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Cnes- Mebtoul Abderrahmane

Date de création: 05-09-2020 19:14
Dernière mise à jour: 05-09-2020 19:14
Lu: 9 fois


ECONOMIE- OPINIONS ET POINS DE VUE- CNES- MEBTOUL ABDERRAHMANE

 

« Il ( Mohamed Salah Mentouri, ancien président du Conseil national économqiue et social) a nous a quitté le 05 septembre 2005 alors que l'Algérie aurait eu, aujourd 'hui, besoin tellement de lui avec des idées novatrices d’une brûlante actualité, ce brillant intellectuel et grand patriote, une très forte personnalité qui a fait honneur à l'Algérie. Je l'ai côtoyé pendant plus de 10 ans en tant qu’expert indépendant au niveau du CNES  avec toujours le respect mutuel autour de débats productifs contradictoires. Le grand hommage que l’on pourrait lui rendre  est de réhabiliter le CNES  afin qu’il accomplisse  sa mission en toute indépendance au profit exclusif de l'Algérie dont il était un ardent défenseur. Pour une Algérie nouvelle, loin des pratiques néfastes du passé, il est contreproductif pour le pouvoir lui même, une allégeance  en contrepartie d'une rente.

1.- Le CNES a  pour mission, d’offrir un cadre de participation de la société civile, la concertation nationale sur les politiques de développement économique et social. Selon la loi en vigueur, le CNES regroupe en son sein des membres représentatifs ou qualifiés désignés pour un mandat de trois (3) ans, renouvelable une fois. Nous avons deux cent (200) membres répartis comme suit: quatre-vingt (80) au titre des secteurs économique et social; cinquante (50) au titre de la société civile; quarante (40) au titre des personnalités qualifiées, désignées «intuitu personae»; trente (30) au titre des administrations et institutions de l'Etat.  L’article 204 de l'actuelle Constitution stipule que le «Conseil national économique et social, ci-dessous dénommé le Conseil est un cadre de dialogue, de concertation et de proposition dans le domaine économique et social. Il est le conseiller du gouvernement» et l'article 205 que «le Conseil a notamment pour mission: d'offrir un cadre de participation de la société civile, la concertation nationale sur les politiques de développement économique et social; d'assurer la permanence du dialogue et de la concertation entre les partenaires économiques et sociaux nationaux; d'évaluer et d'étudier les questions d'intérêt national dans les domaines économique, social, de l'éducation, de la formation et de l'enseignement supérieur; de faire des propositions et des recommandations au gouvernement. L'article 2 stipule que dans le cadre de ses missions, le Conseil, institution consultative et cadre de dialogue et de concertation dans les domaines économique et social, est chargé, d'offrir un cadre de participation de la société civile, la concertation nationale sur les politiques de développement économique et social, d'assurer la permanence du dialogue et de la concertation entre les partenaires économiques et sociaux nationaux et d'évaluer et d'étudier les questions d'intérêt national et de faire des propositions et des recommandations au pouvoir public

2.-Excepté la période de feu Mohamed Salah Mentouri, où le Cnes a joué un rôle moteur pour avoir été une force de propositions, jusqu'à sa démission en 2005, le CNES est en léthargie, ayant moi-même démissionné quelque temps plus tard, ayant refusé d'avaliser des rapports de complaisance car étant devenu un appendice du Premier ministère. Dans une interview amère, je le cite «le CNES dérange quelque part, ce n'est un secret pour personne. C'est la raison pour laquelle on a tout fait pour le réduire au silence», affirmant avoir pris une décision «conforme» à ses principes et à ses convictions.

