Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Marché de l'Art

Date de création: 03-09-2020 18:40
Dernière mise à jour: 03-09-2020 18:40
Lu: 17 fois


CULTURE- OPINIONS ET POINTS DE VUE- - MARCHE DE LART

 

Le marché de l’art, un réflexe économique ?

© Belhacejhemi Noureddine(*) /Le Soir dAlgérie, mercredi  02.09.2020  


Déjà, dans les années 70, Wadi Bouzar, dans son essai la culture en question, soulignait l’insuffisance de l’aide des pouvoirs publics pour l’art et le fait que le public n’encourageait pas suffisamment les artistes dans leurs expositions par des achats d’œuvres parce que la culture était la dernière des révolutions à mener.

Alors posons-nous la question aujourd’hui : c’est quoi le marché de l’art ? On nous répond que cela désigne l’ensemble des transactions sur les œuvres d’art entre les différents acteurs dans l’offre et la demande du produit artistique. Dans ce monde moderne, tout est devenu économique et en exemple, le volume des transactions connues dans le marché de l’art au niveau mondial pèse plus de 50 milliards de dollars.   

En Algérie, y a-t-il un marché de l’art ? 
On sait que des tableaux sont vendus  à travers certaines galeries ou chez des d’artistes, mais sans assurance ni aucune traçabilité garantissant la pérennité culturelle de l’œuvre. Ces transactions de gré à gré ne sont pas connues ni identifiées, encore moins le chiffre d’affaires de cet important réseau commercial.
Dans certains pays, il y a une réglementation qui définit en droit ce qui est œuvre d’art ou pas. Par exemple, les peintures, tapisseries, dessins, sculptures originales doivent être exécutées entièrement à la main. Les photographies doivent être limitées à trente exemplaires, les œuvres numériques à douze copies et ainsi relativement pour tout autre support d’expression.
Il faut savoir que le marché de l’art repose sur la reconnaissance des œuvres et des artistes par des spécialistes. Ainsi lorsqu’un tableau, une sculpture ou tout  autre forme artistique acquiert le statut d’œuvre d’art, la valeur marchande de celle-ci change ainsi que la cotation de l’artiste. C’est pour cela que toutes les œuvres ont besoin d’un certificat d’authenticité.
Aussi, entre acquéreur et acteur, la facture fait plus foi de certificat d’authenticité si l’œuvre n’est pas expertisé par le catalogue qui est un inventaire raisonné des œuvres de l’artiste. C’est aussi un grand outil d’identification pour les spécialistes et acteurs du marché de l’art. Pour les professionnels et marchands d’art, on ne dit plus par exemple «j’ai un tableau de l’artiste peintre Issiakhem», on dit simplement   «j’ai  un Issiakhem, ou deux Guermaz, ou un Oulhaci, exactement comme on dit outre-mer j’ai un Picasso ou un Miro. 

