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Roman Samir Kacimi- "Un jour pour mourir"

Date de création: 14-02-2021 18:03
Dernière mise à jour: 14-02-2021 18:03
Lu: 8 fois


POPULATION- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN SAMIR KACIMI- « UN JOUR IDÉAL POUR MOURIR »

 

 Traduit de l’arabe par Lotfi Nia. Editions Barzakh , Alger 2020, 118 pages, 600 dinars

Halim Bensadek est journaliste…..mal payé (quand ce n’est pas payé du tout) , sur-exploité par son employeur, célibataire rêvant d’épouser sa « fiancée » Nabila Mihanik (qui, elle-même « fricote » en douce avec un cousin véhiculé), entretenant un père éternellement criblé de dettes, une sœur célibataire et un frère chômeur, devant payer le loyer de l’appartement sous-loué…..dans une cité populaire et quasi-abandonné.

Omar Tounba, le copain de classe , de quartier et d’immeuble,  est le « chikour » et dealer  du coin, le « mauvais garçon » peu à peu  ravagé par l’alcool et la drogue, devenu impuissant, mais  à qui il vaut mieux ne pas se frotter. Deux frères en prison..et une mère -poule.Lui aussi veut (voulait)  se marier avec……Nissa Boutouss (lire « Pour tous ») , la fille facile du coin.Ce que le papa ne veut pas car , lui aussi, a  bien « connu »,  Boutouss .

Ceci pour les personnages principaux. Quant au décor, il est représenté par une cité-dortoir d’Alger,entourée d’ immeubles Aadl et autres qui poussent comme des champignons sans infrastructures d’accompagnement, sans ascenseurs…et livrées à elles-mêmes et à toutes les déviations, avec ses voyous organisés en bandes et ses fous…..

Le tout vous donne une société miséreuse, marginalisée et privée de repères…….et une multitude d’impasses.

La solution ? Le suicide pour le premier (quand il découvre que sa « promise »  le trompe)  ….et la « disparition » de l’état-civil pour le second (après qu’il ait poussé à la mort -accidentelle-  un quidam qui l ’avait auparavant provoqué et qui avait en poche la carte d’identité de Omar Tounba ) devenant Hakim el Cordoni dans un quartier perdu , « récupéré » par un vieil ami devenu une « âme charitable » , l’un et l’autre voulant briser  le lien les unissant à un monde dont ils ne veulent plus mais qui ne veut pas les lâcher.Car, le drame, c’est que même la mort  -programmée -ne veut pas d’eux …préférant sans doute choisir elle-même son heure et sa manière.

 

 

 

L’Auteur : en 1974 à Alger, études de droit , avocat puis journaliste, auteur de plusieurs romans. Prix Assia Djebar en 2016 (roman « Kitâb el mâchâ »). « L’amour au tournant », première traduction en français, en 2017 (Seuil/France et Barzakh).

Lotfi Nia, né en 1978 à Alger, traducteur de l’arabe vers le français. Plusieurs travaux (H’mida Ayachi, Bachir Mefti…) 

Extraits « Un intellectuel miséreux….ça me semble plus grave que de voler une vieille sur son lit de mort .. »( p77), « Bachdjerrah n’était pas tant une ville qu’un dortoir géant.Elle avait été construite par l’Etat pour désengorger la capitale où avaient migré ceux qui fuyaient la pauvreté  d’une campagne riche pour chercher la richesse dans une ville pauvre……Voilà comment la capitale était devenue, vingt ans à peine après le départ des Européens, une ville qui dormait sur sa campagne.El la campagne, la campagne, elle, était restée seule » (p 88)

Avis :Une description précise, sans fard- loin d’être « misérabiliste »- de la réalité telle que vécue par nos « damnés », les exclus ,les « sans-dents »,  les marginaux et les « mahgourine », si près de nous, mais si mal connus.

Citations : « Quiconque met fin à ses jours est une exception humaine à la loi de la fatalité , lui seul sait combien de temps aura duré sa vie, lui seul connaît l’instant de sa fin » (p8), « Une femme peut oublier les raisons, aussi sublimes soient-elles, qui l’ont poussée à aimer mais elle ne saurait oublier les raisons, même banales, qui l’ont amener à haïr » (p 17), « Quand on est en prison, les souvenirs prolifèrent comme des moisissures empoisonnées, se ramifient, prennent racine «  (p 61)