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Gpra- Naissance 19:9/2020

Date de création: 19-09-2020 18:49
Dernière mise à jour: 19-09-2020 18:49
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taHISTOIRE- GUERRE DE LIBERATION NATIONALE- GPRA- NAISSANCE 19/9/1958

 

©Par Amin Khan/www.24h.dz, samedi 19 septembre 20920

 

Le  19 septembre 1958, l’Algérie combattante proclamait à partir du Caire la naissance de son premier Gouvernement par la voix de son président, Ferhat Abbas. Retour sur cet acte fondateur.

Ferhat Abbas, Président        
Belkacem Krim, Vice-président et Ministre des Forces armées       
Ahmed Ben Bella, Vice-président                                                      
Hocine Aït Ahmed, Ministre d’Etat                                                   
Rabah Bitat, Ministre d’Etat
Mohamed Boudiaf, Ministre d’Etat
Mohamed Khider, Ministre d’Etat
Lamine Debaghine, Ministre des Affaires extérieures                          
Mahmoud Chérif, Ministre de l’Armement et du Ravitaillement         
Lakhdar Bentobbal, Ministre de l’Intérieur                                         
Abdelhafid Boussouf, Ministre des Liaisons générales et des Communications    
Ahmed Francis, Ministre des Finances
Abdelhamid Mehri, Ministre des Affaires nord-africaines                         
M’hamed Yazid, Ministre de l’Information                                     
Benyoucef Benkhedda, Ministre des Affaires sociales                              
Tewfik el Madani, Ministre des Affaires culturelles                          
Lamine Khène, Secrétaire d’Etat                
Omar Oussedik, Secrétaire d’Etat                                                                                        
Mustapha Stambouli, Secrétaire d’Etat

 

Ferhat Abbas (1899-1985), à l’âge de 59 ans, fait figure d’ancien, de sage. Il vient de l’UDMA (Union Démocratique du Manifeste Algérien) et non du courant principal du Mouvement national, du PPA (Parti du Peuple Algérien) qui a formé la plupart des cadres de la Révolution, mais c’est lui que la Direction de la Révolution décide de porter à la tête du premier Gouvernement de l’Algérie en lutte. Sa nomination marque l’apogée d’un parcours militant national entamé dans les années 1920 dans le mouvement étudiant. Il sera notamment président de l’AEMAN (Association des Etudiants Musulmans d’Afrique du Nord) de 1928 à 1931.  Ferhat Abbas rejoint le FLN en avril 1955. Il fait partie du CNRA (Conseil National de la Révolution Algérienne) formé par le Congrès du FLN d’août 1956, et il rejoint le CCE en 1957. A l’issue de son congrès, le FLN s’était doté d’un organe de direction, le CNRA, dont émanait une structure exécutive, le CCE (Comité de Coordination et d’Exécution), composé de Ramdane Abane (1920-1957), Belkacem Krim, Larbi Ben M’hidi (1923-1957), Benyoucef Benkhedda et Saad Dahlab (1918-2000). Le CNRA  de 1957 élargit la composante du CCE où figurent dorénavant Ramdane Abane, Ferhat Abbas, Belkacem Krim, Lakhdar Bentobbal, Abdelhafid Boussouf, Mahmoud Cherif, Lamine Debaghine, Abdelhamid Mehri et Amar Ouamrane (1919-1992).

Belkacem Krim (1922-1970) est déjà depuis longtemps, et bien avant le 1er novembre 1954, une légende de la résistance nationale au colonialisme. Il est membre des Six (aux côtés de Mohamed Boudiaf, Mostefa Benboulaïd (1917-1956), Larbi Ben M’hidi, Rabah Bitat et Mourad Didouche (1927-1955)) qui décident du Premier novembre et qui forment la première Direction du Front de Libération Nationale. Il sera le premier responsable de la Zone 3, un des six congressistes de la Soummam (avec Ramdane Abane, Larbi Ben M’hidi, Lakhdar Bentobbal, Amar Ouamrane et Youcef Zighoud (1921-1956), penseur et chef de l’Offensive du 20 août 1955 qui marque le véritable début de la guerre), et membre du premier CCE ainsi que de celui auquel succédera le GPRA.