Sous sa période ce n’était ni au  président du CNES ni à à l’administration de rédiger les rapports transmis au président de la république  mais à l'assemblée générale dont doit être issu le président du CNES,  un cadre de ministère ne pouvant contredire  son ministre, évitant que les  conclusions de ces rapports proviennent en majorité, de ministères et dont tant la présidence que le gouvernement sont déjà au courant, les experts extérieurs, devant tenir compte de leurs sensibilités idéologiques, importance en science sociales, servant seulement d’appoint. Or cette dernière n’a pas été renouvelée depuis plus de dix ans. Il s’agit donc d’éviter  d’assimiler le CNES, qui a été mis sous scellé depuis de longues années,  à un organe administratif  ou à un bureau d’études appendice du premier ministère  expliquant la  démission de feu  Mentouri. Depuis, on est loin des pratiques des CNES dans le monde et de la période de feu Mentouri qui ont une relative autonomie de critiques  positives , évitant le dénigrement gratuit,  avec des propositions positives    où c’est   l’assemblée générale, présidé par le Président du CNES   en présence de la presse qui était partie prenante , et non en catimini, ou  après avoir entendu les différents  ministres ou des PDG  de grandes institutions et entreprises pour avoir une vision  objective, un  comité d’experts restreints , tenant compte des avis de l’AG,  élaborait les rapports de conjoncture qui étaient publiés dans les médias ,  afin que l’opinion  publique  ait une appréciation  rentrant dans le cadre d’une société participative débureaucratisée

3.- Dans l'actuelle Constitution sous la pression des anciens Premiers ministres, ayant une vision bureaucratique autoritaire ne tolérant  pas la contraction, seule source de progrès, dans un but de soumission à l'Exécutif, il est stipulé «qu'il est conseil du gouvernement». Comme dans tous les pays du monde, où existe un Etat de droit, il est souhaitable que dans la nouvelle Constitution qu'il soit une institution indépendante «comme conseil de la nation» et pas seulement du gouvernement, pouvant s'autosaisir, être saisi par le président de la République, l'APN, le Sénat ou d'autres institutions stratégiques. C’est que le blocage essentiel en Algérie réside en cette mentalité de la  bureaucratie centrale et locale de certains responsables , qui paralyse toute initiative créatrice Comme note avec pertinence, un philosophe  du XIX ème siècle à propos de ce fléau local et central qui ronge la société algérienne : le bureaucrate amène avec lui le carcan, les lenteurs les petitesses en oubliant la conscience et l'efficacité ; le but du bureaucrate est de donner l'illusion d'un gouvernement même si l'administration fonctionne à vide, en fait de gouverner une population infime en ignorant la société majoritaire.  Nous aurons ainsi une triple conséquence :  une centralisation pour régenter la vie politique, sociale et économique du pays ; l'élimination de tout pouvoir rival au nom du pouvoir bureaucratique  et la bureaucratie bâtit au nom de l'Etat des plans dont l'efficacité sinon l'imagination se révèle bien faible.

4.- . D'une manière générale, il  y a urgence pour une cohérence dans la démarche de toute politique, d'une synchronisation des institutions qui doivent coller tant aux nouvelles mutations internes que mondiales. Les textes juridiques sont une condition nécessaire mais non suffisante: l'important est d'agir sur le fonctionnement de la société algérienne, fonction des rapports de force des différentes composantes politiques, économiques et sociales, elle-même liée au fonctionnent de l'économie mondiale afin que ces lois soient applicables. Espérons pour le devenir de l’Algérie, dans le cadre d’un Etat de droit,  que tant le Conseil National de l’Energie, la Cour des comptes, gelés entre 2000/2019, devant être redynamisés afin de tracer la future politique  énergétique du pays et  de protéger les  deniers publics,  que le CNES dans la future constitution soit érigé en tant que « Conseil de la Nation » et pas comme actuellement « Conseil du gouvernement »   et que soient mis fin  aux  mêmes pratiques bureaucratiques anciennes, source de blocage,  que le Président Abdelmadjid Tebboune dénonce régulièrement, renvoyant à une nouvelle gouvernance.

Abdelrahmane Mebtoul,

Professeur des universités, expert international, expert au CNES de 1995/2008