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Mémoires Guy Bedos- "Mémoires d'outre mère"

Date de création: 30-06-2020 17:00
Dernière mise à jour: 30-06-2020 17:00
Lu: 4 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- MEMOIRES GUY BEDOS- « MEMOIRES D’OUTRE-MÈRE »

Mémoires d’Outre-mère.  Mémoires de Guy Bedos. Casbah Editions, Alger 2015 (Editions Stock, 2005), 193 pages, 650 dinars

Ce sont des mémoires ou, bien plutôt des souvenirs en miettes d’un homme qui , enfant, a beaucoup souffert du désamour familial dans une famille éclatée, dans un pays natal trop tôt quitté, au sein d’une société européenne (dont la mère et le beau-père) aux comportements méprisants sinon racistes à l’endroit des Arabes. Tout cela compensé un peu par l‘affection d’une «nounou » affectueuse , un institutrice algéroise  à laquelle, d’ailleurs, il dédie le livre, Finouche….. sa « vraie maman » et qui a fait de lui « un citoyen du monde » 

Bedos raconte  donc sa vie, son enfance, ses haines, ses joies….et l’Algérie

D’abord Souk Ahras , à sortir de sept ans. De Kouba auprès de Finouche à une ville frontalière (de la Tunisie) ….avec une guerre (2è guerre mondiale) qui se rapproche. Les Américains et les Anglais arrivent et la petite ville est leur base arrière…Vus par le petit Guy comme des occupants bien plus que comme libérateurs…..surtout en raison de « leur façon qu’ils ont, depuis leurs Jeep et leurs Dodge, de balancer leurs paquets de pain de mie et leurs chewing-gums sur la tête des petits

Ensuite, la confirmation de on « engagement »   lorsqu’il a découvert et lu , plus tard, les articles d’Albert Camus (du 5 au 15 juin 1939 dans Alger Républicain) sur l’extrême misère en Kabylie. Il a su « comment les responsables gouvernementaux de l’Algérie française d’alors, censés transmettre aux populations indigènes les bienfaits de la civilisation, les ont tranquillement laissées crever, dans l’indifférence et le mépris de leur bonne conscience »

Enfin, en 1988, lorsque revenu (avec Mireille Dumas pour les besoins d’un film documentaire sur sa vie) accompagné de son fils Nicolas alors âgé de neuf ans, il a retrouvé Constantine et la rue Caraman et le Pont suspendu. Puis Annaba , puis Alger (avec une visite sur la tombe de son père) et Tipasa. Une remuante équipée de quinze jours…en « état d’hypnose ». « Contact charnel avec ma terre natale » écrit-il  . Il était « bien » . Il paraît que le film avait plu même aux « pieds-noirs » partisans de l’extrême droite ….. « tous   n’étant pas des colons exploiteurs de la misère algérienne  »

Un grand regret en filigrane de tout le récit : celui de ne pas avoir été aimé (assez ou pas du tout) comme il l’aurait souhaité par sa mère…le drame , c’est qu’elle a vécu très , très longtemps, « loin » de lui.

L’Auteur : Pied-noir d’ascendance espagnole, né à Alger le 15 juin 1934, balloté au sein d’une famille recomposé entre Kouba, Souk Ahras, Constantine , Annaba….arrivé à 16 ans en France (en juin 1950), ayant refusé de faire son service militaire durant la guerre d’Algérie (grève de la faim et réformé  …pour maladie mentale), artiste de music hall et humoriste, acteur de cinéma et de théâtre, scénariste, journaliste, écrivain…..Homme de gauche sans lien avec un parti…proche de F. Mitterand et de M. Rocard (qu’il ne manque pas de « moquer » dans ses spectacle ) et d’Albert Camus . Trois mariages et quatre enfants dont Nicolas (le seul garçon) , son digne héritier.

Avis :  De l’émotion plein les pages….. L’Algérie au cœur et du soleil (avec quelques  nuages de nostalgie et de tristesse) plein les yeux.

Citations : « Si ma vie était un film, je dirais qu’il finit mieux qu’il n’a commencé «  (p 36), «  On m’a réformé pour maladie mentale. On a eu raison. Fou, je l’étais, de colère et de désespoir. Je n’ai donc pas de sang algérien sur les mains. Ni français «  (p 45) , ‘L’aura-t-on assez entendu de la bouche de quelques uns de ces hérauts de la classe dominante, ce fameux « Le peuple , je connais, j’en viens  » .(…) Je n’ai jamais observé comportement plus dur, plus implacable, plus indifférent au sort de l’autre, le subordonné, l’employé, l’ouvrier, que celui de ce nouveau riche - ancien pauvre, disait Coluche » (p 74), « On m’a trop fait chier dans ma jeunesse pour que je me laisse emmerder dans ma vieillesse ….Seuls les enfants , petits et grands auront encore accès à ma patience  » ( pp 83-84), « Lorsque les bougies commencent à prendre plus de place que le gâteau, l’anniversaire n’est plus une fête mais une commémoration » (p 145), « En ces temps incertains, seuls l’Art et l’Amour (et la Nature quand on lui fout la paix) nous offrent cette lumineuse pérennité qui nous aide à vivre et à mourir (p 193)