Ahmed Ben Bella (1916-2012), responsable de l’OS (Organisation spéciale) pour l’Oranie, a remplacé à Hocine Ait Ahmed à la tête de l’Organisation en 1950, qui en a été injustement évincé dans les remous de la crise dite «berbériste» de 1949. Cette crise avait sérieusement ébranlé le PPA et Hocine Ait Ahmed qui ne pouvait pas être suspecté de berbérisme en a pourtant été une « éminente victime collatérale ». Ahmed Ben Bella ne possédait pas la même légitimité politique que Hocine Ait Ahmed, mais il avait pour lui une expérience militaire prestigieuse acquise dans les rangs de l’armée française pendant la Deuxième guerre mondiale. En outre, son séjour en Egypte, puis, notamment, le détournement du 22 octobre 1956, lui assurent une reconnaissance et des sympathies politiques et médiatiques en France et dans le monde arabe.

Hocine Ait Ahmed (1926-2015), membre de la Direction du PPA/MTLD, adjoint puis successeur de Mohamed Belouizdad (1924-1952) comme chef de l’OS qui avait été créée en 1947 par la Direction du PPA pour préparer la lutte armée, rédacteur (à l’âge de 22 ans !) du lumineux «rapport de Zeddine» qui lui avait été commandé par Hocine Lahouel (1917-1995), Secrétaire général du PPA/MTLD, et présenté en décembre 1948 à un Comité central élargi du parti. A partir du Caire où il s’est exilé en 1952, il déploie une intense activité diplomatique qui propage, de Bandung à New-York, à travers le monde, la cause de la lutte des Algériens pour leur indépendance. Hocine Ait Ahmed est l’auteur de la proposition de constituer un Gouvernement provisoire, envoyée au CCE début 1958 alors qu’il est emprisonné avec Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf (1917-2007) suite à l’arraisonnement de l’avion qui les transportait le 22 octobre 1956 de Rabat à Tunis où ils devaient participer à une réunion maghrébine avec le Président tunisien, Habib Bourguiba, et le Sultan du Maroc, Mohamed V. L’idée de constitution d’un Gouvernement algérien sera reprise par la Conférence maghrébine de Tanger d’avril 1958 dans les termes suivants : «La conférence recommande la constitution, après consultation des gouvernements tunisien et marocain, d’un Gouvernement algérien.»

Rabah Bitat (1925-2000) est militant PPA dès son plus jeune âge. Membre de l’OS, il participe à la réunion des «22» (Mokhtar Baji, Othmane Belouizdad, Ramdane Ben Abdelmalek, Ben Mostefa Benaouda, Mostefa Benboulaïd, Mohamed-Larbi Ben M’hidi, Lakhdar Bentobbal, Rabah Bitat, Zoubir Bouadjadj, Slimane Bouali, Ahmed Bouchaïb, Mohamed Boudiaf, Abdelhafidh Boussouf, Mourad Didouche, Abdeslam Habachi, Abdelkader Lamoudi, Mohamed Mechati, Slimane Mellah, Mohamed Merzougui, Boudjemaâ Souidani, Youcef Zighoud) réunis en juin 1954 par Mohamed Boudiaf au domicile de Lyès Derriche au Clos Salembier, en vue de lancer la préparation de l’insurrection. Il fait partie du groupe des Six qui décident de déclencher la Guerre de libération le 1er novembre 1954. Premier responsable de la Zone 4 (Algérois), il est arrêté en 1955 et sera emprisonné pour la durée de la guerre.

Mohamed Boudiaf (1919-1992), militant PPA, responsable de l’OS pour le Constantinois, membre du CRUA avec Mostefa Benboulaid, Mohamed Dekhli et Ramdane Bouchebouba. Le CRUA est une initiative de Hocine Lahouel et Mohamed Boudiaf en vue de prévenir la scission du PPA/MTLD en tentant de le réunifier dans la perspective du lancement de l’action révolutionnaire armée. Mohamed Boudiaf est désigné par les 22 (qui en fait élisent à bulletin secret Mostefa Benboulaïd comme coordinateur du groupe, lequel choisira de se désister en faveur de Boudiaf qui est l’initiateur et la cheville ouvrière du processus en cours) pour organiser le déclenchement de la Guerre de libération. Coordinateur du groupe des Six, rédacteur, avec Mourad Didouche, de la proclamation du 1er novembre,  il joue un rôle éminent et décisif dans la préparation du 1er novembre et le déclenchement de la Révolution. Il est, lui aussi, emprisonné depuis le détournement du 22 octobre 1956.  

