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Mémoires Mohamed Said Mazouzi- "J'ai vécu le pire et le meilleur"

Date de création: 27-06-2020 11:45
Dernière mise à jour: 27-06-2020 11:45
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HISTOIRE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- MEMOIRES MOHAMED SAID MAZOUZI- «  J’AI VECU LE PIRE ET LE MEILLEUR »

 J’ai vécu le pire et le meilleur. Mémoires de Mohamed Said Mazouzi , recueillis par Lahcène Moussaoui.  Casbah Editions, Alger, 2015, 431 pages, 1 250 dinars

C’est le grand livre d’une grande vie d’un grand bonhomme . Un personnage fabuleux qui relate simplement, tout un immense pan de l’histoire de l’Algérie. Avec  des mots simples, avec des descriptions franches et claires .

Les « mémoires », recueillies par Lahcène Moussaoui -  un de nos plus brillants diplomates, encore bien prometteur, mais mis à l’écart  très tôt , comme beaucoup d’autres -   sont restituées avec fidélité .

Cela part du récit d’une enfance presque heureuse en tout cas « chanceuse » se déroulant entre Thasserdart,  Dellys, Alger et Tizi- Ouzou……enfance débouchant sur un engagement précoce au sein du Ppa (sans être structuré)  et pour les Aml-  engagement forgé par un terrain objectivement assez dur (l’arbitraire, l’injustice, le racisme et la ségrégation coloniale !) -   et grâce à l’exemple d’ aînés et d’amis exemplaires (dont Laimèche Ali, « un être extraordinaire , exceptionnel », décédé en 46, très jeune , à 21 ans à peine ; les frères Arbouz et Chader, Omar Oussedik, Omar Boudaoud, Hallit Ali,Si Ouali Benai et d’autres et d’autres….) et à des éducateurs (au sein de la famille et  à l’école) de qualité.

Il y a , ensuite ( arrêté presque par hasard, sinon par erreur , car il avait participé à l’hébergement du groupe ayant organisé l’attentat (raté en partie ) contre un Bachagha collaborateur) ,   « l’Ecole des prisons » .  D’abord la torture , ensuite   un itinéraire interminable dans  des prisons (en Algérie, en France, et encore en Algérie) à n’en plus finir….…..comme si , dans la foulée, on voulait aussi punir toute la famille, leurs engagements et leurs refus . Le voilà donc  face à d’autres épreuves, une autre expérience politique, peut-être plus productive et plus enrichissante  que le combat extérieur lui-même . Et,surtout, des rencontres émouvantes, étonnantes mais   toutes enrichissantes…de militants de tous âges, de toutes confessions , de toutes idéologies et de toutes les régions du pays (dont Hamma Boutlelis, Abane Ramdane, Rabah Bitat, Ali Zamoum, H.Zahouane, Dr  Masboeuf, T. Boulahrouf , la fidaï Yasmina Belkacem, amputée des deux jambes et âgée à peine de 15-16 ans, Briki Yahia….et, Abassi Madani) : « La prison, par delà ses épreuves et ses misères, aura été  (…) une irremplaçable école »  .

Il restera emprisonné dans les geôles coloniales durant 17 années , jusqu’à l’Indépendance. Le dernier à en sortir ! Le reste (la retraite y compris) est une toute autre histoire, encore plus passionnante. Au service exclusif du pays (dont 9 années au ministère du Travail et des Affaires sociales,  entouré par une « équipe d’enfer » et avec pour fait de gloire, encore inscrit dans les mémoires ,« l’Action culturelle », une activité coachée par A. Zamoum, et  menée en milieu des travailleurs et ce, grâce à Kateb et Issiakhem, «  des génies, un duo infernal »….et un passage éclair aux Moudjahidine (de loin celui dont il « gardera le moins de bons souvenirs » ) …et au sein du Parti du Fln jusqu’en  84……avec des moments de fierté et de satisfactions   ainsi que bien de déceptions. Face à un système  « qui a pris fin et qu’il fallait changer . Totalement ». Le système a survécu…. « et la pauvre Algérie est, chaque jour, plus éloignée des lendemains qui chantent ». Mais, toujours l’espoir ! Ce qui en fait l’homme politique, nullement politicien,  le plus  « sage »  de notre univers politique contemporain. Notre Mandela ! Longue vie, Si Mazouzi.

