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Roman Hedia Bensalhi- "L'agonisant"

Date de création: 06-10-2020 11:03
Dernière mise à jour: 06-10-2020 11:03
Lu: 5 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN HEDIA BENSALHI – « L’AGONISANT »

L’agonisant. Roman de Hedia Bensalhi. Editions Frantz Fanon, , Boumerdès,  2020, 197  pages, 700 dinars

 

Ce sont, en fait, deux histoires , l’une lointaine, l’autre assez proche qui se croisent et souvent se mêlent pour décrire une seule et même situation…..frisant, bien souvent, dans une atmosphère, surréaliste et presque toujours noire,   de liberté et de répression……. de « révolution culturelle et artistique »

La première, la cause ou la source (c’est selon !) s’est déroulée en Autriche, à Vienne, juste avant la première guerre mondiale, avec Egon Schiele (et son modèle et amante Wally)…..un peintre et dessinateur – fan de Gustave Klimt, le peintre , figure clé de l’ Art nouveau viennois -   qui se met, avec des amis à « casser » les codes classiques et petits bourgeois de le peinture…..et à développer un graphisme d’une exceptionnelle tension , notamment dans l’érotisme et la morbidité , ce qui en avait fait un maître de l’expressionnisme.

La seconde se déroule en Algérie, dans une ville de l’Ouest algérien, juste avant le Hirak (je suppose ) avec Hamid, un peintre ,enseignant (pour faire plaisir à ses parents) qualifié de « farfelu et évaporé » par ses beaux parents,   libre penseur, adepte de la subversion (culturelle)  et    poète  qui, en compagnie de son épouse , muse et amante , Louisa, marqué par l’histoire d’Egon et une copie saisissante du portrait de Wally par Egon en sa possession,   avec quelques amis aussi engagés que lui dans la « révolution » artistique  (les « activistes de l’esprit » , les «  agitateurs d’idées » dont les échanges permettent la réflexion, l’innovation puis l’émergence de leurs mouvements respectifs)  , font face à l’incompréhension d’une société « travaillée » par le conservatisme, la religiosité exacerbée et la bureaucratie. Une société dont la dynamique est en berne : « les universitaires ne produisent rien de transcendant et les artistes ne travaillent que pour leur propre gloire. La nouvelle bourgeoisie est plus préoccupée par l’instauration de l’écart financier entre elle et cet agrégat inculte ; elle se construit son cocon douillet… ». Une incompréhension…  qui va jusqu’à la répression des « Rencontres »  programmés (des peintres et des poètes, les éternels laissés –pour compte et écorchés)  avec les publics , en public … la prison…..Le dialogue interdit (alors que « même les arbres communiquent et prennent soin les uns des autres ») ! L’ « assassinat » judiciaire  programmé de la créativité et de l’originalité ! Le nivellement par le bas et le « rien »  !Le drame d’une société aux multiples contradictions qui truandent l’espoir, le plombe. « Aucune perspective d’épanouissement, rien ne bouge, aucune transcendance… une médiocrité instaurée et admise pour éviter les remous…….» .Des larves partout…..dans un pays qui agonise.

L’Auteure : Née à Ténès. Master en littérature (Alger) et Dea en didactologie des langues   et des cultures (Paris III) , enseignant et, accessoirement, photographe. Son premier roman , « Orages » , a été  prix Yamina Mechakra 2019 (langue française)

Extraits « L’ancienne clé de la maison de mon grand-père est magnifiquement réalisée, un vrai travail d’artisan passionné, comme il disait, mais elle ne sert qu’à ouvrir une porte physique, matérielle ! Pas les cerveaux ! » (p 37), « Le mythe et le conte ne peuvent pas devenir obsolètes…Ce sont des paraboles du dépassement de soi , ils servent à rappeler la nature humaine et ses surpassements possibles. Derrière ces histoires émerge toujours une certaine façon métaphorique de saisir le monde. C’est cela ma modernité : comprendre l’intemporalité des situations humaines. » (p 76)

Avis : Il faut le terminer pour comprendre la forte dose philosophique……et le dur, le très dur combat des « révolutionnaires » de la culture et des arts.

Citations « Une fois qu’un peuple, s’abandonnant à la mollesse, goûte de la mendicité, avec complaisance et impudeur de surcroît, c’en est fait pour lui :car en retour, il vomit sa valeur dont il digérait la vertu » (p 24), « Sans le foisonnement des mots libres pour construire un raisonnement , la pensée complexe restera entravée ! Elle devient même impossible. Or, il n’y a pas de pensée critique sans pensée de base » (p 28), « Le « Système » , ce n’est pas un homme, c’est un tout ! C’est une conspiration !C’est un principe de fonctionnement !C’est une construction de l’esprit » (p 95),  « Les mots doivent être libres, sinon la pensée ne l’est pas, puisqu’ils la reflètent. Les mots, les langues, ce sont des outils de la pensée, pas des trophées » (p 126), « La langue qui ne sert pas à émanciper l’esprit construit des cadavres ambulants » (p 127)