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Essai Rabeh Sebaa - "L'Algérie et la langue française...;"

Date de création: 29-06-2020 18:15
Dernière mise à jour: 29-06-2020 18:15
Lu: 6 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI RABEH SEBAA- « L’ALGERIE ET LA LANGUE FRANÇAISE….. »

L’Algérie et la langue française ou l’altérité en partage. Essai de Rabeh Sebaa (préface de Abderrezak Dourari). Editions Frantz Fanon , Tizi Ouzou 2015) , 110 pages, 500 dinars

Depuis plus d’un demi-siècle, le problème de la langue française ne cesse de tarauder et de chagriner les esprits d’une bonne partie de notre élite intellectuelle et politique (sic !) : on a eu d’abord les arabistes rejoints par les nationalistes mortellement anti-colonialistes et anti-impérialistes (pour la plupart francophones de formation), ensuite les baâthistes et autres pan-arabistes et enfin, tout dernièrement ,  les islamistes et autres crypto-islamistes. Au milieu de la tourmente, les choix furent, pour l’école algérienne, à chaque fois , car trop politisés, hasardeux, avec des résultats catatrophiques.Perte (de niveau mais pas de terrain) du français, gain quantitatif seulement de l’arabe conventionnel (littéral comme on dit) sans excédent qualitatif, oubli et/ou marginalisation des langues maternelles. Un grand gâchis qui  se paye cash. On comprend donc le (grand ) souci de nos chercheurs (je dis bien chercheurs et non charlatans et autres polémistes, perpétuels « chercheurs d’os ») d’aller au fond des questionnements majeurs liés au problème des langues en Algérie. 

Aujourd’hui, 63 ans après l’Indépendance, 60% de la population algérienne peuvent être considérés comme francpophones « réels » (30%) ou « occasionnels » (30%) . L’Algérie (qui n’est pas officiellement membre de la francophonie), est considérée comme le premier consommateur de produits culturels français en Afrique et dans le monde arabe. 600 000 étudiants dans les universités parlant tous, peu ou prou, le français. Elle se classe au deuxième rang mondial des pays de plus de 100 000 apprenants de français , loin devant le Québec. Ce qui en fait le second pays francophone au monde…Tout ceci sans parler des 40% restants de la population qui entretiennent un rapport quotidien à la langue française, langue  de leur environnement sémiologique et communicationnel . Sur les lieux de travail ou de passage, presse écrite francophone, panneaux et affiches publicitaires , enseignes commerciales,  bains linguistiques sonores, télévisuels et radiophoniques, « francophonisation à rebours » au sein des universités….

« Les pires ennemis de la langue arabe se nichent souvent parmi les arabophones et les premiers à avoir descendu la langue française en Algérie se trouvent parmi d’indécrottables francophones » écrit l’auteur. Des troubles des uns et des autres qui renvoient invariablement à un malaise social  qui perdure  et qui rend encore plus difficile le travail de réforme , d’ouverture ou de modernisation entrepris par certains gouvernants  du secteur de l’Education entre autres. On a perdu les fruits du talent de Malek Haddad , on a « tué » Mammeri, Mostefa Lacheraf l’a payé très cher , Boudjedra a bridé son génie et Nouria Benghebrit n’a pas fini de souffrir. De l’autre côté, Amine Zaoui , Waciny Lâaredj et Ahlam Mostaghenemi  essayent de colmater les brêches. Mais, ils  sont si seuls face aux  nouveaux radicaux.

L’Auteur : Spécialiste de l’anthropologie culturelle et linguistique, auteur de plusieurs autres essais, sociologue, enseignant-chercheur, collaborateur à la presse nationale

Avis : Un livre qui va …..droit au but. Démarche rigoureuse tout en étant simple et claire, loin de toute démagogie.A lire avec modération par les arabo-nationalistes car risque très fort d’apoplexie

Citations : «  Plus qu’un butin de guerre, selon la formule consacrée, la langue française était un instrument de guerre au service des Algériens » (p 10), « La langue française apparaît , jusqu’à présent, comme un legs historique difficile à intérioriser mais également comme pan de conscience linguistique impossible à refouler » (p 21), « La destinée de la langue française allait se trouver scellée par ou à cause des moyens mis en œuvre pour la bannir (….). C’est, paradoxalement, l’arabisation politique qui va conforter la francophonisation sociale. En d’autres termes, la confirmation sociale de la langue française s’est fondée sur les intentions politiques de son infirmation » (p 41), « La langue arabe conventionnelle , telle qu’elle est enseignée dans le système éducatif , n’est pas une  langue étrangère à la société  mais c’est une langue qui lui est extérieure. Elle reste en décalage par rapport à la sensiblité ordinaire des langues arabe et amazighe algériennes, sans leur être opposée. La proximité tant dans le son que dans le sens est plus que patente  » ( p 67) , « Sans être la langue officielle, elle (la langue française) véhicule l’officialité. Sans être la langue d’enseignement, elle reste une langue privilégiée de transmission du savoir. Sans être la langue d’identité, elle continue à façonner l’imaginaire culturel collectif de différentes formes et par différents canaux. Et, sans être la langue d’université, elle est la langue de l’université  » (p 69), « Si la langue française s’est emparée de la société algérienne une seule fois, la société algérienne, elle, s’est emparée deux fois. La première fois pour exprimer,et la seconde fois pour s’exprimer  » ( p 94)