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Roman Maissa Bey- "Hizya"

Date de création: 30-06-2020 17:06
Dernière mise à jour: 30-06-2020 17:06
Lu: 3 fois


HISTOIRE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN MAÏSSA BEY- “HIZYA”

Hizya.  Roman de Maïssa Bey. Editions Barzakh, Alger 2015, 297  pages (+ 18 pages d’un très, très beau cadeau ;  le poème intégral, en arabe et en français – une traduction de Constantin Louis Sonneck datant de  1902 -  Hizya de Mohamed Ben Guittoun, avec ses notes explicatives ), 900 dinars

En somme, l’histoire est assez banale…….et c’est ce qui fait son importance. En ce sens qu’elle concerne toute une population de jeunes ….filles en fleurs……vivant dans une société entourée de modernité mais encore bloquée dans des archaïsmes sociétaux . Un monde en voie de disparition mais qui résiste, qui résiste, brimant ou brisant les espoirs et , parfois, des vies.

Elle a 23 ans, elle vit au sein d’une famille modeste  dans une habitation modeste non loin de  la Casbah d’Alger. Père modeste s’accrochant à la « famille révolutionnaire » et mère modeste  attachée aux traditions. Elle a réussi à faire des études universitaires, mais, hélas, le chômage l’oblige à exercer un autre métier dans un salon de coiffure ….pour dames, bien sûr….défouloir  emblématique de la société . On s’y raconte tout ou presque tout. Plus et mieux qu’au hammam.

Son drame, être toujours célibataire…Son autre drame, elle s’appelle Hizya et elle est totalement possédée par  le fameux poème de Mohamed Ben Guitoun (1878) qui a chanté l’amour fou de l’autre Hyzya , la légende des Hauts plateaux, pour Sayed son cousin . Elle veut vivre un grand amour ! Hélas, elle n’a pas de cousin.

Un véritable combat , harassant, épuisant qu’elle raconte en contant la société qui l’entoure : sa famille, ses collègues, la rue ….et ses rencontres amoureuses. Oh, pas beaucoup. Dans une quasi-clandestinité et la peur au ventre. Oh, pas beaucoup ! La première ! Classique, normale, grâce au hasard. Un jeune homme de famille modeste  mais bien nanti et bien de sa personne (voiture, commerce, appartement , respectueux des conventions….bref respectable et il ne va pas imposer  – pas encore-  le foulard). Pas le coup de foudre mais un coup de blues pour voir si l’herbe n’est pas plus verte  ailleurs. La seconde !  Imposée…par quelqu’un aussi fou de Hyzia qu’elle . Pas beau mais pas moche . Il la poursuit  de regards et de messages adorateurs….En fin de compte ,elle refuse le second, pourtant correspondant à ce dont elle a toujours rêvé et se  « plie » aux conventions sociales établies en continuant sa route avec le premier (le pas mal de sa personne) . Une vie « normale », banale , l’attend. Elle le sait, bien loin de ses rêves et de celui qui l’aime « comme un fou » et qui a su se retirer sans faire d’histoires ….Dur, dur, de se sortir d’une réalité et d’une société qui interdit le rêve.

L’Auteur : Née en 1950 à Ksar El Boukhari, études universitaires, enseignante de français, militante active de l’action associative (en faveur du livre et de la lecture) , auteure d’un grand nombre de romans  (des poèmes , des nouvelles et des pièces de théâtre aussi) et lauréate de plusieurs prix (Grand prix des libraires algériens pour l’ensemble de son œuvre en 2005, Grand prix du roman francophone du Sila 2008…..) , vivant en Algérie …… Elle n’est plus à présenter  .

Avis : Un véritable manuel d’émancipation féminine (avortée !).  Bien écrit comme toujours , bien sûr ! Ecriture à deux voix assez originale: l’une qui raconte la vraie vie , quotidienne,  à la première personne du singulier (le « je »)  , l’autre (la voix du subconscient) qui revient sur les contradictions de la société et sur la vie intime.

Citations : « Les barreaux aux fenêtres……Les barreaux existent toujours. C’est, même, dans la plupart des maisons, l’un des rares éléments architecturaux que l’usure du temps a épargnés » (p 59),  «  Famille : ensemble d’individus dont chacun ne donne à voir que la partie éclairée de lui-même. Quand il n’est pas totalement enfermé dans sa bulle  »  (p 75), « Dès que tu parles de liberté, ici, on pense sexe, débauche et coucheries. Ce mot-là, « liberté » , ne peut pas, ne doit pas être conjugué au féminin. C’est quoi, une femme libre ? Une pute, rien de moins , rien de plus ! » (p 97),  «  A quoi ça sert  la peinture, la beauté, la culture ? A rien, à rien !Ça ne change rien à ta vie, à votre vie. Si, mais si……ça te fait prendre davantage conscience du reste » ( p 166), «  C’est la matière des rêves qui nous aide à supporter la lumière du jour » (p 199), « Finalement, les jeunes ont bien raison d’écouter des chansons raï……Elles clament haut et fort ce qui ne se dit pas. Ce qui ne doit surtout pas se dire. Leur vie. Leurs désirs… » (p 245)