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Finance islamique -A.Hadj Nacer (Entretien) (II/II)

Date de création: 13-02-2021 18:44
Dernière mise à jour: 13-02-2021 18:44
Lu: 19 fois


FINANCES- OPINIONS ET POINTS DE VUE- FINANCE ISLAMIQUE- A.HADJ NACER (ENTRETIEN/EXTRAITS)(II/II)

 

© La Nation (quotidien)/Entretien réalisé par M. Berrached et M. Khellassi

 , samedi 13 février 2021

 

Ça, c’est le réel ou la théorie ?

Je parle de la théorie, dans le réel, nous sommes tous anti-islam.

Je dis, donc, nous avions créé le dinar d’or pour que la Banque centrale ait les moyens de devenir la banque de référence dans le monde pour les banques islamiques.
Pourquoi ? Supposons qu’on soit dans le cas d’une banque qui partage le risque, un banquier qui se dit, moi je suis un bon musulman, donc je prends le risque. Même lui, il ne peut pas le faire parce que l’argent doit toujours circuler. Mais cet argent, je suis obligé de le faire circuler par la Banque centrale. Une banque obligée de le faire circuler dans le monde. Toutes les monnaies du monde, l’euro, le yen, le rouble…etc. transitent par le dollar. Or l’étalon du dollar c’est le taux d’intérêt. Donc, tant qu’il n’y a pas d’étalon international islamique, il ne pourrait y avoir de banques islamiques puisque, de toute façon, il est régi par taux d’intérêt. Mais vous pouvez me dire que le taux d’intérêt n’est qu’un prix, donc pas interdit. Je dis : non, parce que si le taux d’intérêt était le le fruit du marché, et bien, je vous dis que le taux d’intérêt n’est pas antimusulman. Le riba et la spéculation sont antimusulmans. Le problème est que le taux d’intérêt n’est pas régi par le marché, mais par des interventions spéculatives en permanence. On le sait parce qu’il y a eu différents scandales à Londres à ce sujet. Tant que la city gère tous les flux financiers du monde entier, il ne peut y avoir de finance islamique.

L’idée pour nous, donc, était de commencer à créer une monnaie alternative pour commencer à apprendre à gérer la centralité d’un marché. Le marché islamique est énorme. Ceux qui l’ont compris, les Anglais, en particulier, ont fait beaucoup. Et comme ils sont à l’origine du wahabisme et du saoudisme depuis 1866. A l’époque, c’était pour abattre l’empire Ottoman…etc. Lorsque le marché, grâce au wahabisme est devenu un méga-marché, ils, les Anglais, ont créé dans les années 1990 les islamiques Windows. C’est-à-dire, ils ont créé dans toutes les banques une fenêtre islamique. La même banque classique vous vend un produit islamique. Le produit islamique, vous l’auriez remarqué, est toujours plus cher que les autres produits.

Si les Français avaient eu l’intelligence de la situation, ils auraient dû sauter sur l’occasion et s’associer à l’Algérie plutôt que de lui faire la guerre en permanence pour pouvoir exister face aux Anglo-saxons. Il se trouve qu’ils sont médiocres en matière de finance.

L’histoire du rééchelonnement, versus reprofilage est aussi à interpréter dans ce sens. L’idée même que les Algériens puissent penser autrement qu’eux n’effleure pas leur esprit. C’est une insulte pour eux.  Comment ils nous ont combattu ?

A l’époque, malheureusement, le système n’était préoccupé que par sa propre survie qui, à ses yeux, passait par la légitimation française et appliquait mécaniquement toute préconisation parisienne. Il faut rééchelonner. Pourquoi ? Parce que la légitimité ne vient pas du peuple, mais de la reconnaissance de l’étranger, et cet étranger a dit qu’il faut rééchelonner.

Quant au Fis…il n’y a pas pire que ces faux musulmans. Ce sont les plus grands suppôts de l’économie spéculative. On est totalement à l’opposé de l’économie islamique qui est l’économie du risque.

Mais c’est leur projet qui passait ?

Bien évidemment. On n’est pas indépendant, puisqu’on recherche toujours la reconnaissance par l’étranger.

Et du point de vue technique ?

