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Avertissement- Télévision/Arav

Date de création: 26-07-2020 17:50
Dernière mise à jour: 26-07-2020 17:50
Lu: 16 fois


COMMUNICATION-  DOCUMENTS ET TEXTES REGLEMENTAIRES- AVERTISSEMENT - TELEVISION/ARAV-

 

© El Watan, samedi 25 juillet 2020

 

Dans son communiqué (J 23/7/2020) , l’Autorité de régulation de l’audiovisuel a adressé un avertissement à la chaîne Ennahar TV et Echorouk TV.

L’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) est une nouvelle fois montée au créneau à travers deux communiqués relayés par l’APS et diffusés successivement mercredi et jeudi derniers, pour épingler les chaînes Echorouk TV et Ennahar TVEn cause : des programmes jugés abêtissants et dégradants.

L’un des programmes visés par le gendarme de l’audiovisuel est l’émission «Sabah Echorouk» diffusée par Echorouk TV, et qui, dans un de ses récents numéros, avait accueilli sur le plateau une dame qui prétendait avoir trouvé un moyen efficace, de facture traditionnelle, pour savoir si une personne est atteinte ou pas du coronavirus.

«Alors que les scientifiques et les chercheurs de par le monde sont engagés dans une véritable course pour trouver un vaccin contre la Covid-19 et que les grandes puissances mobilisent des milliards de dollars à cet effet, la chaîne Echorouk TV n’a pas trouvé mieux, à travers son émission matinale ‘‘Sabah Echorouk’’, que de présenter une femme se targuant de proposer un médicament et même un moyen de dépistage, sans aucun égard pour le bon sens et au mépris de la science et de l’opinion publique», assène l’un des deux communiqués de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel.

L’ARAV n’a pas manqué de souligner, dans sa mise en garde, la propension de nombre de nos chaînes de télévision à faire la promotion de la pensée magique en rappelant les antécédents des mêmes médias incriminés : «Cette chaîne et d’autres s’étaient déjà illustrées par la vulgarisation de ce genre de charlatanisme en donnant la parole à des individus qui, sous le couvert de la médecine alternative, abusent de la crédulité des citoyens.»

Pour l’instance dirigée par Mohamed Louber, cette façon de faire de la télévision représente «une atteinte à l’image des médias, en particulier, et du pays en général, et une consécration de l’obscurantisme au sein de la société».

Dans le numéro de «Sabah Echorouk» visé par cet avertissement, une femme affirmait dépister le coronavirus sur simple inhalation d’une substance proche de la «neffa», le tabac à priser. En guise de démonstration, un jeune homme en casquette se propose de faire le «cobaye». L’animateur lui tend un pot contenant la mystérieuse «potion magique».

Le jeune homme trempe son auriculaire dans le pot et glisse le produit dans ses voies nasales. «Reste concentré, ne parle pas et ne bouge pas», le guide la présumée «guérisseuse».

D’après son «diagnostic», les symptômes qui révèlent si la personne a le corona ou pas sont simples comme bonjour : «Si la personne n’éternue pas ou bien qu’elle éternue une seule fois, ça veut dire qu’elle n’a rien. Il ne faut ni un scanner ni rien du tout. Si la personne éternue beaucoup, ça signifie qu’elle a la maladie», soutient-elle. Vantant les vertus de l’étrange substance, l’invitée d’Echorouk affirme : «Elle est très prisée en Tunisie. Tout le peuple tunisien l’utilise».

«Mais ça a l’odeur de la chemma !»

Le jeune homme n’éternue pas. C’est bon signe, selon la «guérisseuse». Encouragé, l’animateur s’y met à son tour. Il est intrigué par l’odeur. «Mais ça a l’odeur de la chemma !» bougonne-t-il. «Oui, c’est le tabac à priser de l’Est», confirme son hôte. «Ils la fabriquent comme ça, on l’a ramenée de Sétif.» L’animateur éternue à trois reprises.

Il n’est pas équipé d’un masque de protection. Seule la dame a le visage couvert, protégé par une longue voilette. Elle le taquine : «Normalement, tu éternues dehors, tu vas contaminer les gens ici.» Elle le rassure : «Quand tu éternues une ou deux fois, ça veut dire que tu es négatif

L’animateur mime un autre éternuement, mais c’est pour rire. Il se plaint encore de l’odeur. «C’est infect !» La dame : «Maâliche. C’est ça qui te fait éternuer et sortir ce qu’il y a à l’intérieur (des poumons, ndlr).

Mais il faut éternuer dehors, surtout si la personne est atteinte de corona. Elle doit éternuer dans la nature.» L’animateur ricane : «Pourquoi vous ne m’avez pas prévenu plus tôt ? On serait allés dehors.» La scène tourne à la farce : censée révéler la maladie, la substance se mue en un propagateur potentiel de Covid.

Pour l’ARAV, l’émission verse carrément «dans l’ignorance et la mystification». L’instance appelle dans la foulée «à la promotion et à la moralisation de l’acte d’information médiatique favorisant le développement de l’esprit et de la connaissance, et la vulgarisation du bon sens au sein de la société dans le cadre du service public».

Dans un autre communiqué, l’ARAV s’en est encore pris à Echorouk, cette fois pour une autre émission intitulée «Khatt Ahmar» (Ligne rouge), diffusée le 5 juillet. Dans ce numéro qui se déclinait sous le thème «Zawdji houwa djanati» (Mon mari est mon paradis), on voit à un moment donné une femme embrasser spontanément les pieds de son mari en signe d’affection. Une scène qui a soulevé l’émoi de nombreux téléspectateurs.

L’ARAV a estimé que ce geste n’avait pas sa place à l’écran dans la mesure où «il rabaisse et dénigre la femme et montre la suprématie de l’homme dans la société». «Il appartenait donc à la chaîne de supprimer l’image avant sa diffusion, car elle revêt un caractère intime entre les époux et ne devait pas être diffusée

Dans le même communiqué, l’Autorité de régulation de l’audiovisuel a adressé un autre avertissement, cette fois à la chaîne Ennahar TV pour son émission «Ma waraa el djoudrane» (Derrière les murs). Dans une édition de ce programme, il était question d’une femme qui a fugué du domicile conjugal «après avoir été victime de torture et de pression psychologique de la part de son époux».

«Ce dernier s’est présenté à l’émission dans l’espoir de la faire revenir au foyer conjugal, en essayant de profiter de la religion pour atteindre ses objectifs», explique l’ARAV. Et de faire ce constat : «L’épouse s’est retrouvée ensuite sous la pression de l’imam, de l’avocat et de l’animatrice de l’émission, et contrainte de céder à la volonté de son époux, sans prendre compte de sa souffrance et celle de ses enfants durant 19 ans de mariage

Pour le gendarme de l’audiovisuel, «le traitement de ces cas requiert des psychologues et la consultation des services sociaux, en sus d’une expérience professionnelle avérée des animateurs, pour ne pas se laisser entraîner par la quête de la célébrité et la réalisation d’une d’audience élevée, au détriment de la dignité humaine».

 Il faut dire qu’avec la multiplication effarante des atteintes à la dignité et à l’intelligence des Algériens de la part de ces chaînes de télévision, l’ARAV a bien du pain sur la planche .