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Brèche de Guerguerat (novembre 2020)

Date de création: 15-11-2020 17:35
Dernière mise à jour: 15-11-2020 17:35
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RELATIONS INTERNATIONALES –SAHARA OCCIDENTAL-BRÈCHE DE GUERGUERAT

 

 

© Contribution de Kamel Ettouti*/www.algerie1.com, vendredi 13 novembre 2020

Depuis trois semaines, les regards sont braqués sur Guerguaret, point de passage situé à l’extrême sud-ouest du territoire sahraoui occupé. Des manifestants civils sahraouis viennent de bloquer la brèche de la petite localité ouverte dans le ‘’mur de sécurité’’, construit par le Maroc, avec l’aide des israéliens dans les années 1980 pour se prémunir des attaques des combattants sahraouis.

La zone de Guerguaret était durant les années 1990, un lieu de prédilection des contrebandiers de tout acabit et des trafiquants de drogue et de voitures volées en provenance d’Europe et écoulées en Afrique de l’ouest.

Champion de la politique du ‘’fait accompli’’, Rabat a transformé la brèche en un poste frontalier d’une importance capitale pour ses exportations vers la Mauritanie et les pays de l’Afrique de l’ouest où il fourgue aux consommateurs des produits de troisième qualité, le premier choix étant destiné aux pays de l’Union européenne et à la Russie et le deuxième pour la consommation interne.

La brèche ouverte dans le ‘mur de défense’’ est une transgression sans équivoque de l’accord militaire n° 1, signé le 24 décembre 1997, entre le général Burand Lubenik pour la Minurso et Brahim Ghali pour le Front Polisario, d’une part et entre la mission onusienne et le Maroc le 22 janvier 1998, d’autre part.

L’accord définit la zone située entre Guerguaret, en territoire du Sahara Occidental occupé, et la frontière mauritanienne comme un ‘’buffer stripe ‘’ (bande tampon). Large de cinq km, elle sépare deux ‘’restricted zone ‘’.

La première de 30 km, sous occupation du Maroc, et la deuxième de 25 km, sous contrôle du F. Polisario. Au-delà, il y a deux autres zones à restrictions limitées séparées par le mur l’une à l’ouest sous occupation marocaine et l’autre à l’est sous contrôle du F. Polisario (cf. la carte). L’accord confine les Marocains à l’intérieur du ‘’mur de défense’’

En août 2016, le Maroc décida de bitumer les cinq km de la zone tampon de Guerguaret jusqu’à la frontière mauritanienne, en plein centre de la zone démilitarisée, autrement dit. L’objectif était de rendre plus fluide la circulation des camions à la suite des plaintes des chauffeurs. Officiellement, Rabat argua, à l’époque, que ce goudronnage visait à « lutter contre la contrebande, le terrorisme et le trafic de drogue ».

 Du point de vue du droit international, les Marocains ajoutent, par cet acte, une autre violation à la brèche de Guerguaret en voulant la relier à la frontière mauritanienne.  L’accord militaire n° 1 stipule que l’accès à la zone tampon qui commence de Guerguaret est interdit aux troupes et aux engins des forces armées royales et du F. Polisario. Or, lorsqu’il a entrepris les travaux du bitumage en 2016, le Maroc a utilisé les engins du génie militaire. La violation est flagrante.

L’intervention énergique des forces sahraouies, rapidement déployées dans la région, a mis  un terme à la duperie et rétabli le statu quo ante. En face, le Maroc avait déplacé des unités de la gendarmerie royale qu’il retirera en février 2017, sous la pression des Nations unies.

Mohamed Ibrahim Salek, expert et consultant international mauritanien, connu comme l’un des plus fins connaisseurs du conflit sahraoui, analysant la brèche de Guerguaret à la lumière du droit international, la décrit comme l’un des « plus grands postes-frontières illégaux dans le monde».

Ibrahim Salek déplore que la Mauritanie, qui reconnait la RASD et qui adopte dans le conflit sahraoui une «neutralité positive», ait commis un défaut de professionnalisme en conférant, de facto et d’une manière officieuse, une certaine légitimité à Guerguaret comme point de passage. Un arrêté ministériel en date du 03 février 2010 le définit comme point de passage P55. Le poste est pourvu d’agents officiels militaires et civils mauritaniens.

Aujourd’hui, les Sahraouis sont décidés à fermer la brèche ouverte illégalement dans le ‘’mur de défense ‘’ comme le prévoit l’accord de cessez-le-feu. Ils veulent que la Minurso s’attèle à sa mission première de la préparation des conditions de l’organisation d’un référendum d’autodétermination et non de surveiller le cessez-le-feu au seul profit du Maroc et de pérenniser, ainsi, l’occupation et le fait accompli.  

*Kamel Ettouti

Ancien Chargé de cours Université de Mostaganem 

© Le Soir dAlgérie/T.H , dimanche 15/11/2020

Depuis plusieurs semaines, les alliés du Maroc appuient le droit de ce pays de jouir du «passage frontalier» de Guerguerat et de permettre le transit de marchandises marocaines des territoires sahraouis occupés vers la Mauritanie. Sauf que ce «passage» est une brèche illégale ouverte dans le mur de «défense» puisque, concrètement, il n’y a pas de contact frontalier entre les territoires sous occupation marocaine et la Mauritanie.
Pour mieux comprendre cette situation, il est nécessaire de revenir à l’accord de cessez-le-feu signé entre les deux belligérants en 1991 et à l’accord militaire n°1 entériné conjointement avec la Mission des Nations-Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara Occidental (Minurso) en 1997. Ces textes ont institué deux zones d’accès restreint, respectivement de 25 km au sud et à l'est et à 30 km au nord et à l'ouest du mur marocain de 2 700 km, ainsi qu’une bande-tampon de 5 km de large au sud et à l'est de ce mur. Il est important de préciser que les tirs d'armes, le redéploiement ou le mouvement de troupes, l'entrée d'armes et de munitions et l'amélioration des infrastructures de défense ne sont pas autorisés dans ces espaces.
Pour permettre le déplacement des éléments de la Minurso dans le cadre de leurs activités, les deux parties ont validé l’ouverture de cinq points de passage qui permettent de passer du territoire occupé au territoire libéré. Ces points se trouvent dans les zones d’El Farsia, Smara, Guelta-Zemour, Oum-Dreygua et Aousserd. Autre précision importante : les accords ne prévoient pas l'ouverture de brèches pour des activités «civiles», «commerciales» ou autre au long du mur marocain. La brèche de Guerguerat a été ouverte illégalement par les autorités militaires marocaines vers la fin des années 90 pour relier le territoire occupé à la Mauritanie. En mars 2001, la tentative du Maroc de construire une voie asphaltée a provoqué la ferme opposition des Nations-Unies. Mais l’administration coloniale a réussi à imposer le fait accompli malgré les multiples doléances du Front Polisario.
Guerguerat est devenue le point de passage privilégié des marchandises du royaume du Maroc vers la Mauritanie et l’Afrique de l’Ouest. Mais il reste un passage illégal au vu du droit international. Une voie commerciale stratégique pour ce pays qui en est finalement devenu dépendant. Le blocage depuis le 21 octobre de centaines de semi-remorques par des citoyens sahraouis était devenu insupportable pour l’économie marocaine. C’est ce qui explique la réaction violente de l’armée marocaine qui est intervenue, vendredi 13, contre ces civils. Un acte qui a finalement provoqué la reprise de la guerre au Sahara Occidental.