L’Auteur :. Il est né en 1924 à Alger , au cœur de la Casbah (chez ses grands parents). Fils de caïd et petit-fils de caïd et petit-fils d’un mufti malékite de la Mosquée d’Alger, il a grandi en Kabylie, à Thassedart (Makouda). Enfance dans une famille relativement aisée, des études à l’école coranique et à l’école publique….Dellys…Lycée Bugeaud d’Alger (futur Abdelkader) , Lycée de BenAknoun (futur El Mokrani). Un matheux obligé à faire la section classique avec du latin . Mais aussi, déjà, un bagarreur et un révolté. Septembre 39, l’envol  académique est brisé par la « préparatifs »   de la guerre et retour au bercail dans une famille dont il était séparé depuis 7 annnées.Des mois terribles . Dès l’âge de douze ans, il sait déjà manier le fusil. Suite à un attentat perpétré contre un bachagha, il est arrêté le 15 septembre 1945….

 Avis : Il était temps.On en avait tellement besoin de ces exemples d’engagement sans faille  , de convictions inébranlables, d’humilité , de bonté et de calme  à toute épreuve , de hauteur de vues, de modernisme et de progressisme. Au passage, bravo à Lahcène Moussaoui, qui sollicité par notre héros, a su recueillir, avec fidélité, l’aventure fabuleuse de Si Moh Saa et la « retranscrire » avec clarté.Un témoignage qui permet même sinon de  rétablir certaines « vérités », du moins de « remettre bien de pendules à l’heure »  . Admirateur de Ferhat Abbas… et de Boudiaf…, peut-être un peu dur pour Ben  Bella (« Désintéressé…. mais il n’avait que la maladie du pouvoir »)  , un peu trop compréhensif de l’ère Boumediène (« un leader, un grand chef  » )  , vraiment trop sévère pour celle de  Chadli (« Il n’était pas fait pour diriger un pays.. ») soutenant Zeroual (« il a fait ce qu’il a pu »)….et tétanisé par un présent « de déchéance imméritée » ? Pages les plus prenantes , les plus émouvantes , de la 99ème  à la 204ème , celles décrivant les premières journées de liberté dans une Algérie enfin indépendante. On (je pense tout particulièrement à ceux qui ont vécu ces moments) en a les larmes aux yeux.

Extraits : « Je n’ai pas fait l’Histoire, je suis, au plus, un témoin de l’Histoire « (p 14), «  L’algérianité, le patriotisme sont une quête permanente , une disponibilité et un don de soi qui ne doivent jamais s’arrêter.L’algérianité au sens complet du terme ne peut être un fait dû à une paternité ou un lieu de naissance, ni un acquis simple et définitif » (p 25), « Il y a des êtres humains, des personnes qui même dans les pires situations, gardent toute leur humanité et sont capables d’actes qui nous rappellent qu’il faut toujours se garder des généralisations abusives »  (p 75),  « Tout s’explique et tout est à la portée de l’homme. Toute est possible, pourvu que l’on soit libre de le faire et apte à le faire » ( p79) , « Comment veut-on que l’Algérien aime l’Algérie s’il ne connaît pas l’Algérie, la vraie ? Quand on ne connaît pas quelque chose, on ne peut pas l’aimer » (p 132), «  Un pays, un régime politique a besoin de s’actualiser, se renouveler, se regénérer. Faute de quoi, il se condamne à la régresion, à l’abîme » (p 366).