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Islam - BadissiaNovembria - Naoufel Brahimi El Mili

Date de création: 21-10-2020 17:44
Dernière mise à jour: 21-10-2020 17:44
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CULTURE- OPINIONS ET POINTS DE VUE- ISLAM-BADISSIA/NOVEMBRIA- NAOUFEL BRAHIMI EL MILI

 

Badissia-novembria, dites-vous ?

© Naoufel Brahimi El Mili */Le Soir dAlgérie, mercredi 21.10.2020

De plus en plus, j’entends ici et là, voire partout, l’expression «badissia-novembria». Je pense à ce mot très peu usité : galimatias. Le dictionnaire Larousse, le définit d’abord en «bas latin» ensuite en «discours ou écrit embarrassé, inintelligible». Dans mon esprit de sexagénaire aigri, je définis cette appellation d’origine contrôlée, AOC, badissia-novembria en diarrhée verbale, millésime 2019. Sans toutefois souhaiter aux auteurs de cette expression, une constipation. La majorité d’entre eux ont des problèmes d’hémorroïdes pour de moult raisons. Et là, je demande aux jeunes lecteurs du Soir d’Algérie d’avoir un peu d’indulgence pour quelqu’un qui, selon le calendrier des PTT, vient de dépasser la soixantaine d’années. J’ai aussi dépassé le cap de 20 ans de chroniques, certes irrégulières, mais toujours peu avenantes à l’égard de la gouvernance du Président déchu, j’étais avare en odes à son égard, contrairement à tant de démocrates soudainement autoproclamés et dont les poésies lyriques d’inspiration élevée retentissent encore dans mes oreilles. Depuis mon dernier livre, j’ai mis Abdelaziz Bouteflika dans un angle mort. Par ailleurs, je ne souhaite pas son jugement devant la justice car l’image de l’Algérie pourrait être encore plus entachée. L’heure est grave, il est temps de concrétiser la venue de l’Algérie nouvelle.
J’ai soufflé mes soixante bougies le 7 octobre dernier. Ma part de gâteau plus vite ingurgitée que quelques bulles accompagnatrices que je plonge dans ma revue de presse quotidienne. Et là, je découvre un nom, celui d’une association jusqu’alors respectable aux yeux de l’Histoire et accessoirement aux miens : Association des Oulamas musulmans algériens (Rayez la ou les mentions inutiles) qui, dans un communiqué digne du mécréant Mikhaïl Souslov, s’élève indirectement mais sournoisement contre l’amazighité de notre pays. Dans ce communiqué, sous forme de mon cadeau d’anniversaire, aussi je découvre un nom : Abderrazak Guessoum. Sur son visage au teint de bronze, des lunettes rondes surplombent une barbe blanche taillée à 3 millimètres par un rasoir performant. Sans doute, une des promotions de Darty du temps où il était vice-recteur de la Mosquée de Paris. Cependant, la cravate autour de sa chemise blanche laisse éclater ses couleurs sombres au milieu d’un burnous en blanc cassé. Cassé comme l’authentique Association des Oulamas musulmans algériens dont il se revendique injustement. Je pense connaître au moins par ouï-dire, si ce n’est plus, l’historique glorieux de cette association fondée par Ibn Badis.
Ibn Badis, un grand nom mais stigmatisé par la badissia-novembria. Une nébuleuse où se retrouvent activistes, manipulés, manipulateurs, conspirationnistes et conspirateurs. Tout ce beau monde se donne un nouveau souffle dans les déclarations alambiquées du Cheikh Abderrazak Guessoum qui rejette toute référence, voire allusion à l’amazighité de notre pays. Je ne connais pas les lectures du président de cette association qui se met opportunément sous le parapluie de l’Histoire mais je connais les miennes. Elles sont puisées dans les meilleures sources, et pour cause… Je sais notamment qu’un des vrais chefs de la vraie Association, Cheikh Moubarek El Mili, avait écrit un livre monumental : L’Algérie à travers l’histoire, premier ouvrage sur l’histoire de notre pays rédigé en langue arabe. Toutefois, l’auteur avait mis en lumière la berbérité de l’Algérie, preuves factuelles à l’appui.
Grande était ma stupeur de lire le communiqué de l’actuel président des Oulamas qui semble consterné par le fait que le projet de la nouvelle Constitution consacre l’amazighité parmi les constantes de la Nation algérienne. Ma stupéfaction est en relation avec mon côté « Obélix », tombé dedans petit, au regard de la vraie Association des Oulamas. Je constate, des années plus tard, que Cheikh Guessoum s’érige en chef de village « gaulois » (aucune allusion à son passage à la Mosquée de Paris) et qui pense que les Berbères sont des envahisseurs ! Il veut résister. Alors que la véritable « Rome » c’est l’Arabie conquérante. Une résistance à « front inversé », je préfère cette référence militaire à celle des Grecs, prédécesseurs de Rome, qui nous ont narré l’histoire du cheval de Troie.
L’Association des Oulamas dans sa dimension historique, honorable et authentique, n’a laissé, à ce jour, à ma connaissance, qu’un seul héritier ou presque. Un homme de culture, un homme politique aguerri, Ahmed Taleb, fils de Cheikh El Bachir El Ibrahimi. Depuis sa dernière confrontation électorale avec le Président déchu, sa parole est rare, très rare. Son silence mesuré disqualifie les prétendants à la succession morale d’Ibn Badis et confrères. Revenons aux néo-Oulamas, se pose la question : pourquoi Ahmed Taleb s’est-il tenu à l’écart de ces Oulamas 2.0 (il faut retenir le zéro, simple suggestion) ? Poser la question c’est y répondre. Ces Oulamas version 2020, malgré le coronavirus, ont baissé leurs masques, au sens figuré s’entend, vu leur âge, ils sont exposés aux microbes, intraitables par la médecine moderne tant ils sont dans leur mental. Cependant, ce ou ces Oulamas défient le sens de l’Histoire, celle de leur propre pays. Maintenant, grâce à la fulgurance du cheikh Guessoum, j’ai enfin compris la logique de l’absurdité de l’expression « badissia-novembria ».
