Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Essai Said Sadi - "Algérie, l'échec recommencé"

Date de création: 28-06-2020 12:51
Dernière mise à jour: 28-06-2020 12:51
Lu: 43 fois


VIE POLITIQUE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI SAID SADI- « ALGERIE, L’ÉCHEC RECOMMENCÉ ? »

L’Algérie , l’échec recommencé ? (Edition enrichie d’un avant-propos et de documents inédits).  Essai de Said Sadi . Editions Fantz Fanon, Tizi Ouzou, 2015, 449 pages, 1 000 dinars.

Un livre –bilan. ? Plutôt un livre diagnostic. Sur l’état d’une nation, ses luttes, ses espoirs, ses ambitions …..et son échec. Ses échecs, tant ils se sont répétés au fil du temps  donnant cette détestable impression de continuel recommencement.

L’auteur, certes médecin, peut-être parce que médecin (et psychiatre de surcroît), militant très engagé s’étant frotté très tôt au terrain et à la chose politique , bien avant l’ouverture démocratique de 88, n’a fait, en réalité, que ré-éditer un ouvrage déjà publié en 96, mais cette-fois-çi enrichi d’un avant-propos et , en annexe, de documents « inédits ».

L’essentiel de l’ouvrage a été écrit, dit-il, en 1986 , dans le pénitencier de Tazoult-Lambèse et la prison centrale d’El Harrach. C’est tout dire sur l’aspect engagé et très corrosif des analyses. Boumediene et son « règne » sont  passés à la moulinette, Chadli et sa cour sont des   prédateurs, les clans ne se soucient guère du bien collectif, la jeunesse –  dans le mouvement national - « pas toujours éveillée à la nécesité d’une lutte organisée et se présentant hétérogène » …..Bref, « tous coincés et la fuite en avant…avec de la surenchère à gogo et le refus d’opérer des inventaires exacts »

Tout le reste est une véritable leçon d’Histoire politique du pays, l’accent mis, et cela est compréhensible , sur le mouvement berbère (national et non pas seulement limité à une région) , sa naissance, ou plutôt sa réémergence,  son développement, ses limites, les difficultés rencontrées et le retard historique de la société berbère …..et les fantasmes anti-berbères….surtout de la part des arabo-islamistes (commentaire complémentaire : une analyse réaliste et lucide des attitudes et des comportements qui, selon moi, est généralisable à une très grande partie, sinon la totalité,  de la société algérienne, ce qui démontre à mon sens que le peuple algérien est dans sa quasi-entièreté, d’essence et d’existence berbère, une identité que les « Histoires » ont éparpillé. Et, recoller les morceaux est une toute autre Histoire)

Livre orienté ? C’est assez compréhensible. L’auteur  fait partie d’une génération « qui a dû tout inventer » : sa méthode de lutte et une alternative qui prendrait en considération deux dossiers combattues par l’ordre politique en place : la question berbère (amazigh) et les libertés démocratiques. Vaste programme …programme dangereux.Et, peut-être, trop en avance sur son temps.Une pensée politique qui lui a valu bien des incompréhensions. Mais , aussi, la notoriété et un certain  respect.

 

L’ Auteur : Said Sadi est né en 1947 à Aghribs, en Kabylie. Médecin psychiatre, il a été l’un des principaux animateurs du Printemps berbère d’Avril 80. Militant des droits de l’homme, membre fondateur de la Ligue algérienne des droits de l’homme, à l’origine de l’installation de la première section d’Amnesty International en Algérie, il a connu bien des prisons.  Il a créé, en 1989, un des tout premiers partis politiques, le RCD qu’il a quitté en mars 2012. Depuis, il écrit, continuant ainsi à contribuer au débat national sur la Démocratie , la République et l’Identité.

Avis : Un livre en grande partie écrit en 1986….en prison (s) . Des questions toujours d’actualité. Dont le dernier chapitre, « A la recherche de la Nation » est à méditer. Un ouvrage assez (trop ?) engagé…..à l’image de l’auteur. Un lecteur averti en vaut plusieurs !

 Citations : «  Bien souvent, une simple anecdote peut constituer le condiment essentiel à la lecture de l’histoire algérienne » (p45), «  On n’est jamais aussi assuré de la victoire que lorsqu’on est sous -estimé par ses adversaires et qu’en plus on est averti de leurs faiblesses  » (p 70), « L’intellectuel algérien de culture française vécut (après 1962) culturellement apatride : Il n’eut même pas le rang que l’on octroie ailleurs au minoritaire » ( 88), « L’agressivité électrise l’atmosphère comme les détrirus le ras du sol » (p 112), «  On ne construit pas sans l’Homme, on ne réalise rien de durable contre lui. A trop vouloir l’ignorer, on s’enfonce dans la civilisation du malheur » (p 112), « L’absence de débat public avait amené l’Algérien à ajuster sa position politique, quand il en avait une , en fonction des sentiments que peut lui inspirer l’individu et rarement sur une idée ou un programme. Cette vacuité a fait que la violence verbale est prête à envahir la parole, le dialogue ne faisant pas partie de nos traditions «  (p 208), «  Quand on apris l’habitus de l’homme dominé, la pire des choses que l’on ait à subir est de voir l’un des siens émerger du lot » (p 306), « On en cultive pas sous serre une identité nationale » (p353)