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Roman Djawad Rostom Touati- "La civilisation de l'ersatz"

Date de création: 13-11-2020 18:17
Dernière mise à jour: 13-11-2020 18:17
Lu: 4 fois


POPULATION- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN DJAWAD ROSTOM TOUATI- « LA CIVILISATION DE L’ERSATZ »

La civilisation de l’ersatz. Roman de Djawad Rostom Touati, Apic Editions, Alger 2019, 200 pages, 800 dinars

Ersatz (Extrait, p 89): L’industrie capitaliste avait remplacé les produits de qualité de l’artisanat par des ersatz standardisés, sans goût et sans relief ; le capitalisme remplace les rapports sociaux eux-mêmes : amour, sexualité, convivialité, politique, par des erszats….les attitudes spectaculaires

Ersatz (Larousse) : Produit de remplacement de moindre qualité.

C’est , certainement , pour ne pas produire un ersatz de roman, que l’auteur nous propose une œuvre –bien écrite au demeurant -  difficile à classer. Plusieurs personnages errent dans un monde qu’ils connaissent bien mais qui leur paraît souvent étranger. En tout cas étranger à leurs besoins et leurs ambitions. D’où leur prepétuelle insatisfaction et la recherche d’une autre « vie ». Tout cela  dans une société en pleine ébullition, « victime d’un passé en gel, d’un présent séquestré et d’un futur pris en otage » ……  Et, tous, des « néo-prolo-aspirants- bourgeois »  qui s’ignorent (Ndlr : C’était du temps du quatrième mandat de Bouteflika)

On a donc Farid qui , après avoir « violé » une lointaine cousine hébergée (veuve et mère de deux enfants, donc désarmée ),pris de remords,  s’en ira écumer les chantiers d’entrepreneurs sans foi ni loi…..On a Malia, devenue mère célibataire dont l’histoire est « exploitée » par Malika, la petite bourgeoise « révolutionnaire » ( ?!) qui veut à tout prix « percer »  ….On a Rami , l’as du marketing , toujours puceau,  assez « coincé »  en matière de femmes. On a  Adib, l’ apprenti-essayiste ; lequel après avoir abandonné son idée de « fédérer » la jeunesse, se rabat sur l’écriture, peaufinant un essai qui synthétiserait les réflexions qu’il avait polies au fil et au feu des différents débats menés ça et là. Et puis, il y a  Nadir, le méfiant envers tout embrigadement, il y a Yacine, il y a un parti politique,il y a  une association…..Tout un beau (sic !) monde qui se croise, chacun avec son bagage socio-culturel, certains motivés pour changer le cours de leur vie, pensant que l’herbe est toujours plus verte (ou le soleil plus chaud) ailleurs ; d’autres résignés à l’idée que le monde est fait ainsi, avec ses « dominants « et ses « dominés », et d’autres encore , suffisants à eux-mêmes cherchant leurs rédemptions dans les malheurs des autres ….L’Algérie d’aujourd’hui ?

 L’Auteur :  à Alger en 1985, licencié en économie internationale et titulaire d’un master en management. Prix de la meilleure nouvelle Arts et Culture, 2005,  puis du Feliv en 2015, Auteur d’un premier roman-essai : « Un empereur nommé Désir » (Le héros, tombeur de ces dames, toujours à la recherche d’unen aventure…. Mon avis d’alors : un véritable pavé, une sorte de  « contre-roman de gare », écrit par un érudit incontestable. Il a obtenu , avec ce roman, le 2è prix Ali Maâchi 2016).Ne reste plus que  le troisième roman pour terminer  la trilogie programmée , « Le culte du ça ».

Extraits : « On a fait croire au néo-prolo-aspirant –bourgeois qu’il pourrait , à la force du poignet , « réussir ».On lui a fait faire litière de la morale, de la solidarité, du « social » pour qu’il ne jure plus que par l’intérêt personnel, le gain et la concurrence.Puis, quand la débrouille et la brique (ndlr : manœuvre, intrigue…) cessent de se faire sur le dos des collègues et des clients, et menacent les intérêts du capitaliste, la morale tantôt si ringarde est appelée à la rescousse pour accabler ces loups qui ne jouent pas le jeu….en le jouant trop bien » (p 73), « La marque infaillible à laquelle on reconnaît les âmes basses est dans leur âpreté à se faire servir :ils concentrent dans ce petit moment de puissance fantasmatique toute la dignité dont ils sont privés au quotidien (p 98)

Avis : Roman ? Essai ? Un identité complexe…..comme beaucoup de « romans » algériens où il y a de tout un peu et un peu de tout. La littérature de l’ersatz ?

Citations : « Nous les Algériens, c’est notre grande spécialité, le fayotage » (p 99, « Les suffisants ont toujours besoin de snober quelqu’un pour bien marquer qu’ils sont suffisants : preuve qu’ils ne le sont pas « (p 101), « Un manipulateur est une personne qui sait reconnaître une détermination, et les besoins qu’elle engendre.Il n’y a plus ,ensuite, qu’à offrir un ersatz d’accomplissement à ces besoins et le poisson est ferré » (131), « Se  déprendre de sa race (Fanon F./ S’extraire de sa classe (Baudrillard J./Sortir de son sexe (Simone de Beauvoir) : les trois racines (ndlr : pour se sortir ?)  de la névrose identitaire contemporaine » (p 147), « Dans la civilisation de l’ersatz, ce ne sont plus les rapports sociaux qui sont médiatisés par des choses, mais le mouvement autonome de la marchandise qui est médiatisé par des personnes « ( p 200)