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Président A. Tebboune- Interview France 24, S 4/7/2020

Date de création: 05-07-2020 15:06
Dernière mise à jour: 05-07-2020 15:06
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VIE POLITIQUE- DOCUMENTS POLITIQUES- PRESIDENT A. TEBBOUNE- INTERVIEW FRANCE 24, S 4/7/2020

© Synthèse El Moudjahid/Mesbah Ahmed, dimanche 5/7/2020

Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a accordé, samedi 4 juillet 2020, une entrevue à la chaîne France 24, au cours de laquelle il a évoqué les relations algéro-françaises, les développements en cours dans la région et nombre d’autres questions.

A propos de la pandémie de la Covid-19, le président a indiqué que le déconfinement progressif a induit une hausse des personnes atteintes. Il ajoutera que les mesures prises par le Conseil scientifique de suivi de la pandémie doivent été respectées par tous les citoyens mais que les traditions ont pris le pas sur les recommandations. La propagation de l’épidémie est due aux contextes familiaux comme les cérémonies de mariage et de circoncisions. «Nous avons demandé à tous les responsables d’interdire ces fêtes», a-t-il indiqué.

Par ailleurs, «il y a des jeunes qui ne croient pas à la Covid-19 et pensent que c’est un spectre qu’on utilise pour les confiner et essayer de les empêcher de s’exprimer», ajoute-t-il.

 

A propos de la réouverture des frontières, le président a souligné que des décisions seront prises «en fonction de nos capacités».

Depuis l’apparition de la Covid-19, toutes les personnes entrant sur le territoire doivent été confinées pendant 14 jours, a-t-il mentionné, précisant qu’entre 40 et 50 personnes contaminées ont été détectées parmi les rapatriés.

 

Le président Tebboune a aussi été interrogé sur une éventuelle cessation de paiement du pays. A ce propos, il a affirmé que l’Algérie n’est pas en danger. «On l’exclut totalement. Les réserves de change suffisent pour un ou deux ans», a-t-il répondu, expliquant que la situation du pays est différente de celle de 1991 étant donné que la production locale a connu une amélioration. Il citera en exemple la production de 25 milliards de dollars dans le secteur agricole. Un fait qui a permis à l’Algérie de ne pratiquement rien importé en produits agricoles.

«Iriez-vous vers le FMI ?», interroge le journaliste de France 24. «Nous préférons l’éviter. Nous sommes un pays social avec des transferts sociaux à des montants énormes», dit-il. «Nous excluons de solliciter le FMI avec lequel nous sommes en relation», a-t-il souligné.

Le président s’est aussi exprimé sur le Hirak en indiquant qu’il exercera ses prérogatives chaque fois que c’est nécessaire lorsqu’il s’agit de se pencher sur l’éventualité de libérer certaines personnes qui y ont participé. Il est possible de libérer des prisonniers «car si on ne peut pas s’entendre sur une démarche, nous irons vers un climat apaisé», dit-il.

 

Il mentionne que la justice a agi avec certaines personnes, en détention ou qui ont été libérées, pour incitation à mutinerie. «Ce qui est interdit», relève-t-il. Concernant la presse, il notera que l’Algérie est le seul pays à disposer de 160 quotidiens «aussi caustiques les uns que les autres» , indiquant  que l’insulte et l’invective ne sont pas permises par le code pénal.

 Le référendum sur la Constitution en septembre ou en octobre

 Le président de la République s’est aussi exprimé sur le calendrier de la révision de la Constitution. Si l’épidémie s’atténue, «on peut aller vers un référendum en septembre ou en octobre», dit-il, en ajoutant que le dialogue autour de la Constitution a continué et s’est même accélérée avec la réception de 2.000 propositions de changement, de retrait d’articles ou d’ajout. Il indique que le comité chargé de l’élaboration d’une mouture de révision de la Constitution a été élargi pour recueillir plus de propositions. Des verrous sont mis qui interdisent à l’avenir tout glissement vers le pouvoir personnel, a dit le président.

A propos d’une éventuelle intégration des acteurs du Hirak, il mentionne que ce n’est pas exclu s’il y a des constitutionalistes parmi eux. La Constitution retiendra-t-elle le régime semi-présidentiel ? Le président répond que le modèle retenu sera totalement algérien. «Nous allons vers un texte qui nous sera propre. Nous n’irons pas vers le mimétisme», a souligné Abdelmadjid Tebboune.

