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Essai Nasreddine Akkache-"Les coulisses d'une décennie algérienne....."

Date de création: 05-09-2020 19:32
Dernière mise à jour: 05-09-2020 19:32
Lu: 32 fois


VIE POLITIQUE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH-ESSAI NASREDDINE AKKACHE-« LES COULISSES D’UNE DÉCENNIE ALGERIENNE… »

LES COULISSES D’UNE DÉCENNIE ALGERIENNE . TÉMOIGNAGE D’UN COMMIS DE L’ÉTAT. Essai de Nasreddine Akkache (préface de Bakhti Belaib ).  Editions Non-Lieu, Paris 2014, 231 pages, 1500 dinars

Quatorze années après sa mise à la retraite, et forcé à l’exile, voilà donc un haut fonctionnaire, s’appuyant sur sa seule mémoire, qui « se met à table » , l’a fameuse « obligation de réserve » n’étant plus applicable à son cas. Il dit tout, ou presque tout, sur ce qu’il a vu, ce qu’il accompli, ce qu’il a subi, ce qu’il a réussi, ce qu’il a raté durant  une assez longue carrière de  (haut-) fonctionnaire , bien souvent à des postes-clé de la gouvernance du pays , tant au niveau local que central.

Cala commence très fort avec « la premier règne d’Ouyahia, 1995-1997. C’est le temps des « gesticulations et des incertitudes », au moment ou le pays vivait un des épisodes les plus dramatiques et les , plus sanglants de son histoire contemporaine. Le président Liamine Zeroual venait d’être élu le 16 novembre 1995 et Ouyahia allait remplacer Sifi.  L’auteur était déjà à la primature en tant que chargé de mission (Belaib Bakhti l’était aussi) . Il savait qu’il ne serait pas en « odeur de sainteté », malgré les paroles « mielleuses ». du « Chef ».D’autant qu’une atmosphère malsaine et délétère  allait très vite s’installer  face  à l’arrogance et à la condescendance. Ainsi , les conseils interministériels et les conseils de gouvernement allaient devenir de « véritables supplices » pour chacun, « les susceptibilités étant parfois mises à rude épreuve » . On eut dans la foulée –comme d’habitude -  une « armée de sacrifiés et une chasse aux sorcières » (des gestionnaires, des Dec... accusés de mauvaise gestion...et qui furent, pour beaucoup  acquittés lors de procès équitables....mais que de foyers détruits et de familles disloquées et de déprimes inguérissables !)

« Les années de feu »  furent, aussi le temps des illusions et de la perfidie  .....les cadres, en général, « ne  s’appartenant plus, encore moins à leur famille ou à leur entourage : le rythme, les exigences et les circonstances n’avaient plus rien d’humain ».Durant ces années-là, « le cadre algérien n’est pas un taré congénital, comme semblent le suggérer quelques esprits malfaisants »....c’est un « cadre qui aime foncièrement son pays et qui est prêt à payer le prix fort pour le préserver ». Il est vrai que les « farces » électorales programmées et le règne d’un « système rentier »  avec toutes ses aberrations ont entraîné une contestation permanente, en facilitant pas la tache des « commis de l’Etat ». Ainsi, des zones de non-droit se sont constituées, entre autres, grâce « au chantage citoyen auprès d’un pouvoir public de plus en plus sur la défensive et fortement affaibli »

La « décennie noire » est devenue assez vite rouge du sang des victimes – pour ceux qui résistaient, combattaient ou protestaient ou tout simplement n’aidaient pas  -du terrorisme islamiste. Les citoyens dans la précarité et en marge du développement cantonnés dans les banlieues  dépourvues de toutes les commodités , frappés durement par le chômage la mal vie ne pouvaient longtemps résister aux discours populistes, promettant de surcroît le paradis sur terre ou, à défaut, dans l’au-delà et la libération d’un joug trop longtemps subi. 