Mohamed Khider (1912-1967), militant de l’ENA (Etoile Nord-Africaine) dans les années 1930, cadre du PPA/MTLD, élu en 1946 député MTLD d’Alger à l’Assemblée nationale française, il s’exile au Caire en 1951 où il devient l’adjoint du responsable de la section algérienne du Bureau du Maghreb arabe, Chadli Mekki, avant de le remplacer un an plus tard. Il fait partie depuis   1954 de la Délégation extérieure du FLN au Caire avec Hocine Ait Ahmed et Ahmed Ben Bella.

Lamine Debaghine (1917-2003), ancien dirigeant du PPA qu’il intègre en 1939, de facto son premier responsable dans les années 1940, en l’absence de Ahmed Messali, emprisonné ou exilé, le Dr Lamine Debaghine est une grande figure du PPA/MTLD. Il fait partie avec Messaoud Boukadoum (1910-2007), Djamel Derdour (1907-2007), Mohamed Khider et Ahmed Mezerna (1907-1982), des députés MTLD élus à l’Assemblée nationale française en 1946. Comme Hocine Ait Ahmed, il est évincé de la Direction du parti à l’occasion de la crise de 1949. Il décline l’offre du FLN de le porter à sa tête en 1954. Comme de nombreux dirigeants nationalistes connus des services de police, il est arrêté après le déclenchement de la Révolution. En 1955, il rejoint au Caire la Délégation extérieure du FLN et contribue dès lors à son action politique et diplomatique.

Mahmoud Cherif (1912-1987) est militaire de formation. Il est aussi un vétéran de la Deuxième guerre mondiale. Il est militant UDMA jusqu’à ce qu’il rejoigne le FLN et le maquis en 1955. En 1956 il est officier de l’ALN en Wilaya 1 et en devient le premier responsable. En 1957, il est membre du CNRA et du CCE.

Lakhdar Bentobbal (1923-2010) s’engage à l’âge de 17 ans dans les rangs du PPA. Membre de l’OS et clandestin dans les Aurès après la dissolution de l’Organisation, il fait partie du Groupe des «22». Le 1er novembre 1954, il est avec Mourad Didouche et Youcef Zighoud, un des premiers responsables du FLN en Zone 2. Sous l’autorité de Youcef Zighoud, il est un des principaux chefs de l’offensive du 20 août 1955. Un an plus tard, le 20 août 1956 il est un des six congressistes de la Soummam et devient à l’issue de ce premier congrès du FLN, membre du CNRA. En septembre 1956 il succède à Youcef Zighoud à la tête de la Wilaya 2. A l’issue du CNRA de 1957, il devient membre du CCE avec la responsabilité de l’Intérieur.

Abdelhafid Boussouf (1926-1980) milite dès son plus jeune âge au sein du PPA. Membre de l’OS, il participe à la réunion des «22». En 1956, il devient membre du CNRA et il succède à Larbi Ben M’hidi à la tête de la Wilaya 5 après avoir été son adjoint. Le CNRA de 1957 le désigne comme membre du CCE.

Ahmed Francis (1912-1968) commence son parcours militant au sein de l’AEMAN à Paris où il effectue ses études de médecine, et le poursuit dans les AML (Amis du Manifeste et de la Liberté). Dans le contexte de la répression qui s’abat sur le peuple algérien en mai 1945, il est arrêté et interné dans un camp du Sud. Très proche de Ferhat Abbas il sera avec lui, et avec, notamment, Ahmed Boumendjel (1908-1984) et le Docteur Cherif Saadane (1893-1948), membre fondateur de l’UDMA en 1946.  Désigné membre du CNRA de 1956, il rejoindra le Caire cette année-là et effectuera alors de nombreuses missions politiques et diplomatiques pour le FLN. En avril 1958, la Conférence de Tanger, qui réunit les représentants de l’Istiqlal marocain, du Néo-Destour tunisien et du FLN, le nomme au Secrétariat permanent chargé d’assurer l’exécution des décisions de la conférence.

