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Essai Tessa Ahmed - "L'impossible éradication. L'enseignement du français en Algérie"

Date de création: 30-06-2020 17:09
Dernière mise à jour: 30-06-2020 17:09
Lu: 8 fois


EDUCATION- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI TESSA AHMED – « L’IMPOSSIBLE ERADICATION. L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS EN ALGERIE »

L’impossible éradication. L’enseignement du français en Algérie. Essai de Ahmed Tessa (préface de Amine Zaoui). Editions Barzakh, Alger 2015, 213 pages, 730 dinars

C’est bien vrai ce qu’avance le préfacier : le livre nous plonge dans un roman historique cauchemardesque !

A travers son essai, Ahmed Tessa  remonte le temps présent, celui d’après l’Indépendance, pour nous retracer le processus (forcé et accéléré)  d’arabisation et de dé-francisation du système éducatif national ; la politique , l’idéologie, le chauvinisme, le national-baâthisme et l’esprit de « vengeance » (inexpliqué mais explicable ) étant assez présents. Résultat des courses après plus de cinquante ans : notre système éducatif (de l’école primaire à l’université) baigne dans une ignorance certaine, flirtant sans cesse avec les bas des tableaux des divers classements internationaux ….les premiers résultats de la catastrophe éducationnelle apparaissant clairement au milieu des années 80. Ne pas s ’étonner donc des dérives cultuelles et sociétales qui ont suivi !

En fait, ce n’est pas langue arabe en elle-même qui est la coupable. Le seul et unique coupable ,selon l’essayiste, pédagogue averti et observateur chevronné du paysage éducationnel national (et international), ce sont les orientations politico-idéologiques qui ont décrété la généralisation aveugle et « au forceps » de l’arabisation du système scolaire , nonobstant le fait que les filières scientifiques de l’enseignement universitaire continuaient d’être assurées en français …..D’où les dysfonctionnements qui mineront l’école et l’université sur plusieurs décennies. Entre autres,et l’auteur en parle, par ailleurs, une conséquence grave : la (-)  connaissance,  de notre patrimoine culturel  historique et socio-politique (accumulé durant les premières décennies et même avant) , par les nouvelles  générations (post-80 surtout) arabisées sans connaissance de la langue française.

Autres conséquence grave ; la mise en place d’une école à deux vitesses (à « deux collèges » pour reprendre le vocable colonial) , l’une destinée aux « enfants du peuple », l’autre n’étant à la portée que des nantis (soit par l’envoi à l’étranger, soit dans les écoles privées de plus en plus nombreuses, et pour les enfants de la nomenklatura (dont beaucoup d’apôtres de l’arabisation forcenée) , l’établissement français (Lycée Bouâmama, ex-Descartes auparavant ou  Lycée international maintenant)

L’auteur présente bien  l’étude de l’existant, l’analyse des causes et un  diagnostic ainsi qu’il fournit des propositions pour s’en sortir. Sur la base du concept de l’« Education transculturelle » . Les efforts de l’actuelle ministre de l’Education nationale vont dans  ce sens. Mais, sachant combien de « projets de réformes » , combien de « commissions »  et combien de ministres ont déjà «  échoué », l’optimisme n’a pas le vent en poupe. On continuera donc, et on ne le souhaite pas pour le bien du pays et des ses enfants, à « sabiriser » le français, à baragouiner l’arabe , à miser sur le tamazigh, à fuir vers l’anglais quand ce n’est pas le chinois  et à construire une nouvelle langue algérienne, porteuse d’ « identité meurtrière » , comprise seulement par ses élèves . Sauf si on laisse Mme Benghabrit, la ministre en poste ,  aller jusqu’au bout de sa stratégie ! Ce qui n’est pas sûr.

L’Auteur : Il est (ancien)  normalien et il a exercé dans tous les cycles du système scolaire. La retraite venue,  il a fondé la première revue d’éducation (bilingue) consacrée à « L’Ecole et le vie » (titre), de 1992 à 1998. Collaborateur aux rubriques Education de plusieurs revues et journaux algériens comme El Watan , il participe également à des émissions éducatives radiophoniques (dans les trois langues : français, arabe et tamazigh) . Il a même été ,un certain temps , conseiller chargé de la Communication, au ministère de l’Education nationale

Avis : A ne rater sous aucun prétexte…mais attention à l’apoplexie ; le conseil , cette-fois ci, étant adressé aux francophones dont les enfants ont été victimes de la « mise à l’écart » . Un livre à traduire en arabe et en tamazight, absolument, si l’on veut qu’il y ait, enfin, une prise de conscience générale et nationale …..Bien qu’il soit , à mon avis, trop tard !

Citations : «  En Algérie, on réfléchit et on gouverne en français. Le français est la langue du pouvoir et pour le pouvoir. Langue de la décision ! En Algérie, on prie et on prêche en arabe. L’arabe est la langue de la religion musulmane et du religieux. En Algérie, on milite et on chante en tamazight. Le  tamazight est une langue de résistance et de la chanson engagées. Chant juste et de justice » (p 13), A bien des égards, l’Algérie « révolutionnaire » a réussi l’impensable : mettre une école à deux vitesses ou, pour reprendre le vocable colonial, une école à deux collèges »  (p 27, Amine Zaoui, préface), «  Le pouvoir politique a arabisé l’école au même rythme qu’il a nationalisé les terres et les entreprises privées : d’un simple trait de plume sur un décret ou une loi » (p 53), «  Le processus d’arabisation tel qu’il a été mené reflète la stratégie du conflit » (p 55) , « Pire que le choc des civilisations , c’est le choc des ignorances qui guette les pays monolingues » (p 145), «  Le patriotisme ne se lit ni dans la couleur de la peau, ni dans l’idiome parlé et ni dans la religion pratiquée. Il se vit par l’intensité qui rattache l’être humain au sol natal » (188).