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Mémoires Nadia Mohia- "La fête des Kabytchous"

Date de création: 23-06-2020 17:08
Dernière mise à jour: 23-06-2020 17:08
Lu: 42 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- MÉMOIRES NADIA MOHIA- « LA FÊTE DES KABYTCHOUS »

 

LA FÊTE DES KABYTCHOUS ( Préface de Mahmoud Sami-Ali. Postface de Khalida Toumi). Une œuvre mémorielle de Nadia Mohia. Editions Achab, Alger 2009 . 219  pages, 440 dinars

 

Un livre étonnant, détonnant même.

Etonnant en ce sens qu’une jeune femme  raconte la vie intérieure d’une famille , sa famille, ainsi que les derniers instants d’un « Grand-frère » célèbre, un exilé , un  écorché vif, un rebelle « total ». Voilà qui va à l’encontre de tout ce qui s’est fait jusqu’ici, les auteurs s’arrêtant toujours au seuil de la maison familiale. Chez les Berbères en général et les Kabyles en particulier, c’est encore plus strict. Croire le contraire , c’est verser  dans la réflexion facile.

Détonnant, parce que le travail présenté fait œuvre de psychothérapie ( l’auteure est de formation ethno-anthropologue et elle  a beaucoup travaillé dans sa  Kabylie natale  …et chez les Indiens de la Guyane Française et de l’Ontario, c’est vous dire !) à l’endroit des Kabyles, ce que Abdellah Mohia (poète, écrivain et dramaturge algérien décédé à 54 ans, un bel âge chez les intellectuels) appelait , affectueusement, faut-il le dire, les « Kabytchous », en dénonçant , en bien de ses passages, le berbérisme et ses « brobros » (« la culture, ce n’est pas la fourche », disait-il).Cela n’a d’ailleurs pas été du tout apprécié par certains intellectuels kabyles, qui y ont vu là « un malin plaisir à crucifier encore du kabyle »….et la presse n’a pas beaucoup « parlé » du livre.

Il est vrai qu’on ne sait plus, à partir d’un certain moment, l’auteure n’arrivant pas , en vérité , à surmonter sa douleur et ses …ressentiments, à démêler les vrai-dits du héros de la conclusion personnelle de la « psy » (qui a l’air d’en vouloir beaucoup aux « ornières coutumières »). N’empêche, c’est dit et c’est écrit ! Voilà qui peinera (un peu, car à Mohia, si grand, si simple, si emporté, si universel, si anti-ghetto, on pardonne tout : les quatre, les cinq et les six vérités….toujours fraternelles et bien intentionnées) bien des militants « amazighistes »….et qui ,certainement, « fera plaisir » à ceux qui ne les aiment pas. Heureusement que ces derniers ne sont   pas portés sur la lecture des ouvrages en français !

Si le préfacier a bien saisi le contenu, « qui semble avoir été écrit dans l’urgence, sous le coup d’un ébranlement émotionnel extrême », la post-facière, une ministre, donc une « officielle », affirme, pour sa part,  presque le contraire : Ce livre n’est pas , pour elle, « un concentré d’émotions livré comme une affaire purement personnelle…..  il nous place au cœur du tourment vécu par un peuple tout entier, auquel l’histoire n ’a pas fait de cadeaux…. ». C’est dire la complexité et la force de l’œuvre, la complexité et la force de l’homme. 

 

Avis :  A lire, bien sûr. Par les « Kabytchous » comme  par  les « Arabes ». Même si nous sommes tentés , de temps en temps, d’arrêter la lecture en raison des jugements bien souvent (trop) ) tranchants et exagérés . Il faut aller jusqu’au bout de sa lecture pour bien comprendre l’humanisme radical de Mohia….et la colère, la douleur  et  le talent de l’auteure.

Extraits : « Rigide, roide, droit comme un pieu en acier trempé(physiquement et moralement), obstiné, opiniâtre, buté, immuable, sans concessions…… et, il voulait que le monde autour de lui fût églement droit, parfait, limpide, sans mensonges ni trahisons. C’était son monde » (p 83)