Sexagénaire depuis un certain nombre de jours, je me lâche dans le Soir d’Algérie dont j’abuse l’indulgence. Je vous préviens, chers lecteurs, je suis ni encore sage ni encore très vieux. J’ai du mal à discerner les niveaux de différentiations qui pourraient exister entre un Makri, un Bengrina, un Guessoum, un Djaballah ou d’autres sosies non encore homologués. Je leur pose la question et aux autres : «Où étiez-vous quand Abdelaziz Bouteflika avait érigé les zaouïas comme l’un des piliers de son pouvoir ?» Ces zaouïas qui ont fait le tour opérateur de Chakib Khelil, pour l’innocenter ; plus, le blanchir sans que la justice ait son mot à dire. Les zaouïas, sous les caméras bouteflikiennes, ont rendu l’ancien ministre de l’Energie fréquentable, presque le sauveur de l’Algérie. Je vous ai prévenus, je me lâche, je balance. Ce même Chakib Khelil, alors ministre du pétrole et de l’argent en dollars qui rentre tranquillement en Algérie mais qui doit être sous contrôle avant de partir ailleurs, sans doute. Khelil est doublement béni, et de par son amitié avec le Président, et de par sa résidence (nationalité ?) américaine, voire son allégeance aux US. Une véritable assurance-vie doublée par les mistigris des zaouïas aux ordres. Elles lui font faire une promenade de santé. Alors je rappelle que ce même Chakib Khelil voulait, à l’époque de sa gloire, créer une banque propre à la Sonatrach qu’il contrôlait totalement. Il a tenté de convaincre son copain d’école, Abdelaziz Bouteflika, que l’exemple russe avec Gazprombank est à suivre. Seule la résistance du gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, a fait obstacle. Ce dernier a quitté son poste pour cette raison. Ammar Saâdani, résident à Neuilly-sur-Seine, et surtout bouledogue du pouvoir, était lâché contre lui. Un chien enragé, aujourd’hui réfugié au Portugal. Après toutes ces péripéties, les zaouïas inféodées à Bouteflika sont, dans la nouvelle Algérie, assez discréditées, et voilà que les Oulamas 2.0 se tirent une balle dans le pied. Ils se trompent de cible, ils adoubent les zaouïas plus ou moins volontairement.
La balle, la vraie, est entre les mains du Président Tebboune. Je note, par ailleurs, que son seul déplacement au domicile d’une personnalité politique de haut rang était réservé au Dr Ahmed Taleb. Des mois sont passés depuis, un référendum est programmé, tout comme des manifestations annoncées pour ce 1er novembre, jour du vote. Indépendamment du texte qui équilibre les pouvoirs, j’ai du mal à croire que la nouvelle Constitution soit moins bien que celle taillée sur mesure à Bouteflika. Après même une lecture rapide à laquelle je m’étais donné, il apparaît clairement que même si la prééminence présidentielle est préservée dans une certaine mesure, l’ère de Fakhamatou est révolue.
Oui, l’Algérie est berbère contrairement aux déclarations des néo-Oulamas et consorts, souvent autoproclamés. Il reste à la charge du Président de rectifier certains des tirs maladroits, parfois revanchards, de feu Gaïd Salah qui, sans doute, n’a pas vraiment mesuré la portée de certaines de ses décisions autoritaires. Je pense à l’interdiction de brandir l’emblème berbère. Je pense aussi à faire ressaisir la justice, fût-elle militaire, concernant des règlements de comptes personnels d’Ahmed Gaïd Salah. Les noms sont connus, je mets en avant, sans aucun respect de l’ordre alphabétique et sans citer leur grade : Khaled Nezzar, Ali Ghediri, Médiène dit Tewfik, Bachir Tartag, parmi d’autres. La liste n’est pas exhaustive. Et au-delà de ces personnalités, planent encore celles des journalistes incarcérés bien après le décès du généralissime. Khaled Drareni en est une figure parmi tant d’autres.
En effet, pour le Président Abdelmadjid Tebboune, Drareni, les Oulamas et leurs affiliés sont des boulets mais pas pour les mêmes raisons. Le cas du premier doit être explicité par le procureur de la République. Quant aux néo-Oulamas (que je ne confonds pas encore avec les néocolonialistes, pas pour longtemps, je l’espère) et leurs ramifications plus ou moins lointaines, l’État doit les recadrer dans un débat historique serein. Peut-être, après quelques lectures, ils constateront l’inéluctable dimension amazighe de l’Algérie.
Voilà, chers amis lecteurs de mon quotidien préféré, je vous ai livré, non sans hésitations, mon opinion sur les néo-Oulamas, dont, non seulement je ne retrouve pas le génie ni le sens du sacrifice de leurs illustres prédécesseurs mais aussi ont nourri plus ou moins volontairement les fantasmes de la badissia-novembria. Juxtaposition antichronologique de termes hautement symboliques transformés en repoussoirs envers d’autres Oulamas qui avaient labouré le terroir de la Révolution du 1er Novembre. Parmi eux, Cheikh Larbi Tebessi, martyr de la glorieuse Révolution. Un nom parmi tant d’autres mais que je cite par hasard. Enfin, presque.


*Politologue, petit-fils de Chekh Larbi Tébessi et de Cheikh Moubarek El Mili