Le Président Tebboune explique que le régime semi-présidentiel accorde énormément de pouvoir aux Assemblées élues et que l’APN peut créer des commissions de contrôle. Le chef de l’Etat a aussi abordé les procédures judiciaires contre de membres de l’ancien régime.  A propos d’une éventuelle convocation par la justice de l’ancien Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, M. Tebboune a annoncé que la justice est libre et qu’elle s’est prononcée. Les faits avérés ne sont ni politique ni résultant d’instructions.  

«Si la justice le demande, c’est son affaire mais cela ne s’est pas fait pour l’instant», assure-t-il. Le président de la République affirme qu’il n’a pas été favorable au cinquième mandat de Bouteflika. «Je n’ai jamais été pour le 5e mandat», dit-il expliquant que l’histoire du 5e mandat n’a commencé qu’en 2018 alors qu’il était, selon ses propres mots, «éjecté» dès 2017. «Je trouve que c’était aberrant il n’avait plus la parole. Il ne pouvait pas s’exprimer», ajoute-t-il. A propos des relations algéro-françaises, le président relève qu’il a eu une rencontre avec son homologue Emmanuel Macron à Berlin avec lequel il a discuté de beaucoup de sujets, ajoutant que l’Algérie est un pays pivot dont la parole compte «Avec M. Macron, on peut aller loin» dans le règlement du dossier de la mémoire, dit-il. Il déclare que Macron est quelqu’un d’honnête qui veut apaiser la situation et permettre aux relations bilatérales de retrouver leur niveau naturel. «Je trouve que Macron est très sincère et très honnête du point de vue historique», ajoute-t-il.

Le chef de l’Etat n’exclut pas des visites qui sont, d’ailleurs, au programme. Néanmoins, il évoque un problème de calendrier car ce sera une visite d’Etat.

Le calendrier est très chargé et préparer cette visite nécessite une absence de 10 jours ce qui compte énormément «dans mon calendrier», particulièrement en cette période de crise sanitaire, dit-il.

Evoquant la restitution de 24 crânes de combattants algériens, le président a dit que d’autres dossiers sont en discussion avec le Président Macron à l’exemple des essais nucléaires. «Il a été très réceptif et compréhensif à la demande algérienne et conscient que c’est une nécessité pour nous», a souligné le Président Tebboune qui rappelle que le Président Macron a eu le courage de dire que la colonisation est presque un crime contre humanité et qu’il faut régler ce problème. «On a reçu des demi-excuses et en France, on parle, désormais, de massacres de Sétif.»

«Avec le président Macron, nous n’avons ni animosité ni haine. On doit affronter le problème de mémoire», soulignera le président de la République.

«On souhaite des excuses pour rendre le climat plus serein pour des relations de voisinage d’autant plus que 6 millions d’Algériens vivent en France», dira-t-il.

 En Libye, on risque de glisser au-delà du schéma syrien

 A propos de la situation en Libye, le président avertit qu’«on risque de glisser au-delà du schéma syrien» et qu’il en a discuté avec le Président Macron. Il préconise un cessez-le-feu pour construire un Etat sur la base d’une légitimité populaire.

Il explique que les tribus libyennes sont restées sages mais qu’elles risquent de s’armer et ce sera le schéma somalien avec un risque de faire du pays un sanctuaire de terroristes. A propos de la médiation pour laquelle il ne désespère pas, le président affirme que «nous sommes en relation avec tous les Libyens. Nous sommes à équidistance des uns et des autres», dit-il. «Je suis prêt à accueillir toutes les parties», a-t-il confié.

Pour le président, il faut aller vers la solution définitive en consultant la population en organisant des élections pour aboutir à des institutions transitoires de manière large et aller vers une Assemblée nationale avec un président et des vice-présidents et améliorer la Constitution.

L’un des sujets abordés par le président a trait aux relations avec le Maroc. Chez les Marocains l’escalade était verbale aujourd’hui, ils passent à une autre escalade. «Nous souhaitons le bonheur des Marocains avec lesquels on n’a aucun problème et la sagesse a toujours prévalu entre les deux pays», ajoute-t-il. «Il n’y a aucun problème avec les Marocains qui ont un problème avec nous et qui nous prêtent des intentions. Chaque fait interne est analysé selon leurs arrière-pensées. Nous n’avons aucun problème avec le roi du Maroc», conclut-il en se disant prêt à accueillir toute initiative de notre voisin de l’Ouest.