Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Essai Pierre Nora - "Les Français d'Algérie"

Date de création: 26-06-2020 11:20
Dernière mise à jour: 26-06-2020 11:20
Lu: 68 fois


POPULATION- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI  PIERRE NORA – « LES FRANÇAIS D’ALGERIE »

Les Français d’Algérie. Essai  de Pierre Nora. Edition revue et augmentée. Avec un document inédit (lettre à l’auteur) de Jacques Derida ainsi qu’un Dossier critique avec des articles d’époque  de Jean Lacouture, Albert-Paul Lentin et Germaine Tillon. Hibr Editions   , Alger   2013,  340  pages, 650 dinars

Au commencement était l’Algérie . Deux ans de séjour. Puis,  il pubie, à son retour, en France, un article (« J’étais professeur en Algérie »), son tout premier, dans ……France –Observateur ( l’ancêtre du Nouvel Observateur ) lancé alors par Jean Daniel , un natif de Blida, transfuge de l’Express)…..le 27 octobre 1960, le jour même de la première grande manif ’de l’Unef à Paris, contre la guerre et qui s’était heurtée à de violentes charges de police. Au côté de Jean-François Revel. Rencontre avec l’éditeur Bourgois… «  On sent que vous avez beaucoup plus à dire !». La suite est connue. Un essai va naître , vite transformé en livre. Il a donné d’ailleurs lieu à moult polémiques et réactions  dont la plus volumineuse et lumineuse  est celle de Jacques Derrida (un juif Algérie séfarade « affranchi » libéral)

L’esprit de l‘essai est clair : décrire, à travers une population, un système (colonial) vivant de sa dénégation et d’une prétention nationale….. « enfermant un million de français dans une forme d’immobilisme historique suicidaire au regard de la dynamique arabo-musulmane, dans un rapport de maître-esclave, de haine-amour, d’attachement passionnel à la fois à une métroppole  où beaucoup n’étaient jamais allés, et à cette Algérie natale de leur enfance … ».  Un complexe jamais décrit comme tel auparavant, saisi dans son « enkystement mental »….  par l’historien  juste «  à l’heure où il mettait la France au bord du gouffre et au ban des nations »… . Conclusion : « Une situation coloniale de ce type ne pouvait se convertir pacifiquement en indépendance nationale » 

L’Auteur : Juif askhénaze (« émancipé »), il a connu l’Algérie en 1958 et y avait séjourné deux années , après son agrégation d’histoire , en enseignant au lycée Lamoricière d’Oran (devenu par la suite Pasteur)  . Grand éditeur, spécialiste des « lieux de mémoire »,  membre de l’Académie française depuis 2001, actuel compagnon de Anne Sinclair, il s’était opposé à la loi française ,néo-colonial(iste) et revencharde,  du 23 février 2005 portant « reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés »

Avis : Lecture nécessaire à tous ceux qui veulent et doivent « déconstruire » l’histoire coloniale de la France …pour en « décoloniser » , là où il faut, et scientifiquement, tous ses pans, sans exception,  et la traiter, enfin,  avec  objectivité.Un grand absent  du livre, noté d’ailleurs par J. Derrida sans sa fameuse lettre : « Le Fln, ceux qui le soutiennent et qu’il guide ». Il est vrai « qu’à lui (…)  , la gauche française ne s’adresse, directement, presque jamais. C’est peut-être dommage »

Extraits : « La guerre d’Algérie a creusé le fossé entre la politique et les intellectuels et contribué , chez ces derniers, à la formation d’une communauté consciente d’elle-même, au-delà de ses divisions » (p 30), «  « Le racisme apparaît , à plein, en période de crise et les cris de morts des femmes françaises d’Alger, en décembre 1960, ne firent que traduire un sentiment profond et permanent. C’est que la colonisation est intimmement liée au racisme» (Introduction, Charles-André Julien, p 57),   « La nation algérienne s’est forgée dans la lutte qui lui a donné conscience de son originalité et de son unité »(Introduction, Charles-André Julien, p 61), « Le seul lien commun entre tous les immigrants français et européens (en Algérie)  fut une psychologie de déclassé vis-à-vis de leur propre nation. A un titre ou à un autre, tous ceux qui vinrent s’installer en Algérie avaient une vie manquée derrière eux » (p 105).