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Recueil lettres Bachir Hadj Ali- "Lettres à Lucette....."

Date de création: 23-06-2020 17:39
Dernière mise à jour: 23-06-2020 17:39
Lu: 43 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- RECUEIL LETTRES BACHIR HADJ ALI- «  LETTRES A LUCETTE…… »

Lettres à Lucette, 1965-1966. Centrale de Lambèse,-Annaba-Dréan-Annaba. Recueil de lettres de Bachir Hadj Ali (préface de Naget Khadda). Rsm Communication, 401  pages , 830 dinars, Alger 2002

Une histoire hors du commun que celle de Bachir et de Lucette-Safia

Tout d’abord, un fait extrêmement rare, donc curieux, donc à relever……et prémonitoire : Bachir et Lucette (originaire d’Oran, née Larribère, l’oncle étant celui qui avait « inventé » l’accouchement sans douleur) sont nés le même jour (un 8 mars…Journée internationale de la femme) …. la même année. Ils se sont connus en militant dans le mouvement national au sein du parti communiste alors engagé dans la lutte de libération nationale.

Bachir Hadj Ali, alors premier secrétaire du PCA, est arrêté le 20 septembre 1965. Il n’avait que quarante cinq ans. Après les « traditionnelles » séances de torture Chemin Poirson (locaux de la Sécurité militaire/Alger)  , il  retrouvera , à la Centrale de Lambèse, d’autres miltants ainsi que  Hocine Zahouane , dirigeant au Fln et Mohamed Harbi, autres dirigeants de l’ORP . Tous  des résistants au coup d’Etat du 19 juin 1965. Il « voyagera » ainsi  de prison en prison : Lambèse, Annaba, Drean (près de Annaba), Annaba, Alger durant  trois années (65-68) ….et  de résidence surveillée en résidence surveillée durant deux autres années ( Saida, Ain Sefra). On devine les nouvelles « tortures »  , autrement plus douloureuses, subies  lors de la séparation forcée , et dues à des facteurs exogènes. Pour toute la famille. Pour les enfants encore jeunes et scolarisés. Pour les vieux parents qui n‘avaient pas totalement joui de la présence à leurs côtés de leurs enfants. Et, surtout pour le couple. Un couple qui s’ « a i.m.a.i.t » à la folie…comme ils ont aimé, à la folie, côte à côte,  la lutte pour l’indépendance du pays et la lutte pour le progrès après l’Indépendance.

Heureusement, il y avait l’avantage et les faveurs (Sic ! car la censure sévissait pour tout ce qui lui semblait « politique », un concept élastique…tout en profitant, certainement, de la vaste culture du prisonnier et de sa vision de la culture nationale…et tout en apprenant énormement sur les relations sentimentales) du courrier, avec ses lenteurs (re-sic !) dues tant au contrôle préalable qu’aux retards de la Poste.Mais il y avait , aussi, les grèves de la faim, les mesures de rétorsion, les interdictions de visites, l’isolement familial, les conditions matérielles de détention parfois infâmes….

Donc , des lettres . Clandestines ou passant  par la voie officielle mais censurées. De novembre 65 à janvier 67. Longues. Courtes. Très courtes…..Avec, parfois, des dessins (p 42. « Ce parterre de fleurs » de 1966). Des poèmes aussi (p 345, « A ma femme.  . Pour son anniversaire », Sublimissime !). Toutes, d’amour d’un époux pour son épouse. D’un père pour ses enfants et sa famille. Et, aussi d’inquiétudes  et d’angoisses.

Bachir est décédé le 9 mai 1991 et Safia -Lucette le 3 juillet 2014. 

Avis : A tous les (vrais) amoureux d’Algérie , jeunes ….et/ou vieux . A ne pas rater.C’est aussi la description du couple  désaliéné comme beaucoup de nos jeunes (pas tous, hélas !) rêvent de l’être (voir , sur ce point, la belle préface de Naget Khadda). C’est , enfin, la description, de la vie…. en prison, pour « raisons politiques » ..en temps de dictature.

Extraits : « Comment puis-je  t’oublier ombre de mon ombre/Comment puis-je t’effacer traces de mes pas/Comment puis-je t’ignorer visage de mes pensées/Reflet de mon amour amour de mon reflet » ( Exergue. Chanson entendue à la radio par Bachir H-A et « offerte » à Lucette dans une lettre du 5 mai 1968 , p V), « Tu es ma vie aussi et de te savoir vivante, debout, aimante de ton amour inextinguible, me donne les forces d’Antée (dès qu’il touche la terre, sa mère). Tu es ma terre ferme et ma femme adorée et je ne me lasserai pas de te le dire » (p 51),  « Un ouvrier, un technicien ou un artiste qui s’applique dans son travail, en d’autres termes qui aime la beauté , est en général un homme bon. Il l’exprime , cette bonté , à sa façon :elle se reflète dans son travail » (p 229), « C’est vrai que des rapports « amicaux » s’établissent ainsi entre l’homme et l’œuvre d’art et que la vision de l’homme change grâce à l’art » (p 243), « L’art seul ne suffit pas à rendre les hommes meilleurs «  (p 244), « Ce qui est universel dans la plus modeste œuvre d’art, c’est ce qui, en elle, est vérité pour d’innombrables hommes et femmes , pout toute leur existence ou pour un moment de leur vie  »  (p 277), Vers librement extraits du poème dédié  à son épouse pour son anniversiare :« Tu es au centre de ma raison songeuse/Tu es murmure de mes prairies inondées/Tu es mon rêve somnolence verte/Tu es en moi plus présente que l’absence/Tu es de mes chants le feu et la lumière » (pp 346 et 346)