Vous croyez que l’argent, c’est technique. Il
n’y a rien de plus politique que l’argent. C’est quoi la source du pouvoir ? C’est quoi le pouvoir ?

Il y a plusieurs composants ?

On est dans un débat d’une banalité affligeante, le reste c’est de l’idéologie. Qui détermine, est-ce que c’est l’épée qui permet de s’enrichir ou l’argent qui permet d’acheter le militaire. Cela ne va pas plus loin.
Pourquoi je m’enrichis ? Donc l’histoire de la banque islamique est celle-là. Aujourd’hui, tant qu’on n’a pas réglé le problème de la capacité des musulmans à, non pas seulement à fonctionner de façon autonome, mais créer une centralité en leur sein, une vraie indépendance économique et financière. Tant qu’on est pas rentré dans un système multipolaire au sens propre, la multiplicité de centre de pouvoir et donc la multiplicité de centre d’argent… tant qu’on n’a pas cette multiplicité de monnaies qui dialoguent entre elles, et dans laquelle il y a une monnaie islamique qui correspond à la définition que donne l’islam à l’économie, à savoir le partage du risque. Tout le reste n’est qu’une question de vocabulaire pour couvrir une spéculation qui est beaucoup plus grave que celle des banques classiques.

Comment analyser l’action du gouvernement qui accélère l’ouverture des guichets de finance islamique ?

C’est un problème de crédibilité. Est-ce que l’Etat est suffisamment crédible, et les banques d’Etats peuvent-elles convaincre l’Algérien de mettre sa confiance dans cette banque et, ensuite que le produit qu’on lui vend est islamique. Moi, je pense que oui. On a vu que quand les gens achetaient les voitures, par exemple, les produits à consommation islamique se sont bien vendus. Et le citoyen ne te croie pas quand tu lui dis que la voiture te revient plus chère si tu l’achète à travers ce procédé. J’ai expliqué à des gens, à plusieurs reprises, qu’on est dans le Haram. On m’a dit : vous avez raison mais…, aidez-nous à créer une banque islamique.

 Le Haut conseil islamique est chargé de la fatwa et on trouve, au niveau de chaque banque, un conseil de la fatwa 

Parce que chaque conseiller est payé. C’est quoi le capitalisme de connivence. Je crée une entreprise dans laquelle je te nomme comme administrateur. De ton côté, tu crées ton entreprise et tu me nommes administrateur. Aujourd’hui, tout est à vendre. Je vous dis que ce que nous faisons est anti-islamique. Et s’il y a autant de fatwas, c’est parce qu’il y a autant d’argent à gagner. C’est tout.

Pouvons-nous vendre quelque chose que nous n’avons pas ?

Bien sûr.

 Le problème, c’est que ces banques ne possèdent pas de voitures, ni de maisons à vendre 

Vous ramenez le logement et la banque vous le vend en faisant un montage (Men lahyatek ybakherlek) (il t’encense à partir de ta barbe). C’est pour ça que je dis que c’est un montage garanti. L’AADL construit, la banque n’a pas pris de risque avec l’AADL. Et vous lui dites : J’ai envie d’acheter un logement chez l’AADL. Alors il l’achète à ta place et vous lui versez le loyer. C’est ça la banque islamique. Et d’où lui vient l’argent ? Et bien de la Banque centrale qui lui accorde des crédits. Et la Banque centrale lui prête de l’argent avec un taux d’intérêt. Elle lui prête à 5 % et lui, il vous propose l’appartement à 10 %. Et l’appartement n’est pas en votre nom, mais en son nom à elle. Vous pouvez payer pendant sept ans et si vous ne payez pas la huitième année, vous perdez l’appartement. Et on ne vous rembourse rien du tout. Cela veut dire qu’elle n’a pris aucun risque. La vraie fatwa, la seule, est de dire : l’intérêt est halal.

Ce problème a été résolu très tôt chez les juifs ce qui explique leur maîtrise à ce jour des technologies et instruments financiers. Il a fallu attendre le Moyen âge pour que les chrétiens se libèrent progressivement et libèrent enfin leur capacité entrepreneuriale, ce qui explique grandement la renaissance. À quand notre tour d’être enfin libres et intelligents ?