais l’otage du monde de l’argent. Comme la presse écrite ou audiovisuelle ne peut vivre sans la manne publicitaire, les hommes d’affaires et les entrepreneurs ont pris carrément le contrôle, dépouillant les journalistes du droit et du devoir d’informer.

La communication médiatique qui est théoriquement une sorte d’espace public permettant la mise en œuvre d’un débat public affranchi des limites et des contraintes institutionnelles est soumise à de grands enjeux culturels, économiques, politiques et symboliques. Son discours est traversé par ses propres besoins et de nombreuses contraintes économiques. La publicité participe de la construction du discours médiatique marqué par l’implication implicite de l’entreprise publicitaire.

Publicité et information s’entremêlent, s’imbriquent, s’entrecoupent et, par endroits, s’entrechoquent. Ainsi, se construit un discours médiatique traversé par les résidus latents du bailleur de fonds qui oriente le propos et les différentes configurations sociales et politiques. Les actes de communication médiatique se caractérisent par de nombreuses contraintes, politiques, économiques et idéologiques. Cela présuppose un contrat particulier avec le lecteur-acheteur et, au-delà, avec les différentes structures économiques et financières, qui contribuent à la vie du journal par le biais de la manne publicitaire et/ou une participation au capital de l’entreprise de presse. Ce qui rend, malgré tout, la communication médiatique très complexe et peu réductible à l’intégrale domination du capital

Dans de nombreux pays, les médias s’inscrivent dans une logique d’aliénation, accompagnant souvent les structures institutionnelles, allant jusqu’à préparer l’opinion à intérioriser les positions, les attitudes et les comportements dominants. Nous sommes parfois en présence d’un caractère monologal, univoque de la communication médiatique, mais paradoxalement complexe et truffé de contradictions. La télévision, par exemple, est otage d’une mise en spectacle, elle devient simulacre et prisonnière d’une sorte de mise en scène et en intrigues de l’actualité.

Même les agences de presse qui prétendent effacer toute manifestation de subjectivité, favorisant un mode délocutif, dont l’objectif proclamé est de fournir une information neutre proposent souvent une lecture dominée par les instances étatiques, évacuant toute posture polyphonique, mais la réception détourne le sens voulu par les initiateurs.

L’illusion d’une neutralité référentielle, articulant des éléments de modalisation favorisant une lecture subjectivée par le choix des sources construit un discours traversé par les traces des positions dominantes. La presse prend souvent position, légitimée par la convocation d’experts qui évacuent tout discours différent considéré comme subversif. La parole du « peuple », pour de nombreux « experts », ne peut avoir la même intelligence que celle produite par la classe et les structures dominantes, elle porterait en elle les stigmates de la violence et de l’irresponsabilité. D’où l’usage récurrent du mot populisme, chaque fois qu’il est question de situations convoquant le grand nombre. Le peuple comme sujet collectif est soumis à une lecture péjorative, mais ce même « peuple » arrive aussi à transformer le sens attendu, détournant la parole émettrice.

Toute infraction à la logique dominante, considérée comme rationnelle, est souvent condamnée par des journalistes qui ignorent totalement les rudiments élémentaires du métier d’informer. Le journaliste se transforme en propagandiste, en soldat du capital. Mais à l’intérieur de la même rédaction subsisteraient d’autres voix. La démocratie se mue, ici dans la bouche, de nombreux médias en un espace qui ne peut faire bon ménage avec une certaine expression. La liberté d’opinion et d’expression prend ainsi des sentiers géométriques variables.

Dans le contexte actuel de crise aigüe des médias, la presse reste un appareil idéologique très fortement engagé dans les luttes politiques, reproduisant souvent les contours des bailleurs de fonds, mais cela n’exclut pas la présence de contradictions à l’intérieur de cet univers. Il existerait aussi d’autres voix relativement autonomes libérées des jeux de la publicité. Comme il y a aussi une presse en ligne qui tente justement de privilégier le journalisme d’investigation.