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Essai Kamel Kateb - "L'émergence des femmes au Maghreb"

Date de création: 05-07-2020 19:20
Dernière mise à jour: 05-07-2020 19:20
Lu: 23 fois


POPULATION- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH-ESSAI KAMEL KATEB- « L’EMERGENCE DES FEMMES AU MAGHREB….. »

L’émergence des femmes au Maghreb. Une révolution inachevée. Essai de Kamel Kateb. Apic Editions Alger 2015 , 321 pages, 850 dinars

L’ouvrage fait partie d’une collection d’ouvrages soutenus par le projet Otma (Observatoire des Transformations dans le Monde Arabe), mené par l’Ined et l’Ird (France) .

Pour l’auteur, les transformations qui surviennent dans le monde arabe  sont à inscrire dans les temporalités propres aux évolutions démographiques . De ce fait, et les préfaciers  ( F. Guérin-Pace et J-Y Moisseron) sont d’accord avec lui pour dire que « l’émergence de sociétés réclamant explicitement la démocratie n’est pas seulement le produit d’une conscience politique soudaine , mais le fruit d’une accumulation de facteurs qui se sont constitués sur plusieurs décennies à travers plusieurs transitions : transition démographique, développement économique, révolution informationnelle , transition énergétique... »

L’auteur  tente  tout d’abord de répondre aux questionnements induits par la problématique du mariage : précoce ou tardif ?....à travers, entre autres , l’analyse de la dérégulation lente du marché matrimonial ...la scolarisation et le  prolongement du célibat .

 Il y a , ensuite, les conséquences des changements démographiques sur l’ordre social et religieux (célibat, nuptialité,  dissolution du système patriarcal...)

Enfin, il aborde la « révolution silencieuse au plus profond de la société », produite par une montée en puissance des femmes, aboutissant sur un « célibat prolongé pour un système matrimonial plus adapté » et l’ « autonomisation progressive du mouvement féminin »

A propos du phénomène « célibat prolongé » , l’auteur nous présente son interprétation de trois grandes catégories : Celle qui exprime une forme de contestation de l’ordre « établi sur la base d’une domination sans partage de la gente masculine, résultat de la compromission des élites avec  les forces conservatrices et religieuses »)  / Celle (la plus forte proportion ?) qui aspirerait « à conclure une union sur des bases amoureuses en bénéficiant de la liberté de choix du conjoint » / Celle (proportion importante des femmes célibataires.....dont certaines adeptes du modèle dit islamique ) qui resterait « inscrite dans le cadre du schéma matrimonial traditionnel ....et portée aux compromis nécessaires (voile, seconde épouse...) »

En définitive, c’est la femme maghrébine qui se retrouve , et pour un bon bout de temps encore , hélas pour toute la société , prisonnière (tout en détenant la clé de la libération, ce qui est paradoxal et pourtant....) du débat sans fin, malgré le contexte international favorable à une égalité totale entre les sexes et un droit internatioanl qui s’impose dans les législations nationales ,  autour de son statut dans la société . Prisonnière des forces qui souhaiteraient une Modernisation de l’Islam et les partisans de l’ Islamisation de la modernité .

Elle n’a pas fini d’en « baver » ! Comme toujours.

L’Auteur :Docteur en démographie , il est chercheur démographe en France . En fait, un parcours de démographe et d’historien.....mais intellectuel engagé.Auteur de plusieurs ouvrages : « La fin du mariage traditionnel ? 1876-1998 »  en 1998 , « Ecole, population et sociéte en Algérie » en 2006,« Européens, Indigènes et Juifs en Algérie, 1830-1962 »...

Avis : Etude comparative rigoureuse et très documentée (annexes fournies.....dont des « extraits du Coran relatifs à la nuptialité, à la polygamie, aux relations sexuelles, à la répudiation, à l’adultère......ainsi que les « réserves de l’Algérie et de la Tunisie sur certains articles de la Cedaw de décembre 1979 »)    . Des clés d’interprétation du changement social auMaghreb à travers toutes les dimensions .

Citations : « Le niveau de mobilisation des femmes maghrébines est probablement en deçà des besoins, alors qu’elles ont le plus à gagner dans cette révolution silencieuse, au contraire des hommes,  qui auront dans un premier temps à céder une parcelle d’un pouvoir qu’ils ont détenu sans partage pendant des siècles »( p 151),  « Le refus des pouvoirs politiques et d’une partie de la société d’accepter l’autonomie de pensée des individus, et leur volonté de limiter l’exercice des libertés individuelles renforcent les tendances à la mobilisation de la religion (capital symbolique) sur le terrain politique et juridique » (p 219), « La scolarisation massive des filles a engagé un processus irréversible de transformation des sociétés maghrébines qui ne pourrait être remis en cause que par un triomphe complet d’un projet politique totalitaire génocidaire » ( p 229)