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Essai Achille Mbembe- "Sortir de la grande nuit. Essai sur l'Afrique décolonisée"

Date de création: 25-05-2020 09:58
Dernière mise à jour: 25-05-2020 09:58
Lu: 74 fois


RELATIONS INTERNATIONALES- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI ACHIILLE MBEMBE- « SORTIR DE LA GRANDE NUIT. ESSAI SUR L’AFRIQUE DECOLONISEE »

Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée. Ouvrage de Achille Mbembe. Chihab Editions, Alger 2013, 254 pages, 1 000 dinars

L’Afrique décolonisée !

L’auteur nous la présente à travers un essai magnifiquement écrit, bien que compliqué comme tout essai politico-philosophique rédigé par un intellectuel de haut niveau .

L’essai commence sur un registre narratif et autobiographique. Début du moment post-colonial. L a décolonisation -  surtout là où elle fut octroyée - prit « l’allure d’une rencontre par effraction avec soi-même » . Les deux chapitres qui suivent examinent les paradoxes de la « postcolonialité »….chez une puissance (la France) qui « décolonisa sans s’auto-décoloniser » , d’où l’impuissance à écrire une histoire commune à partir d’un passé commun.Du côté des nouvelles nations indépendantes (parfois « greffes hétérogènes de fragments à première vue incompatibles et conglomérats de sociétés au temps long »), on « reprend » la course. A tout risque.Plongée dans l’inconnu. Heureusement il y a la « volonté de vie ».

Donc , l’Afrique est en train de se construire –malgré des coûts humaines élevés, un « monde des ruines » et des « cases sans clés »-  , en train d’effectuer sa synthèse sur le « mode de disjonction et de la redistribution des différences » . L’Afrique-en- circulation !Afrique-glèbe, « immense champ de labour de la matière et des choses » : Un corps encore en mouvement, jamais à sa place, dont le centre se déplace partout. Un corps se mouvant dans l’énorme machine du monde…..C’est l’ « Afropolitanisme » (trois paradigmes ne s’excluant pas : variantes diverses du nationalisme anticolonial /lectures marxistes multiples  et « socialisme africain »/ panafricanisme et solidarité raciale et transnationale) . A l’image de l’Afrique du Sud, le laboratoire privilégié que l’auteur connaît bien.

L’Auteur :Théoricien du post-colonialisme , à la pensée engagée dans l’action, fortement anti-cléricaliste et pour une théologie de la libération.  Camerounais d’origine (né en 1957 , sa région fut un bastion du mouvement nationaliste camerounais)  .Docteur en histoire (La Sorbonne, Paris) et Dea en sciencees politiques (Iep, Paris)  il est professeur d’histoire et de sciences politiques en Afrique du Sud. Chercheur, il a également enseigné aux Etats unis . Auteur de plusieurs publications (dont « De la postcolonie »)  globalement sur le même thème et sur l’Afrique

Avis :Pour mieux connaître le colonialisme et le racisme blanc….et le néo-colonialisme.Pour mieux comprendre l’Afrique et l’Africain contemporains .  Livre difficile à lire mais enrichissant , aujourd’hui encore bien plus qu’hier.

Citations : «  Avoir un passé en commun ne signifie pas nécessairement l’avoir en partage » (p 12), « Le colonialisme fut loin d’être une fusée d’or……Carcasse de métal sertie de joyaux splendides, il participait par ailleurs de la Bête et du fumier » (p 15),  « L’Afrique demeure une région du monde où le pouvoir , quel qu’il soit et sous le sceau du satrape, se dote automatiquement d’immunité. Les choses sont en effet simples. Le potentat est une loi en lui-même » (p 23) , « La décolonisation sans la démocratie est une bien piètre forme de reprise de possession de soi, fictive » (p 29), «  Toute pratique coloniale est habitée par une pulsion interne : l’ivresse de la force, une sombre émulation de tuer et, s’il le faut, de périr. Au-delà de la recherche du profit, elle se construit sur la crête d’une ligne intense : la ligne froide de la force et de la destruction pure «  (p 91),  «  La colonisation moderne était l’une des filles directes des doctrines qui consistaient à trier les hommes et à les diviser en deux groupes : ceux qui comptent et que l’on compte, d’une part, et le « reste » ; d’autre part, ce qu’il faut appeler les « résidus d’hommes » ou encore les « déchets d’hommes «  ( p 239), « L’humanité de l’homme n’est pas donnée. Elle s’arrache et se crée au fil des lutte » (p 341), « Tout sang versé ne produit pas nécessairement la vie, la liberté et la communauté » (p 243).

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