Abdelhamid Mehri (1926-2012) a également participé à la Conférence de Tanger comme membre de la délégation FLN présidée par Ferhat Abbas. Abdelhamid Mehri est militant du PPA/MTLD, il devient membre de son Comité central en 1953. Après le déclenchement de la Révolution, il entre en clandestinité à Alger, jusqu’à ce que la Direction du FLN lui demande au printemps 1955 de rejoindre la Délégation extérieure. Il est membre du CNRA de 1956 et devient membre du CCE après le CNRA de 1957.

M’hamed Yazid (1923-2003), militant PPA depuis son jeune âge. Il est arrêté en 1948 et condamné à deux ans de prison. Il devient membre du Comité central du PPA/MTLD en 1951. Envoyé en mission au Caire par le CRUA, le 1er novembre l’y surprend. Il s’adjoindra alors à la Délégation extérieure du FLN et accomplira un important travail politique et diplomatique, notamment à l’ONU. Il est membre du premier CNRA.       

Benyoucef Benkhedda (1920-2003) adhère au PPA en 1942. Il devient membre du Comité central du PPA/MTLD en 1947 et son Secrétaire général en 1951. Il rejoint le FLN en 1955 et travaille directement avec Ramdane Abane. Le congrès du 20 août 1956 le désigne comme membre du CNRA et du CCE. Avec Larbi Ben M’hidi et Ramdane Abane, ils organisent et dirigent la Zone Autonome d’Alger, et ce, jusqu’à l’arrestation et l’assassinat de Larbi Ben M’hidi en mars 1957.

Tewfik el-Madani (1898-1983) effectue toute sa scolarité à la Zitouna de Tunis. Il prend part à la lutte anticoloniale du peuple tunisien, prône la lutte armée, et sera emprisonné de 1915 à 1918. En 1920 il est un des fondateurs et un des dirigeants du parti du Destour. En 1925 il est expulsé vers son pays d’origine. En 1931 il est un des membres fondateurs de l’Association des Oulémas d’Algérie dirigée d’abord par Abdelhamid Ben Badis (1889-1940), puis par Bachir el-Ibrahimi (1889-1965). En 1956 il rejoint le FLN et fait partie de son premier CNRA.

Lamine Khène (1931-) devient militant du PPA à l’âge de 15 ans. Etudiant en médecine, il milite à l’AEMAN puis à l’UGEMA dont il est un des membres fondateurs. Au printemps 1955, il s’engage dans le FLN sous l’autorité de Ramdane Abane qui avait été chargé dès sa sortie de prison en janvier 1955 par Belkacem Krim et Amar Ouamrane de diriger et d’organiser le FLN à Alger. Lamine Khène préside l’assemblée des étudiants qui décident la grève des cours et des examens, rédige l’Appel du 19 mai 1956 et, quelques jours plus tard, le 1er juin, rejoint le maquis en Zone 2 en compagnie de son camarade Allaoua Benbaatouche (1930-1958). Officier de l’ALN, il met en place le service de santé de la Wilaya 2. En 1957, il est désigné comme membre du CNRA. En tant que Secrétaire d’Etat à l’intérieur, il représente l’Est du pays.  

Omar Oussedik (1920-1992), militant PPA, membre de l’OS, arrêté en 1948, il est emprisonné jusqu’en 1951. Il rejoint le FLN en 1955. Officier de l’ALN, il est membre du CNRA de 1957. En tant que Secrétaire d’Etat à l’intérieur, il représente le Centre du pays.  

Mustapha Stambouli (1920-1984), officier de l’ALN, a fait des études de droit. Il est militant PPA dès la fin des années 1930, plusieurs fois détenu par les autorités coloniales, et notamment, en 1948, il est arrêté à la frontière libyenne sur son chemin pour aller combattre en Palestine. En tant que Secrétaire d’Etat à l’intérieur, il représente l’Ouest du pays. 