Pourquoi on peut acheter une œuvre d’art en Algérie
 Comme tout pays, le marché de l’art bénéficie d’une fiscalité particulière ; les œuvres d’art ne sont pas incluses dans la base d’imposition et beaucoup d’acheteurs et chefs d’entreprise  l’ignorent. Ainsi, on peut acquérir des œuvres d’artistes vivants, dont la valeur d’achat est déductible de leur résultat imposable avec certaines conditions que les œuvres d’art soient accessibles, comme dans certains pays, à leurs salariés et leurs clients dans la limite de 5% du chiffre d’affaires.
Les différents acteurs du marché de l’art sont les artistes, les collectionneurs, les commissaires priseurs, les antiquaires, les marchands d’art, les critiques d’art, les experts, les musées, les fondations, les banques et les entreprises. Un autre partenaire manque terriblement en Algérie alors que sa présence doit être au cœur d’une stratégie de développement du marché de l’art. 
C’est la mécénat. Celui-ci, par définition, est celui qui donne protection aux sciences et aux arts. Le mécène protège l’artiste en l’aidant financièrement à avoir plus de visibilité sur la scène artistique.     Il faut le dire clairement et le répéter souvent, la peinture algérienne est toujours absente dans les musées, les espaces culturels, les collections et surtout maintenant. Il est grand temps que ces espaces d’art et d’exposition soient dotés d’un budget d’acquisition de biens culturels en créant leur propre fonds et leurs collections d’art contemporain.
Permettez-moi de rappeler qu’il y avait déjà des chapitres d’achat pour les musées depuis les années 80 mais  ils étaient trop bureaucratiques, au détriment de beaucoup d’œuvres d’art  qui se sont trouvées expatriées. 
Heureusement, dans les années 90, certaines autonomies financières des musées, grâce aux commissions interministérielles et l’initiative de certains responsables, ont pu enrichir leur patrimoine muséal en art moderne. A titre d’exemple, entre 1989 et 1994, pour la section Beaux-Arts, le musée Ahmed-Zabana a pu acquérir, directement, chez des artistes connus, un nombre important d’œuvres contemporaines.
Il s’est trouvé ainsi propriétaire de soixante-trois œuvres et huit donations, soit un total de soixante-et-onze œuvres qui ont coûté à l’Etat algérien seulement  2 131 000 DA (deux millions cent trente-et-un mille dinars). Comme disait Malki Noureddine, son directeur, «la priorité a été donnée aux grandes figures des arts plastiques algériens». 
Il y avait issiakhem. khadda. baya. l.ferhat. l. baghli, ali khodja. zoubir. mesli. m. kouskoussa. zerrouki. z. boukhari. oulhaci. martinez. silem. zerhouni. belhachemi. mersali. bisker. boukerche. larbi arezki. lahrechebellakh. baghli leila. hankour. belkhorissat et bien d’autres (source ; revue du musée zabana. N°3 en 1994).
En 1993, par exemple, une gouache de Baya, La dresseuse des paons, avait coûté 9 000 DA à l’époque, c'est-à-dire trois fois la valeur du Smig (Salaire minimum garanti) qui était de 3 500 DA et pour  Détente   50 000 DA.  Pour l’œuvre de Khadda, la terre s’offre aux semailles,  en 1992, le musée l’a acquise contre 250 000 DA ; c’était 70 fois le smig. Pour Immensité/Sable de Ali Silem, 80 000 DA qui équivalait 25 fois le salaire minimum de l’époque. Actuellement, rares sont les artistes qui atteignent les 100 000 DA pour un tableau alors que cela devrait dépasser les 500 000 DA par tableau pour les collectionneurs.
En prenant conscience du prix d’un Khadda en 1993, deux années après sa disparition, on peut penser que certains responsables étaient vraiment dignes de la gestion du patrimoine national parce qu’aujourd’hui c’est beaucoup plus de 5 000 000 de dinars. Pour avoir une idée sur la valeur d’un tableau de nos artistes actuellement à l’échelle internationale ; Maternité de M’hamed Issiakhem 1,50 m x 100 m a été adjugé à 175 000 euros à la vente d’art moderne de la maison Ader.  (Source Gazette Drouot M01676) en janvier 2017. 
Le public évolue, avance et s’affirme dans ses perceptions mais l’évolution du contexte culturel est très lente par rapport au marché de l’art qui semble être toujours en avance. «Les acheteurs sont rares, et plus rares sont ceux qui s’intéressent à l’art contemporain» et pour Wahiba Adjali, une ancienne galerie respectée, c’était plutôt un souk de l’art, tellement il y avait un affligeant marchandage par manque de régulation.
Il est vrai que les gens, devant l’apparition de la forme abstraite, refusaient systématiquement l’art de création sans aller au-delà du formel, sans chercher à comprendre alors que sous d’autres cieux, la culture et la complicité public-artistes-collectionneurs passe assez bien pour se permettre de conquérir d’autres espaces, d’autres marchés, pour les valoriser.

(*) Artiste peintre, professeur des beaux-arts et ancien enseignant chercheur au Crasc