Cela a entraîné, bien sûr la mise en place d’un dispositif de lutte anti-terroriste..et l’affrontement.....et des changements continus de gouvernements.......avec ses fauteuils éjectables, bien souvent en fonction des humeurs des nouveaux arrivants......toujours aux « oreilles réceptives ».....d’où encore un (court) séjour « au frigo »

Puis......voilà Ouyahia qui « règne » une deuxième fois (1997-1998) : « Quelques satisfactions et beaucoup de reniements » !

 

L’Auteur : Né en 1954 à Ain Boucif (Médéa) , diplômé de l’Ena (Alger) . A exercé plusieurs fonctions supérieures : chef de daira, wali (dont wali d’Alger chargé de la gestion administrative) , chargé de mission à la Chefferie du gouvernement puis  directeur de cabinet . Retraite en 2000 , à 44 ans (?!), ce qui en a fait un des plus jeunes retraités de l’Administration publique.

Extraits : « Ces sorties lui (Ahmed Ouyahia, chef de gouvernement) ont permis de roder substantiellement son discours et de ses construire un « personnage » qu’il qualifiait , avec un sourire en coin et en la jouant modeste , de « saisonnier  de la politique » , insinuant qu’il avait incontestablement la capacité de damer le pion aux plus chevronnés des « permanents » de la politique » (p 56), « Il n’osait s’attaquer aux hommes politiques qui l’avaient précédé dans la gouvernance du pays que s’il se trouvait en cercle restreint. Là, en sa qualité d’initié, il ne se privait pas de citer des noms, en dénonçant des pratiques immatures et des goûts immodérés pour la rapine, le lucre et la luxure » (p 59), « Un opération « mains propres » ! Il n’a pas été le premier, il ne sera pas le dernier à en déclencher dans un pays où l’amnésie défie parfois la théorie de l’inconscient » (p 65) 

Avis : Etre mis à la retraite à l’âge de 44 ans à peine  (« alors que des octogénaires, voire des nonagénaires , continuent de s’affairer dans les arcanes du pouvoir ») a de quoi vous « braquer » totalement contre le « système », tout en sachant que vous avez , peu ou prou, contribué, tout en sacrifiant bien des choses de votre vie,  à le construire. Donc, essai ou pamphlet,  un « réquisitoire » (plutôt les « 2 ou 3 ou 4 vérités »....ce qui laisse une impression de subjectivité) très bien écrit, assez bien argumenté car bien documenté .......nous laissant, à la fin, assez « angoissé » sur l’avenir du pays (et sur le présent aussi !)

Citations « L’oubli n’existe pas, il n’est souvent qu’une traîtrise ou une lâcheté de la mémoire » (p 14) , «  Le vertige des hauteurs est tel qu’il trouble ou altère profondément nos capacités de discernement ; il nous suggère des attitudes rocambolesques et loufoques  comme celles de s’imposer de venir au bureau à l’heure du laitier»  (p 29), « Chez nous, le silence a toujours constitué un élément fondamental de la gouvernance ; préserver son siège et sa position a toujours été la principale préoccupation de nos gouvernants à tous les niveaux de responsabilité » (p 103), « La paix et la sécurité ne valent et ne durent que par la volonté humaine de les préserver  et à les respecter ;elles s’étiolent et se cassent dès que ce contrat moral est rompu » (p 117) , « Cette propension à voir le complot partout, à nier les évidences de l’histoire et de la géographie, et à dresser des réquisitoires à charge , allant jusqu’à surveiller les écarts langagiers, est une constante pour notre appareil policier, qui n’épargne aucun citoyen, fût-il au-dessus de tout soupçon » (p 137) « Comme toujours, ce sont les meilleurs qui partent, laissant derrière eux une population d’opportunistes, de roublards et de planqués qui chantent la gloire de la paix retrouvée » (p 160), « La duplicité dans les comportements vous dégoûte à jamais de la politique. En revanche , elle vous enseigne la meilleure manière de vous mettre à l’abri des péchés mortels » (p 219)