**

Le 19 septembre 1958, l’Algérie combattante proclamait, à partir du Caire, la naissance de son premier Gouvernement par la voix de son président, Ferhat Abbas.

Après l’Appel du 1er novembre 1954 qui fixe l’objectif et le moyen : l’indépendance nationale par la lutte armée du peuple algérien, après le Congrès du 20 août 1956 qui organise la Révolution, développe et consolide son assise politique, la création du GPRA procède à la rupture irréversible avec la France coloniale par l’instauration de la souveraineté nationale de l’Algérie.

La proclamation du GPRA, suivie de la reconnaissance internationale de nombreux Etats, crée un fait historique qui s’impose au monde et, en premier lieu, à la France coloniale qui n’y pourra rien, malgré le redoublement de la violence contre le peuple algérien, que met en œuvre De Gaulle dès son retour au pouvoir en mai 1958.

L’indépendance sera obtenue (le 3 juillet 1962) grâce à la détermination et aux sacrifices (encore méconnus) du peuple algérien, et grâce à la clairvoyance et à la sagesse de ses dirigeants. En effet, malgré les dissensions, les crises, les rivalités, les luttes fratricides et les drames, les dirigeants du FLN s’avèreront capables de mener le pays à bon port.

Lorsqu’on pense à la disparité des forces en présence, à la puissance économique, militaire et diplomatique de la France, adossée à l’Otan et à 132 ans de domination coloniale en Algérie, on ne peut que reconnaître les qualités du peuple algérien et admirer la grandeur de sa révolution.

Ces hommes, qui ont eu l’honneur de faire partie du premier Gouvernement de l’Etat-nation algérien, sont les héritiers du long combat d’un peuple conduit par l’extrême violence de la domination coloniale au bord de l’annihilation.

Son économie détruite, ses structures sociales brisées, sa culture écrasée et ridiculisée, ses valeurs piétinées, ce peuple est parvenu à trouver au fond de lui-même les ressources spirituelles, morales, intellectuelles et politiques pour inverser le cours d’une histoire qui semblait le destiner à subir (comme aujourd’hui les Palestiniens) le sort des Indiens d’Amérique.

Sur le plan politique ces hommes sont les héritiers du mouvement national moderne qui, depuis l’Emir Khaled et Messali, depuis l’Etoile Nord-Africaine jusqu’au Front de Libération Nationale, a patiemment forgé les instruments de sa libération.

Génération après génération, le peuple algérien a produit des élites politiques qui, malgré les difficultés et un rapport des forces tragiquement déséquilibré, se sont constamment efforcées d’assumer le défi de l’existence de leur peuple, en faisant preuve de détermination et d’abnégation, mais aussi d’intelligence, de créativité, de souplesse et d’imagination.

Même si la distance entre le rêve de l’indépendance nationale et la douloureuse et déprimante réalité de l’oppression coloniale pouvait souvent paraître infinie, cela n’a pas empêché les résistants, les militants, les révolutionnaires algériens de maintenir la flamme vivante et d’avancer à travers «la nuit coloniale».

En septembre 1958, ces hommes, jeunes pour la plupart (la moyenne d’âge des membres du GPRA est de 39 ans), ont déjà derrière eux une précieuse expérience militante du combat et du débat politiques, de la réflexion stratégique, de la connaissance de leur société et des réalités du monde.

Quelles qu’aient pu être les problèmes surgis entre eux, et leurs limites à chacun, ils avaient eu la chance de travailler et d’agir avec des compagnons de lutte et des dirigeants de la stature de Abane, Benboulaid, Belouizdad, Ben M’hidi, Dahlab, Didouche, Lahouel ou Zighoud, pour ne citer que ceux-là…

Au cours de leur vie militante, ils ont eu à faire des choix et des compromis difficiles. Ils ont eu à assumer des décisions tout aussi difficiles. Mais, finalement, la valeur de ces hommes s’est révélée dans l’épreuve de la révolution.

La création du GPRA ne limitait pas l’ambition de la révolution à l’instauration de la souveraineté nationale.

