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Nourredine Aba

Date de création: 25-02-2021 19:06
Dernière mise à jour: 25-02-2021 19:06
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CULTURE- PERSONNALITES – NOURREDINE ABA

 

© Ahmed Cheniki/ Facebook, 15/2/2021

 

Nourredine Aba, né le 16 février 1921, aurait eu 100 ans. Je profite de cette occasion pour annoncer la sortie d'un ouvrage de Brahim Ouardi consacré à Nourredine Aba et Henri Kréa, Ecriture dramatique et engagement dans le théâtre de N.Aba et H.Kréa, (Khayal Editions, deuxième sem. 2020).

 

Clin d’œil à Nourredine Aba (1921-1996)

Un poète extraordinaire, la grande humanité

Aba est un grand voyageur, il ne tient pas en place. Journaliste, homme de théâtre, tout l’intéresse. Il a toujours été au cœur de l’actualité. Un infatigable coureur de fond. C’est le seul journaliste africain à avoir couvert le procès de Nuremberg, lui qui a suivi de très près le cauchemar de la seconde guerre mondiale. Ses couvertures étaient très appréciées. Un journaliste de guerre de talent. Cet événement marquera sérieusement son itinéraire de poète, de dramaturge et de conteur. Nourredine Aba reste encore mal connu en Algérie, même si ses textes sont mis en scène à l’étranger. Militant de la cause palestinienne, il consacrera plusieurs textes à cette question qui lui tient profondément à cœur. Aucun de ses textes n’a été monté en Algérie. Il prend à cœur son métier et sa passion pour les causes justes. La Palestine est un des lieux cardinaux de son entreprise littéraire et dramatique.

Quand Michel Corvin m’avait demandé de choisir et de présenter des auteurs dramatiques et africains pour la grande encyclopédie du théâtre (Bordas), j’ai pensé directement à Nourredine Aba parce que j’estimais que son parcours était singulier. Aba donne l’air à celui qui le croise pour la première fois d’être un homme naïf, mais il est d’une pugnacité extraordinaire. Il aime rire, plaisanter, mais surtout écrire, lui, même s’il a vécu une grande partie de sa vie à l’étranger, était un grand supporter du club de Sétif, l’ESS, dont il suivait les résultats à travers ses contacts en Algérie et l’hebdomadaire, France-Football.

Chez Aba, l’histoire est au cœur de toute son œuvre. Le fantastique, le réel et le rêve sont mêlés. La tragédie palestinienne et les horreurs nazies constituent les thèmes-noyaux de son œuvre. A son retour en Algérie à la fin des années 1980, la Fondation Aba qui décerne des prix littéraires aux meilleurs écrivains de l’année et apporte un soutien financier et symbolique à des structures culturelles algériennes. Il faisait durant ses dernières années d’incessants va et vient entre Alger, Paris et d’autres capitales étrangères. C’était un véritable ambassadeur de la littérature algérienne.

Il savait que dans l’ensemble, en Algérie, le théâtre de langue française n’avait pas un large public. Il voulait que ses pièces soient traduites et jouées en Algérie. En vain. Comme d’ailleurs les textes de Bouzaher, Amrani, Haciane, Kréa et bien d’autres auteurs qui n’ont jamais franchi la scène algérienne. Il me disait qu’il aurait aimé voir ses pièces être interprétées à Alger qu’à Paris où elles étaient souvent mises en scène. Des dramaturges aussi prolifiques que Nourredine Aba qui écrivit de nombreuses pièces ne fut joué qu’une seule fois par une troupe d’amateurs. Nourredine Aba qui vécut le cauchemar de la seconde guerre mondiale dans sa chair, notamment en couvrant le procès de Nuremberg, consacra plusieurs textes à des sujets historiques. L’Histoire est au cœur de toute son œuvre. Le fantastique, le réel et le rêve sont mêlés. La tragédie palestinienne et les horreurs nazies constituent les thèmes-noyaux de son œuvre. « Montjoie Palestine » (1970), « L’aube à Jérusalem » (1979), « Montjoie Palestine » (1980) et « Tell Zaatar s’est tu à la tombée du soir » (1981) racontent les horreurs commises par les forces israéliennes contre les populations palestiniennes. « La Récréation des clowns » présente en quatre tableaux la torture subie par les Algériens durant la guerre de libération. Comique et tragi-comique donnent à la pièce une dimension tragi-comique. De nombreux liens entre les actes commis en Algérie et les crimes commis par les nazis sont établis. Aba fait ce rapprochement bien avant Vergès lors du procès Barbie. Quand j’avais appris la chose à l’avocat Jacques Vergès, il n’en revenait pas. Il connaissait très bien Aba, mais il ignorait ce point.

Nourredine Aba appréciait beaucoup quelqu’un dont on parle trop peu en Algérie, un médecin et un écrivain, Laadi Flici (1937-1993), qui lui aussi, insiste surtout sur la résistance palestinienne, mais traite essentiellement de la lutte du peuple algérien contre le colonialisme français, notamment en milieu urbain. « Les mercenaires » (1973) est un hymne à la révolution. Plusieurs événements historiques (mort de Lumumba, lutte du peuple vietnamien, assassinat de Martin Luther King, Apartheid, guerre de libération en Algérie) s’enchaînent et donnent au texte une lecture idéologique précise. Aba appréciait beaucoup Flici, ancien président du conseil exécutif de l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens) et un des responsables de l’UNEA (Union nationale des étudiants algériens), arrêté durant la lutte de libération à Barberousse, puis après le coup d’Etat de Boumediene. Aba appréciait énormément celui dont le tout Alger appelait le « médecin des pauvres » qui a son actif une dizaine d’œuvres littéraires et théâtrales dont « La démesure et le royaume », « La cour des miracles », « Clair-obscur » et « Le temps des cicatrices ».

C’est vrai, Aba savait choisir ses amis, Flici était quelqu’un d’extraordinaire, mais il avait aussi un autre ami que tout le monde connait dans les milieux culturels, un immense journaliste, celui qui m’a permis d’apprendre le métier, le meilleur journaliste, au style extrêmement beau, Kémal Bendimered, la mémoire vivante de la représentation artistique et littéraire algérienne.

Aba avance difficilement, parle tout seul, Flici, un livre à la main sourit…

Note (Belkacem A-Djaballah) :Noureddina été  Aba, lors du passage de Reda Malek au ministère de l’Information et de la Culture, conseiller en matière d’édition auprès de la Sned (et du ministre).C’était alors le temps d’une forte ébulllition intellectuelle avec la présence au sein du ministère de R.Boudjedra, S.Benaissa, Mohamed Saidi,  Khadda….à la direction de la Culture….