Comme le soulignait Hocine Ait Ahmed, à l’occasion du 50ème anniversaire de sa création:   «Parmi les raisons multiples qui ont conduit à la proclamation du GPRA, il est nécessaire de rappeler la protection et le respect des droits de l’Homme. Dans notre souci politique, le GPRA avait l’ambition de faire appliquer les conventions de Genève, pour protéger notre population et nos combattants, pour interdire les bombardements de villages, pour interdire la prise d’otages et les représailles collectives, pour le respect du soldat, pour sauver nos jeunes de la guillotine, nos cadres de l’assassinat…»

D’emblée le GPRA se conçoit donc comme instance de direction de la guerre, de l’Etat et de la révolution. Et la complexité des tâches qui découlaient de ces responsabilités n’aurait pu être appréhendée et gérée sans le déploiement de grands talents politiques.

Faire face à l’intensification de la guerre, au Plan Challe, à la fermeture des frontières par la ligne Morice, à la pénurie en armes et en argent des maquis, à la fatigue d’une population éprouvée comme jamais, aux influences et aux pressions plus ou moins amicales de l’Egypte, de la Tunisie et du Maroc, à la diplomatie française et à ses négociateurs, n’aurait pas été possible autrement.

Malheureusement, victimes de l’occultation de l’histoire par le régime, les 45 millions d’Algériens d’aujourd’hui ignorent, et donc ne peuvent vraiment apprécier la valeur de la révolution, celle de ses dirigeants, ou encore celle des 9 millions de leurs compatriotes de l’époque.

Et savent-ils que, pour que l’indépendance, si chèrement acquise, continue d’avoir un sens dans le monde d’aujourd’hui et de demain, le peuple algérien doit renouer avec les valeurs essentielles de la révolution, les mêmes valeurs qui lui permettront de construire l’Etat de droit, un Etat pleinement souverain et démocratique?

De façon dramatique, la victoire de l’Algérie combattante sous la direction du GPRA en 1962 s’accompagne d’une défaite politique de grave conséquence, durable jusqu’à nos jours, puisque le GPRA se divise et éclate en violences fratricides au moment même de la victoire et de l’indépendance.

Cette scission violente de la Direction de la Révolution est l’aboutissement des tensions, des rivalités, des conflits et des contradictions qui ont miné la Révolution dès 1954, entre ceux qui voulaient déclencher l’insurrection le plus rapidement possible et ceux qui souhaitaient disposer de plus de temps afin d’assurer une meilleure préparation, entre ceux qui souhaitaient associer les Centralistes, les Udmistes et les Oulémas et ceux qui souhaitaient que la Direction de la Révolution reste entre les mains des anciens de l’OS et du PPA, entre «ceux de l’intérieur» et «ceux de l’extérieur», entre «politiques» et «militaires», entre «Kabyles» et «Arabes», entre régions ou entre tribus, entre individus en compétition pour le «pouvoir»…

Il est remarquable que, malgré tout, c’est la dynamique de la révolution qui a prévalu sur les conflits internes, et que ceux-ci, même si parfois, «réglés» dans le sang, n’ont pas dégénéré au point de la remettre en cause.

Et ceci, probablement du fait que les archaïsmes présents dans la culture des combattants et des dirigeants étaient «contrebalancés» chez eux par la vigueur des valeurs forgées dans une pratique militante moderne et démocratique acquise dans les partis et les associations, où la légitimité politique s’obtenait, essentiellement, par la capacité de convaincre.

Si la dynamique de la Révolution et la qualité de ses dirigeants ont permis la conquête de l’indépendance nationale, depuis, les conditions historiques ont changé, dans le sens de la difficulté et de la complexité.

Aussi, la réduction décisive des archaïsmes, un progrès radical de la culture politique démocratique dans la société, s’avère aujourd’hui absolument nécessaire, non seulement au développement de l’Algérie, mais à son existence même, en tant qu’Etat-nation pleinement souverain et indépendant.

Ce défi à relever, aujourd’hui, comme hier ou demain, c’est celui de la légitimité. Car fondamentalement, c’est la légitimité du combat pour l’indépendance, et la légitimité de ceux qui l’ont mené, qui ont permis l’accomplissement de ce grand moment historique